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Le Front de Libération des Enfants

20 juin

Il est temps. De libérer les enfants.
Il est temps de les affranchir.
De les laisser évoluer seul.
Expérimenter.
Toucher.
Vivre.

De les laisser penser par eux-mêmes.

Le temps est venu mes très chères mères d’adhérer au Front de Libération des Enfants !
Mais les libérer de qui ? De quoi ?

Des adultes pardi !!

Ceux qui les oppressent, qui leur dictent ce qu’ils doivent faire, qui les jugent, les contrôlent.

Et ils sont nombreux !! Ils sont partout !

Je les vois régulièrement au square : "Va là, laisse la petite fille, va au toboggan, va sur le pont maintenant…"
Mais aussi en crèche.
Dans les centres commerciaux…
Où que l’on aille !

Stop aux injonctions.

Laissez-les en paix !

Les enfants sont la plus pure expression de la liberté si on daigne ne pas les mettre en cage.

Les enfants sont comme des papillons, légers et délicats, mais capables de mille prouesses : ils s’envolent, vont de fleurs en fleurs pour découvrir le monde, leur monde.

Si on les suit, ils peuvent nous emmener avec eux, pour goûter au vrai bonheur, celui qui a le parfum de doux bonbons posés sur la langue, d’un baiser déposé sur une joue rebondie, celui qui met sur nos visages les plus beaux des sourires, ceux du cœur.

Paul Villinski, Solstice, 2007.

Les batteries d’amour

14 juin

Ma Zouzou, elle a une batterie d’amour greffée dans son petit cœur.
Cette batterie, y’a plein de choses qui la vident : les chagrins, les autres, les siestes qu’elle fait sauter, les contrariétés, le bruit, les trop-pleins d’émotions, le temps loin de moi, sa maman.

Et quand on se retrouve, après une nuit à dormir, une matinée ou une petite journée à la crèche, cette batterie clignote, l’air de crier "alerte alerte".

Ma Zouzou, quand cette alarme résonne en elle, elle me colle.
Elle me colle pendant ma douche, aux toilettes, quand je fais à manger ou que j’étends une lessive, suivant le moindre de mes mouvements.

Encore ce matin, je lui faisais un câlin alors même que je faisais pipi…
Histoire de remplir un peu sa batterie, jusqu’à la dernière goutte.

Et quand la batterie ne se remplit pas assez, on prend le temps de se câliner, se toucher, se bisouiller.
Je la porte, je la prends à bras.

Elle met sa tête sur mes seins, à même la peau, la main dans mon décolleté.
Elle est bien là au chaud, pendant que ses batteries se rechargent, parfois bercée par une chanson douce que l’on chante ensemble, comme un mantra qui rassérène.

Et une fois qu’elles sont pleines à bloc ces batteries, gonflées à 100 %, je vois ma Zouzou repartir enfin à ses activités, plus ou moins seule, sous mon regard bienveillant… jusqu’à ce que la batterie se décharge un peu, au bruit du magasin installé en-dessous de chez nous ou du camion qui vrombit un peu trop fort.

Si tu cherches bien, toi aussi tu as des batteries à amour que t’as besoin de remplir ;)

Y’a quoi dans ton assiette ?

31 mai

La nourriture ce n’est pas vraiment une amie de longue date. La retrouver rime plus souvent avec pénibilité qu’avec gaieté.
Quand j’étais petite, j’étais boulotte. Clairement : ma mère nous gavait. Culture méditerranéenne oblige, les repas n’étaient pas toujours équilibrés.
Ce qui ne l’était pas surtout c’était la quantité de nourriture que j’avalais. Ma mère me resservait de son amour, une fois, deux fois, jusqu’à ce que tout soit finit.
Elle prenait soin de nous… en nous faisant du mal.
Si bien qu’aujourd’hui, je ne sais plus ce que c’est la satiété, la faim. A vrai dire, on apprend même à faire connaissance.

Pour ma Zouzou, je fais des efforts titanesques pour ne tomber dans le même écueil.
Pourtant, c’est facile de s’énerver parce qu’elle ne mange pas. Facile de se dire que quand même, je l’ai fait avec amour ce petit plat de carotte-quinoa-poivron rouge bio. Que merde, elle peut pas manger que deux cuillerées.
Et que si elle mange pas là, peut-être qu’elle mangera plus du tout.
Que même elle serait hospitalisé.
Qu’elle pourrait en mourir.

Non, bien sûr, ce n’est pas (tout à fait) ce que je me dis.
Mais qu’est-ce qui se passe alors dans ma caboche ?

Enfin tout ça, c’était avant. Avant que je prenne du recul et que je me rende compte que si je me prenais la tête sur ce qu’elle mangeait, c’était le début de la fin. J’allais signer mon arrêt de mort.
Qu’à cela ne tienne : qu’elle mange ce qu’elle veut. Si elle veut.
Elle ne va pas mourir si elle a décidé comme hier de faire la grève du goûter à la crèche.
Elle ne va pas mourir si elle ne veut pas toujours son lait le matin, ou une tartine.

Je veux qu’elle apprenne à manger à sa faim en écoutant son corps.

Reste plus qu’à m’expliquer pourquoi j’adore tant la voir manger, avec sa mignonne petite bouille et ses petites mains baladeuses.
Pourquoi j’éprouve du plaisir quand je vois qu’elle aime, qu’elle adore croquer du concombre en rondelle – qu’elle mange avec les doigt bien sûr, c’est frais c’est gluant c’est fun.
Pourquoi des fois le sentiment persiste de l’aimer à travers la nourriture… et de me sentir soulagée quand elle finit tous ses plats.

"Oh qu’il est mignon le petit lapin ! Si tu veux le voir, il faut finir ton assiette…" N’empêche qu’Avent m’a sauvé la vie plus d’une fois… mais ça j’en parlerai dans un autre billet.