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Ce corps

11 mar

Ce corps.
J’essaie de deviner les traits de celui avant la grossesse.
Ce corps, usé par 9 mois de grossesse.

Abîmé.
Marqué.

Cet inconnu.

Je l’ai vu changer pendant 9 mois, s’arrondir, se remplir, s’épanouir
Puis d’un coup, se vider.

C’est normal à même pas trois semaines de l’accouchement de ne pas le reconnaître.
Même si je ne me souviens plus trop de comment il était avant… L’ai-je un jour aimé ? Pourtant il y a 10 ans il était beau ce corps. Puis les kilos pris petit à petit, au fil du temps, des doutes et questionnements de mon existence, le chômage, les angoisses…

Je me réveille d’un long sommeil.

Pourtant, je suis déjà impatiente de retrouver corps humain…
Tout a changé : mes seins, remplis de lait ; mon ventre, dégonflé et strié ; mes cuisses, moins définies.

Je sais que je suis encore sous influence de ces hormones de grossesse.
Je sais qu’il faut 9 mois pour faire un bébé et 9 mois pour le corps de récupérer.
Je sais qu’il faut du temps.
Je sais qu’il faut que je sois patiente.

Je sais que j’ai du mal à le regarder ce corps… d’une femme qui a eu deux enfants.
Je suis cette femme ?
Je ne veux pas être celle qu’on ne regarde plus, que je ne regarde plus, qu’il ne regarde plus, qu’ils ne regardent plus…

Je le vois dans ces yeux à lui… Dans ces gestes… Le perdre, me perdre, nous perdre…

Juste remettre les vêtements de ma vie d’avant, rassurants, d’avant ce beau bouleversement, réintégrer ma vie, garder un peu d’insouciance… Garder un peu ma jeunesse qui doucement s’éloigne. De mademoiselle à madame, de ce corps désiré à celui toléré.

Accepter.
Ou lutter.

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Mes nouveaux amis…

L’un des plus beaux jours du reste de ma vie

2 mar

Cet accouchement tant redouté est arrivé. Voilà 15 jours que mon petit Zébulon est né. Déjà. Enfin.

J’ai eu une grossesse idéale, parfaite. Même si les derniers temps de ma grossesse ont été difficiles, pénibles. J’avais l’impression, à l’aube de donner la vie, d’être dans le corps d’une mamie de 80 ans au crépuscule de la sienne. Du mal à bouger, mal partout, la force de rien, uniquement l’envie de dormir. Une Zouzou malade, moi qui me traînait une sinusite et une toux depuis plus de 15 jours… Un tunnel sans fin.

Quelques alertes.
Puis rien.

Puis vint ce jeudi 21 février. Le ventre qui se sert. Sans douleur. Un peu. Chaque heure. Puis rien.
Un rien nauséeuse.

Une journée marathon commencée à 5h avec une poupette malade. Direction le médecin, pour moi aussi, fichu toux. Trois lessives à lancer, la couette à amener au pressing. Pas d’école pour ma Zouzou. Je suis épuisée. Exsangue de quelconque énergie.

Mon père qui me rend visite avec des pâtisseries comme à son habitude… Rien ne passe aujourd’hui… Je mange du bout des lèvres un morceau de russe, ma pâtisserie préférée.

Le temps de dire au revoir à mon père, avec la promesse de nous revoir à 4.
Puis je donne des derniers coups de fil pour organiser la garde de ma petite grande.

Un pressentiment ?

Puis à 19h, une contraction qui me saisit.
Une deuxième : instinctivement je vais voir l’Ours qui faisait le bain de ma Zouzou pour lui dire que ça y est, il faut y aller, maintenant, tout de suite .
Quelques courtes minutes de réflexion et mon impression se confirme.

Le temps de mettre des chaussures, une veste, l’Ours habille la Zouzou. Entre deux contractions qui s’intensifient je fais un câlin à ma fille, et lui dit que ça y est, le petit frère va naître ce soir, qu’on la dépose pour dormir chez sa copine Rosalie.

Je me répète "là il faut y aller" comme un mantra, en connexion direct avec ma part d’instinct.

Ma tête n’arrive plus à fonctionner. Elle est passé en mode survie. Un seul objectif : arriver à la maternité à temps. Tenir 30 longues minutes.

On laisse la Zouzou chez mon amie qui prend la relève au pied levé. On lui explique le traitement avec le sirop et l’ultra-levure, que l’Ours revient la chercher demain matin pour l’amener à l’école.

On tourne les talons. On oublie de faire un câlin à notre fille, déjà tournés vers notre vie à quatre.
Puis on revient sur nos pas faire un gros câlin, le dernier de notre vie à trois…

19h20.

L’Ours a tous ses points au permis. Je lui dis de foncer. Que ça va. Je le rassure. "Pour le moment je n’ai pas envie de pousser."

Je repense aux séances d’haptonomie sur la douleur. Cette douleur qui me transperce. Je la laisse envahir l’espace. De la voiture puis du paysage. Elle court de mon ventre jusqu’aux arbres, l’eau…

Je lui parle à mon Zébulon. "Attend, attend un peu mon ange, attend qu’on arrive." Pas dans la voiture, tu ne peux pas naître dans la voiture.

Derniers moments deux en un.

Il faut arriver.

L’hôpital est enfin là, à quelques minutes. On aura fait vite, dit l’Ours.
"A 20h il naît." Je lui réponds, consciente que c’est imminent. Il rit…

19h40. On y est. L’Ours a battu le record. Il a grave assuré malgré le stress, l’inquiétude… L’excitation.

Toujours plus intenses.

On arrive à l’accueil, on prend l’ascenseur. Je me suspend au cou de l’homme, comme un appel à l’aide pour m’aider à vivre la douleur.

Je parviens tant bien que mal à arriver aux salles d’accouchement où l’on trouve une sage-femme.
Tout s’accélère.
Il faut qu’il sorte.

Les questions lentes ne parviennent plus à mon cerveau. "Ça pousse."
Elle panique un peu.

Je me déshabille. On part en salle d’accouchement rapidement.

Puis l’envie de pousser, là maintenant. La douleur. Je comprends que je n’aurais pas la chance de connaître l’anesthésiste.
On me propose de respirer du gaz.
Hilarant.
Je me cramponne aux bras de mon homme, fort et stoïc. Des cris sortent de ma bouche.
Primaires.
Exutoires.

Me concentrer, bien pousser. Mieux pousser. Regrouper toutes ses forces malgré cette impression étrange que mon corps se déchire, se scinde en deux. Sentir une brûlure, piquante et chaude.

19h58.
Ce petit corps chaud et doux.
Il est là.
Chevelu.
La délivrance et le bien-être total.
La joie d’accueillir enfin cet être, rose, fort et fragile, survivant d’une épreuve incroyable, stellaire.
Accueillir avec lui tous les bonheurs qu’il va nous livrer.
Découvrir son visage, chacun de ses traits que bientôt on connaîtra par cœur et qui nous seront si familiers.

Bienvenu mon bonhomme, bienvenu à toi. Tu peux maintenant te reposer de ce long voyage que tu as fait et commencer ta vie.

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Dans ma valise il y a…

18 fév

Voilà, les dés sont jetés, la fin est proche, toute proche.
Je suis à 10 jours du terme (parce qu’à priori ce n’est pas pour ce soir… pour cette nuit allez savoir) : mon Zébulon sera bientôt dans nos bras.

En attendant, on stresse (beaucoup), on trépigne (un peu) et je peaufine ma valise de maternité chaque jour – d’ailleurs faudrait pas qu’il mette trop de temps à arriver parce que je rajoute encore et encore des choses… Et la valise n’est pas extensible (contrairement à mon périnée, enfin à ce qu’il paraît).

Alors il y a quoi dans ma valise ?
- des bodys et des pyjamas pour mon Zébulon taille naissance – à peu près une tonne, peur de manquer… J’ai bon espoir qu’il y rentre dedans… Avec un gilet traditionnellement porté par les nouveaux-nés dans la famille pied-noir de l’Ours pour leur porter chance ;
- une Boba Wrap offerte par des amies. On ne sait jamais, si j’ai le temps de m’y exercer. Surtout qu’elle a l’air vraiment super pratique et sa couleur est juste superbe ;
- un minilou pour du peau à peau, histoire de favoriser la montée de lait et de privilégier des moments câlins…
- des feutres métalliques et des marqueurs paillettes pour la Zouzou d’amour quand elle viendra rencontrer son frère (là j’ai des trémolos dans la voix en écrivant ça) ;
- le livre de la Leche League : c’est moins bien que les copines mais en pleine nuit ça peut aider
- une super brassière Bravado très graaaouuu pour se sentir bien et (un tout petit peu) sexy à j + quelques heures post-accouchement (quand les hormones te font sentir comme une grosse merde difforme, tu sais ?) ;
- une chemise de nuit d’allaitement Kiabi. Pas top mais j’ai trouvé que ça à un prix non prohibitif.
- des tops à bretelles fines : il fait une chaleur à crever dans les maternité. Pour aller avec et allaiter tranquille, j’ai pris un sweat zippé et une gilet léger à pans asymétriques. Pour le bas, une sorte de pantalon fluide cocooning. Histoire d’être à l’aise. Le style hein… De toute manière tout le monde n’aura d’yeux que pour mon bébé ;
- ma trousse à maquillage, histoire de camoufler les cernes des nuits difficiles et des journées à pleurer (putes d’hormones) ;
- une trousse de toilette pour mon Zébulon avec savon au lait d’ânesse et liniment ;
- et pour finir, les fameuses culottes filet. No comment.

Bon, ben, comme on dit, y’a plus qu’à…

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