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Les mères épuisées… un sujet que je connais

26 mar

Hier soir, comme beaucoup de femmes, j’ai regardé Zone Interdite sur les mères épuisées.
Je voulais savoir comment ils allaient en parler.
J’ai d’abord été choquée par l’extrémité des cas présentés. Pourtant c’est la réalité.
Une jeune femme, bien sous tout rapport qui sombre dans la dépression.
Un mari qui élève seul ses deux enfants de 5 ans et 3 ans… le dernier étant handicapé : sa mère, sur un coup de folie, l’a jeté à terre alors qu’il n’avait que 6 semaines, le laissant handicapé à vie.
Une autre femme qui ne se sent pas mère, anorexique…
Puis cette femme aux Etats-Unis, qui a tué ses trois enfants en les droguant avec des somnifères puis en les étouffant.
Étouffer ses enfants, mettre fin à ses jours pour que "tout" s’arrête, cette vie de mère qu’elle ne peut plus supporter, cette vie qu’elle n’arrive plus à mener.

Puis, je me suis dit qu’effectivement, ces cas extrêmes devaient être montrés. Pas trop diabolisés.
Un documentaire pas assez étayé à mon goût, mais sûrement salvateur pour bien des femmes, pour la société même.
Un documentaire où j’ai ressenti la violence de la douleur d’une mère séparée de son enfant, malgré les gestes ou les pensées dangereuses qu’elle a pu avoir.
La tristesse de voir ces enfants victimes… Alors qu’ils n’ont rien demandé.

Les premières à délier les langues ont été Stéphanie Allenou, maman de trois enfants qui a littéralement pété les plombs, et Sophie Marinopoulos, spécialiste de la question de l’infanticide (elle a écrit "Infanticides et néonaticides" et "La vie ordinaire d’une mère meurtrière"). Et justement, elles étaient invitées sur le plateau de l’émission après le reportage.

Beaucoup de blogueuses en ont parlé dans leurs billets du jour, et tant mieux. Chacune a son avis, chacune a sa lecture de l’émission et de la question. Le principal : c’est d’en parler.

Parce que le pétage de plomb, il peut nous toucher toutes. Personne n’est à l’abri.
Pourquoi cela arrive ?
Comment le prévenir ?

Je pense sincèrement que les chemins sont divers pour arriver à de tels extrémités. Mais ce qui est sûr c’est que l’isolement est un indice à ne pas prendre à la légère et la fatigue récurrente.
Fatigue physique, morale, surcharge de travail à la maison, manque de reconnaissance de son rôle de mère, manque de soutien par le conjoint ou la famille, pression sociale pour être une mère parfaite, pression personnelle pour mieux réussir que sa mère, ou assumer de front travail et vie personnelle.
Ce sujet de mère épuisée, je l’ai déjà évoquée ici. Au moment de la rentrée, moment à mon sens critique pour les mamans.
Ce sujet, il me touche particulièrement.

Parce que je pense que ma mère était une mère épuisée. Voilà ce que m’a fait réaliser cette émission.
Isolée, sans travail, peu de relations sociales, pas de sortie avec son mari, aucune aide de sa belle-mère, pire : du rejet. Ma mère a fait comme elle a pu. Pour survivre à la maternité.
Elle n’a pas été aidé, c’est rien de le dire.
Elle ne devait pas flancher.
Elle faisait tout dans la maison. Le manger, les courses, s’occuper de nous.
Mon père était peu là.
Elle aurait pu reprendre le travail. Mais il ne voulait pas.
Elle s’est consacrée corps et âme à sa vie de famille.
S’enfonçant doucement dans une dépression.
Longue.
Douloureuse.
Ma mère, elle était dépassée. Comme ses mots dépassaient sa pensée, ses gestes dépassaient l’entendement.
Elle nous disait parfois sa souffrance de ne pas avoir de merci. Que ça soit normal tout ce qu’elle fait.
Elle nous disait qu’elle n’était rien dans sa maison.
Elle nous criait son manque d’estime d’elle.
Pourtant, de l’extérieur, tout paraissait bien.
Elle donnait le change : sourire en façade, tirée à quatre épingles…
A mon grand désarroi…
Derrière tout ça le désarroi, d’une autre petite fille, elle, ma mère, mal aimée, aimée comme ses parents ont pu.
Parce que derrière une mère épuisée, il y a toujours des blessures, des ratés.
Je ne dis pas ça pour excuser, juste pour dire qu’à nous aussi cela peut nous arriver.

Aujourd’hui, il faut que je sois vigilante.
Moi, la fragile.
A ne pas faire comme elle.
A ne pas se terrer dans le silence.
Dans la souffrance.

Alors j’écris, je dis à qui veut bien l’entendre, ou le lire, qu’être mère, c’est la chose la plus incroyable qui soit sur Terre, mais c’est sans doute aussi la plus difficile, celle qui nous fait côtoyer nos vieux démons… pour finalement nous aider à les surmonter.

Pour avoir des informations sur les mères épuisées (ouvrages, association d’aide), c’est par.

Le site de Maman Blues, site de soutien, d’écoute et de conseil.

Et pour lire d’autres billets sur cette émission et les mères épuisées :
- Chez Miss Brownie : Tu n’as jamais eu des idées comme ça. Rassure-moi ?
- Chez Baby Pop : Mères au bord de la crise de nerf. Vraiment ?
- Chez LMO : Maman au bord du gouffre…
- Chez Maman Doudou : Souffrir d’être mère… instinct maternel entre mythe et réalité
- Maman Travaille : Zone Interdite, lecture du livre Mère épuisée de Stéphanie Allenou

De la difficulté d’être mère

20 mar

Moi, toutes les mères, je les admire.
Je regarde toujours à deux fois leur pull pour savoir si elles auraient pas reçu la légion d’honneur.
Non, parce qu’il y a des fois, être mère, c’est comme aller au front, la fleur au fusil… et le vague à l’âme.
On le sait, toutes, on se regarde, l’air de dire "ouais, je sais, moi aussi."

Ce soir, je suis à bout.
De force.
De ressource.
D’amour.

Des journées comme aujourd’hui sont heureusement rares.
Des journées en tête à tête avec ma Zouzou, j’adore pourtant, par-dessus tout. J’essaie de trouver mille et une choses pour pas qu’elle s’ennuie.
Au programme du jour : square, balançoire, oui puis non, puis oui, toboggan, le "je saute 845 fois du petit pont de bois", des "tu donnes la main" alors qu’elle me la lâche 253 fois alors qu’on traverse la route, des repas où j’essaie de ne pas m’énerver malgré les tapes répétées ou les assiettes presque balancée à terre, des débuts de sieste difficiles où elle crie qu’elle ne veut pas dormir alors qu’elle a baillé 27 fois en 10 minutes… Des "nonnn", quand j’essaie de lui faire des câlins… ou même des bisous.

Le tout entrecoupé de petites attentions, parce que je l’aime fort ma Zouzou, plus fort que tout.
Des biscuits qu’elle adore au goûter, sa compote préférée, et un tour à la bibliothèque misérable de ma petite ville.
Des efforts pour la rendre heureuse, à prendre sur soi, même quand on ne va pas bien, qu’on est fatiguée, qu’on ne sait plus où on en est dans sa vie.
Des efforts parce que ce qui compte, c’est elle, juste elle et son enfance.

Et elle, elle le sent, elle le sait tout ça.
Sans même que je dise un mot.
J’essaie de le cacher, de faire comme si rien n’était.

Alors, le soir, elle crie, fort. Très fort.
Elle me réclame.
Elle s’énerve.

Et je puise en moi les dernières ressources pour la calmer, la cajoler, la câliner, la consoler, lui chanter quelques berceuses et remettre pour la 98e fois la couverture sur ses pieds.

Être maman, c’est aussi ça : se retrouver face à soi-même, ses propres limites en tant qu’être humain, en tant que mère qui fait comme elle peut avec ce qu’elle a, avec sa propre enfance, cahin-caha.
C’est dire lâchement à sa fille : "Je fais comme je peux, même si c’est pas toujours bien."
Mais aussi : "Ne t’énerve pas, cela ne sert à rien, ne fais pas comme ta mère."

Être mère, c’est voir la vie en rose, mais des fois teintée de gris.
C’est se voir à nu, comme on n’est, pas toujours très belle et aussi patiente que l’on voudrait.

Être mère, c’est parfois avoir envie d’autres choses : d’insouciance, de semaine sans contrainte, de journée sans horaires, de soirée en amoureux ou de sortie sans avoir l’œil rivé sur sa montre.
Se sentir absorbée, avalée toute entière par son enfant, vampirisée, vidée de sa dernière goutte de sang.

Des fois, c’est un peu ce que je pense de moi en tant que maman…

L’arnaque du siècle

16 fév

Quand on devient parent, dès que l’enfant naît, on sent très vite que notre vie va être mise en danger. Notre vie nocturne notamment et son activité : dormir.
Alors on ne pense plus qu’à ça. Non, pas au sexe – non, on n’en a pas l’énergie : à la première nuit complète que va faire notre enfant.

Car désormais, ta nuit sera hachée. Tel le petit Poucet qui sème ses morceaux de croûtons rassis sur le chemin qui le perd, les parents expérimentent les tranches bien fines de sommeil semées sur le dur chemin de la parentalité.
Deux heures par ci, deux heures par là : le visage reposé du matin va devenir un vieux souvenir et laisser place à un regard torve que même une nuit d’orgie alcoolisée à 2,6 g ponctuée de dégobillages en règle ne peut égaler. Même pas au dixième.

Et là, tu te rends compte, que le plus beau jour de ta vie ce n’est pas celui où tu as mis ton enfant au monde mais bien la première nuit où tu auras la jouissance ultime – et encore je pèse mes mots – de pouvoir aligner à nouveau 6 heures de sommeil sans réveil.

Parmi les pires tortures infligées à un être humain : le manque de sommeil. Et le bébé devient alors un bourreau en puissance.
On n’en vient à ne plus sortir pour pouvoir espérer, entre deux tétées de 30 minutes, fermer les paupières avant de perdre définitivement la raison.
Et là, je parle des mamans. Parce que soyons clair : cette fatigue, elle touche surtout les mamans.
Au début on est patiente, le pauvre, il vient de naître.
Et au fil des mois on change de discours : on pense même à droguer notre enfant pour qu’il dorme et se dire que c’est mieux qu’une maman qui devient folle.
On déraisonne.
C’est moche d’être en manque de sommeil.

Mais l’arnaque du siècle, ce n’est pas ça. NON.
On le sait qu’un bébé ça fait pas toujours ses nuits.
On le sait que les mamans trinquent.

Non.

L’arnaque du siècle, c’est juste de faire voir aux parents la première nuit sans réveil comme une délivrance.

Parce que si l’enfant fait ses nuits un jour, il ne les fait pas toujours.
Oui, voilà, je te le dis jeune maman ou future parturiente : les enfants ne dorment jamais complètement la nuit.
Un rhume.
Une toux.
Les cauchemars.
La lune.
Le sens du vent.
Les dents.
Les PUTAIN de dents.
Il y a toujours une bonne raison pour que la chair de ta chair interrompe sa nuit.
Toujours.

Et puis quand l’enfant capitule en pleine nuit, à l’heure où "Chasse, pêche et nature" sévit, et s’endort enfin, la mère, elle, n’arrive juste pas à se rendormir. Le comble.
Et puis ça, c’est la nuit.
Parce qu’un bébé ça dort en journée, à ce qu’il paraît.

Des 3-4 siestes dans la journée, on passe à la sieste du matin et celle de l’après-midi.
Puis RIP celle du matin (ma Zouzou l’a fait sauter… avant ses 1 ans >_<).
Et là, vient le temps du deuil, du deuil de ces sas de décompression durant lesquels tu peux juste vivre, un peu.

Et puis celle de l’après-midi devient soit un vague souvenir, soit un exercice idéal pour l’enfant de tester les nerfs de ses parents et d’éprouver d’autres fantaisies.

Finalement, c’est peut-être ça qui s’insinue dans la sacro-sainte question "mais, vous êtes prêts à être parents ?" Juste qu’il manque des mots quoi.
Comprendre : "Mais vous êtes prêts à plus dormir la nuit pendant 12 ans ?"

Et encore, ça, c’est juste si t’as un seul enfant.
Pourquoi 12 ans : la puberté assomme les adolescents… qui se retrouvent à devoir assouvir un besoin de sommeil de près de 12 heures… ça laisse rêveur n’est-ce pas ?
Souvenez-vous en quand vous les ferez chier à vouloir les tirer du lit avant 11 heures du matin le dimanche…

"Ohh qu’il est mignon ce bébé qui dort !!" Ouais, c’est ça, je sais pas quel est le connard qui a inventé l’expression "dormir comme un bébé" mais je pense qu’on a pas la même conception du sommeil. Connard.