Cet accouchement tant redouté est arrivé. Voilà 15 jours que mon petit Zébulon est né. Déjà. Enfin.
J’ai eu une grossesse idéale, parfaite. Même si les derniers temps de ma grossesse ont été difficiles, pénibles. J’avais l’impression, à l’aube de donner la vie, d’être dans le corps d’une mamie de 80 ans au crépuscule de la sienne. Du mal à bouger, mal partout, la force de rien, uniquement l’envie de dormir. Une Zouzou malade, moi qui me traînait une sinusite et une toux depuis plus de 15 jours… Un tunnel sans fin.
Quelques alertes.
Puis rien.
Puis vint ce jeudi 21 février. Le ventre qui se sert. Sans douleur. Un peu. Chaque heure. Puis rien.
Un rien nauséeuse.
Une journée marathon commencée à 5h avec une poupette malade. Direction le médecin, pour moi aussi, fichu toux. Trois lessives à lancer, la couette à amener au pressing. Pas d’école pour ma Zouzou. Je suis épuisée. Exsangue de quelconque énergie.
Mon père qui me rend visite avec des pâtisseries comme à son habitude… Rien ne passe aujourd’hui… Je mange du bout des lèvres un morceau de russe, ma pâtisserie préférée.
Le temps de dire au revoir à mon père, avec la promesse de nous revoir à 4.
Puis je donne des derniers coups de fil pour organiser la garde de ma petite grande.
Un pressentiment ?
Puis à 19h, une contraction qui me saisit.
Une deuxième : instinctivement je vais voir l’Ours qui faisait le bain de ma Zouzou pour lui dire que ça y est, il faut y aller, maintenant, tout de suite .
Quelques courtes minutes de réflexion et mon impression se confirme.
Le temps de mettre des chaussures, une veste, l’Ours habille la Zouzou. Entre deux contractions qui s’intensifient je fais un câlin à ma fille, et lui dit que ça y est, le petit frère va naître ce soir, qu’on la dépose pour dormir chez sa copine Rosalie.
Je me répète "là il faut y aller" comme un mantra, en connexion direct avec ma part d’instinct.
Ma tête n’arrive plus à fonctionner. Elle est passé en mode survie. Un seul objectif : arriver à la maternité à temps. Tenir 30 longues minutes.
On laisse la Zouzou chez mon amie qui prend la relève au pied levé. On lui explique le traitement avec le sirop et l’ultra-levure, que l’Ours revient la chercher demain matin pour l’amener à l’école.
On tourne les talons. On oublie de faire un câlin à notre fille, déjà tournés vers notre vie à quatre.
Puis on revient sur nos pas faire un gros câlin, le dernier de notre vie à trois…
19h20.
L’Ours a tous ses points au permis. Je lui dis de foncer. Que ça va. Je le rassure. "Pour le moment je n’ai pas envie de pousser."
Je repense aux séances d’haptonomie sur la douleur. Cette douleur qui me transperce. Je la laisse envahir l’espace. De la voiture puis du paysage. Elle court de mon ventre jusqu’aux arbres, l’eau…
Je lui parle à mon Zébulon. "Attend, attend un peu mon ange, attend qu’on arrive." Pas dans la voiture, tu ne peux pas naître dans la voiture.
Derniers moments deux en un.
Il faut arriver.
L’hôpital est enfin là, à quelques minutes. On aura fait vite, dit l’Ours.
"A 20h il naît." Je lui réponds, consciente que c’est imminent. Il rit…
19h40. On y est. L’Ours a battu le record. Il a grave assuré malgré le stress, l’inquiétude… L’excitation.
Toujours plus intenses.
On arrive à l’accueil, on prend l’ascenseur. Je me suspend au cou de l’homme, comme un appel à l’aide pour m’aider à vivre la douleur.
Je parviens tant bien que mal à arriver aux salles d’accouchement où l’on trouve une sage-femme.
Tout s’accélère.
Il faut qu’il sorte.
Les questions lentes ne parviennent plus à mon cerveau. "Ça pousse."
Elle panique un peu.
Je me déshabille. On part en salle d’accouchement rapidement.
Puis l’envie de pousser, là maintenant. La douleur. Je comprends que je n’aurais pas la chance de connaître l’anesthésiste.
On me propose de respirer du gaz.
Hilarant.
Je me cramponne aux bras de mon homme, fort et stoïc. Des cris sortent de ma bouche.
Primaires.
Exutoires.
Me concentrer, bien pousser. Mieux pousser. Regrouper toutes ses forces malgré cette impression étrange que mon corps se déchire, se scinde en deux. Sentir une brûlure, piquante et chaude.
19h58.
Ce petit corps chaud et doux.
Il est là.
Chevelu.
La délivrance et le bien-être total.
La joie d’accueillir enfin cet être, rose, fort et fragile, survivant d’une épreuve incroyable, stellaire.
Accueillir avec lui tous les bonheurs qu’il va nous livrer.
Découvrir son visage, chacun de ses traits que bientôt on connaîtra par cœur et qui nous seront si familiers.
Bienvenu mon bonhomme, bienvenu à toi. Tu peux maintenant te reposer de ce long voyage que tu as fait et commencer ta vie.

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