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Devenir père

2 sept

Pour ces 8e Vendredis Intellos sous la houlette de Mme Déjantée, je continue dans ma lancée de cette semaine décidément très axée sur les papas. C’est juste que suis love de mon Ours en ce moment. Mais ça vous comprendrez plus tard.

Devenir père, un vaste sujet. Aussi vaste que le fait de devenir mère.
Peut-être un peu plus complexe. Sans doute juste différent.

Si aujourd’hui on accepte volontiers de dire que les femmes ne naissent pas mère mais le deviennent, pour les papas, on est bien d’accord : ils apprennent à endosser leur nouveau rôle au fil du temps. Mais quand exactement ? Pendant la grossesse ? Peut-être un peu. Pour un premier, cet enfant qui grandit dans le ventre de leur chère et tendre est plus qu’abstrait. A l’accouchement ? Pourquoi pas, une fois passé le choc de cette naissance.

Mais je pense que cela prend autant voire plus de temps que devenir mère. Mon Ours disaient l’autre jour : "Je suis un papa de 21 mois". Il n’a pas allaité, il n’est pas resté seul des journées entières avec ma Zouzou, il ne passe que deux heures en moyenne par jour avec elle… Pas facile de devenir père à temps partiel. Le lien qui se crée semble alors prendre plus de temps, à mon sens. Et ce n’est pas forcément confortable. Tant et si bien que certains pères capitulent.

Beaucoup de questions tournent autour de ce qu’est un papa aujourd’hui. Un double de la maman ? Sûrement pas. La figure de l’autorité : pas seulement. Les rôles des pères semblent être en pleine élaboration cette dernière décennie. Qu’a-t-il comme référence mon Ours pour être papa ? Celle de son père, qui ne correspond pas du tout à ce qu’il veut être ? Celle d’amis qui ne s’épanchent pas vraiment sur les émotions que suscite le fait d’être papa, sûrement par fierté masculine…

Moi je dis, être papa, c’est pas simple.

Et ça, j’en avais conscience avant même que je tombe enceinte. Quel rôle à donner à celui qui a le ventre vide ? Dès que j’ai été enceinte, je me suis précipitée à la librairie pour acheter plein de guides pour moi. Et pour trouver une perle rare à mon futur papa Ours. Pas simple : la littérature n’est pas vraiment tournée vers les papas.

Mais c’était sans compter l’extraordinaire René Frydman (je vous un culte à ce mec). Son "Devenir père" co-écrit avec Christine Schilte est un régal.
Il parle de la paternité avant, pendant et après la grossesse. Repères physiologiques du développement de l’enfant, questions psychologiques, mais aussi pratiques : rien ne reste en suspend !

Et juste parce que cet ouvrage encourage les pères à faire les tâches ménagères, il est indispensable !

Ce livre est très complet. Même s’il tombe dans le travers de l’exhaustivité et pourrait alors décourager les futurs papas flippés : il donne l’impression que sans bac + 10, c’est pas faisable. Car voilà : il est fait par des déja-parents. Mais le papa n’est pas obligé de tout lire avant le jour J. Abordant la question du 2e enfant, des fausses couches, …, il s’inscrit plutôt comme une bible à consulter si besoin, même plusieurs années après ce premier grand bouleversement qu’est la venue du premier enfant.

Edit : Un petit extrait qui traite notamment de l’autorité. Si tout n’est pas bon à prendre d’un point de vue des conseils sur l’éducation, il y a quelques phrases qui me plaisent "Le père comme la mère doivent s’efforcer de transmettre les mêmes limites fautes de quoi l’enfant ne comprendra pas ce que l’on attend de lui et n’éprouvera pas un réel sentiment de sécurité. De plus, il saura bien vite jouer sur les deux tableaux, cherchant à opposer ses parents pour imposer ses volontés et ses choix [même si perso je ne pense pas que l'enfant agisse en ce sens consciemment mais ira naturellement vers le parent le plus permissif]. En réalité, les enfants capricieux ne sont que le résultat d’une éducation incohérente. Les enfants ne naissent pas insupportables."
Et une très belle phrase qui me rassérène face à la question de l’autorité : "Si l’autorité c’est interdire, souvenez-vous qu’elle a aussi pour fonction de permettre". A méditer aussi !

Inspirations, aspirations ou comment une naissance est en fait 2 naissances (voire 3)

2 juin

Depuis que Zouzou est là, comme je disais, la vie n’est plus la même. Pas une minute pour se poser, des projets, une grosse envie de vivre, bref, une nouvelle vie. Dès qu’elle est née, j’étais une autre, un peu la même mais pas tout à fait. Depuis lors, je ne cesse de changer, elle n’a de cesse de me faire évoluer. Ma Zouzou, cette comète.

Parmi les choses qui ont profondément changé dans mon être, l’impatience. De nature plutôt patiente – démêler un fil à coudre ou tricoter de longs pulls sont parmi mes activités névrosées préférées -, je suis devenue totalement intolérante envers la moindre minute qui passe et durant laquelle je me sens contrainte d’être spectatrice, de subir.

Je m’explique : chaque minute est précieuse. Je me lève le plus tard possible pour ne pas trop être en retard tout en profitant de ma Zouzou (de toute manière je n’arrive plus à me lever suffisamment tôt… j’ai toujours eu du mal à comprendre les gens qui arrivent à l’heure…et je les admire aussi, surtout s’ils ont des enfants !), je me prépare pour le Tour de France en reliant mon chez moi à mon lieu de travail en 11mn35’32", je fais x choses en même temps (tiens j’ai mon stylo sur l’oreille… mais où est donc mon tampon ??), bref, je suis une machine à rentabiliser le temps. Et tout obstacle devient pour moi un objet de frustration. Mais pourquoi donc courir tel le lapin dans Alice au pays des merveilles après le temps ? Pour passer un max de temps avec ma Zouzou et mon Ours (mon homme quoi), juste profiter de la vraie vie, celle qui prend un sens dans l’existence d’un être humain, j’ai nommé l’amour.

Avec cette impatience, l’envie de bouffer le monde, d’aller plus loin, de gagner plus d’argent, d’avoir des projets perso, de "construire" au propre comme au figuré. J’ai mille idées à la seconde. Et du coup, je me sens un peu coincée dans la vie d’avant, elle me semble étriquée. Je parle surtout de ma vie professionnelle. Mes aspirations ne collent pas avec mon job. C’est comme si j’avais une jolie boule de neige (les boules en verre avec les flocons en polystyrène à l’intérieur) et que j’avais envie de la secouer fort fort fort. J’aime l’ordre, les choses carrées, l’organisation quasi militaire, la créativité, les grandes idées et les grands projets, j’adore par dessus tout qu’on me demande mon avis sur tout et n’importe quoi (comment manager une équipe quand on est en SCOP, qu’est-ce que je pense de telle marque de cosmétique, quelles sont les possibilités pour développer une entreprise, comment je sens telle ou telle personne – mon hypersensiblité me sert quand même à quelque chose des fois – qu’est-ce que je pense de telle ou telle plaquette graphiquement ou tel texte…), avoir les mains libres, et surtout, surtout, ne jamais faire la même chose chaque jour. La routine me tue littéralement. L’être humain, s’il s’améliore dans le long cours, peut péricliter dans l’habitude. Surtout en entreprise. Je reste intimement convaincue que si un employé arrive à avoir un maximum de satisfaction dans son travail il devient une machine à rentabiliser. Cela va de la chaise sur laquelle il est assis, à la pièce dans laquelle il travaille, le salaire, le contexte, les avantages, l’équipe, l’ambiance, le boulot… Bref, plus l’employé est choyé, plus il voudra rester, plus il aura une conscience professionnelle, plus il bossera. C’est un peu comme l’enfant qui a besoin de plaire à ses parents. Le monde du travail n’étant rien d’autre, il me semble, qu’un appendice familiale… bref j’arrête là cette digression.

J’aime réfléchir et écrire. Voilà, c’est l’autre certitude qui se fait jour… chaque jour. Je ne voudrais faire que ça toute la journée. Même si c’était dur, je garde un délicieux souvenir de mes travaux de mémoire de maîtrise et de DEA. Réfléchir sur l’art, sur les critiques, sur les œuvres, sur les émotions qu’elles suscitent. Tout simplement jouissif.

Après, je sais que je suis une râleuse, je ne peux pas me suffire de ce que j’ai, et je crois qu’il s’agit là aussi d’une qualité. Un être humain ne progresse pas s’il se contente gentiment de ce qu’il a. Je ne suis pas gentille et j’ai envie de progresser. Apprendre encore et toujours. "Le mieux est l’ennemi du bien" : quelle foutaise ! Si tel était le cas, on ne ferait pas d’enfant. Car dans chaque vie il y a un espoir : celui du changement et du bonheur, de l’amélioration de notre condition d’être humain et de notre triste finitude. Et ça, ma Zouzou est un hymne à l’espoir.

Alors l’herbe est peut-être pas plus verte ailleurs mais elle est tout simplement différente et moi j’aime voir du pays. Mais que faire, est-ce le bon moment, tout ça n’est-il pas simple fantasme, un reliquat de mes hormones de grossesse ? Être maman chamboule et avec la naissance d’un enfant, c’est un nouveau soi qui naît aussi. Cette envie, c’est toutes les mamans qui l’ont ? Ne serait-ce pas là un besoin de tout remettre en question pour juste se retrouver soi ?

Et les papas, c’est pas un peu pareil : ne se sentent-ils pas investis d’une mission de nourrir plus que jamais sa tribu, d’abattre des montagnes ? Eux aussi naissent à nouveau.

Nietzsche – que je n’ai pas lu, je vais pas non plus raconter des balivernes – disait : "Nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité". Il a juste oublié que nous avons aussi nos enfants.