Archives de Tag: mon papi

Mon petit papi

7 avr

Aujourd’hui, je suis passée voir mes grands-parents paternels. Si ceux maternels ne sont malheureusement plus de ce monde mais toujours dans mon cœur, j’ai la chance incroyable d’avoir toujours un papi et une mamie.
La chance inestimable qu’ils aient connu au moins l’un de leurs petits-enfants.

Mais aujourd’hui, mon papi et ma mamie, je les ai trouvés très fatigués. Ma grand-mère, Jeanne, va faire 88 ans dans 8 jours.
Pierrot, lui, va faire 90 ans.

Elle, va tant bien que mal avec un mari qui l’empêche de sortir.
Lui, va plus mal que bien avec sa femme qui ne l’aide pas à aller bien.

Ils sont vieux, mon papi et ma mamie.

Mais ils ne peuvent pas partir : ils sont immortels hein dis ?

Mon papi, en le voyant, je me suis dis que c’était peut-être la dernière fois… Je me suis dis :"Cela sent la fin…"
J’aimerai pour lui que ça soit la fin.
Parce que mon papi, depuis qu’il a fait son AVC, il en a avalé des couleuvres.
Lui si fort, si dur, a appris à vivre autrement. A plus de 80 ans.
Faire le deuil de toute une vie : il a perdu l’usage de sa parole et une hémiplégie incomplète l’empêche d’être autonome.
Il m’a appris une leçon de toute une vie : après avoir fait le deuil de son ancienne vie, il a, à force de volonté, réappris à articuler.
Il est fort mon papi.

Sauf que là, il est affaibli, amoindri.
Il souffre, un peu chaque jour.
Il m’a eut dit que s’il avait eu le choix, il serait parti, d’un coup, d’un seul.
Vivre à tout prix, au rabais…
Vivre pour les autres mais pas pour soi.
Vieillir c’est bien, mais bien vieillir c’est mieux.

Et là mon petit papi, je crois qu’il en a marre de la vie.

Je ne suis pas une pro de l’euthanasie – quel bien vilain mot pour avoir le droit de quitter la vie dignement, comme on l’entend.
Mais en voyant mon papi, je me suis dit que décidément, souffrir ainsi, ce n’était pas une vie.
Et qu’à vivre ainsi, il vaut peut-être mieux la mort…

Qui c’est ce que ça fait de vieillir, de perdre ses moyens, de retomber à l’âge enfantin, où l’on porte des couches et que l’on boit en en mettant partout, l’âge en moins, ou du moins quelques décennies en plus ? Moi certainement pas, mais lui oui.
Ce qui est sûr, c’est que je sais ce que ça fait de perdre quelqu’un qu’on aime bien.
Il m’en appris des choses, sans qu’il le sache.
La terre, les fleurs, les chrysanthèmes, la force de se battre pour gagner sa vie, y croire, être fier.
Ces odeurs, la Toussaint, le chocolat qu’il aime tant…

Et puis sa vie, un peu de la mienne, sa maman trop tôt partie laissant une plaie béante toute sa vie, la guerre… Ses anecdotes de guerre.
Des cahiers de comptes griffonnés au Bic noir ou au crayon.
Des inventions horticoles, son génie bricoleur, son esprit inventif, son intelligence de l’esprit, mais aussi, cachée, celle du cœur.

Mais parfois je me dis, que je préfère souffrir, de le perdre, que de le voir souffrir, lui, mon papi.