Dans la vie, j’ai une mémoire des saisons, du temps qui fait (oui, plutôt totalement inutile en fait), des émotions. Là, il y a un an, je sais exactement comment je me sentais. Ambiance temps pourri, froid, et retour au boulot après 10 semaines de congé maternité post-accouchement et une semaine de vacances. Je lisais dernièrement sur le blog de Mère Bordel son "non retour" au turbin. Et purée (oui purée, j’apprends à plus dire "putain" à tout bout de champs because of the Zouzou qui commence à tout répéter, et puis j’ai pas particulièrement envie qu’elle parle comme une poissonnière… euh ouais comme moi en fait) ça m’a retourné le bide. Ben oui, il y a un an, le 23 février, je reprenais le taf. Le jour où ma Zouzou faisait trois mois. On m’aurait piétiné le coeur avec des sabot ornés de clous que ça aurait pas fait plus mal. J’avais pas vraiment le moral, vraiment pas.
A qui en parler ? Qui peut comprendre ? "T’as envie d’être mère au foyer ?" Non, juste de passer un peu de temps avec ce tout-petit être.
Les semaines suivantes, mon corps m’a crié à… corps et à cris ce que mon esprit ne voulait pas accepter : laisser ma Zouzou pour aller bosser. Herpès, érythème polymorphe, fatigue, j’ai tout eu. J’ai somatisé à fond. Quelle violence pour moi de laisser mon petit bout, que je venais à peine de mettre au monde, qui venait à peine de me faire maman. Je ne la connaissais pas, je ne me connaissais pas. Et au moment où nous devions lier connaissance, avec les premiers sourires, après un premier trimestre plutôt hard… j’ai dû retourner bosser. Pendant des mois j’avais le cœur serré, pendant des mois j’ai culpabilisé, pendant des mois j’ai déprimé.
C’est déjà difficile de devenir maman, alors comment le devenir vraiment un quart de la journée ?Je n’ai jamais voulu ça : avoir un enfant pour le laisser grandir chez une nounou. Je voulais avoir un enfant pour le voir grandir… au moins les premiers mois.
Deux heures, je voyais ma Zouzou deux heures par jour. Oui, je sais, y’a pire, je ne travaillais pas à la mine non plus. Mais c’était plus fort que moi : j’avais les tripes qui se nouaient, la gorge qui se serrait, le cœur qui explosait.
Pas possible de mettre de l’argent de côté, pas possible de vivre des misérables 500 € de la CAF pendant 6 mois.
J’ai dû retourner bosser.
Et je ne me le suis toujours pas pardonné.
Quand est-ce qu’on va vraiment pouvoir laisser le choix aux femmes de rester avec leur petit bout si elles le souhaitent ? Leur offrir un revenu décent ? Quand est-ce que l’on va arrêter de trouver ça normal de retourner taffer même pas 3 mois après avoir accouché ?
Peut-être le jour où les femmes arrêteront de porter le poids de la révolution féministe sur leur dos. "Ah ouais, t’as voulu être l’égal de l’homme ? Ben vas-y assume. Chies-en des ronds de chapeau et fermes ta gueule. Tu l’as obtenu ta liberté ! "
Liberté ? C’est quoi la liberté ? De bosser, de pas voir grandir l’être humain qu’on a porté 9 mois, que l’on a tant espéré ? Liberté de faire des journées doubles et de se ramener au boulot comme si rien n’était ? De continuer à vivre sa vie d’avant alors que RIEN n’est plus comme avant ?
Moi je dis on marche sur la tête.
Même en République tchèque le congé maternité est plus long.
C’est pas juste possible de faire une pause dans sa vie pour materner si on le souhaite. Juste avoir le choix d’être maman à plein temps ?
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