Archives de Tag: sur le divan

La famille

26 jan

J’ai mal à la famille.
J’ai vécu en ne comptant pas sur elle. En gardant tout pour moi. En comprenant tout le monde au détriment de mes besoins, même primaires.
Je n’ai jamais eu de soutien, de compréhension, de compassion durant mon enfance.
A part de mes oncles d’Espagne, ceux qui avaient gardé une âme d’enfant.
Ceux qui respectaient l’autre.

Le respect.
Un mot étranger à ma famille.
Le respect de moi ?
Il passait par me donner à manger (trop), à me questionner pour obtenir des informations ou pour me juger et critiquer.
Le respect n’avait pas droit de cité.
Respect de mon corps.
De mon esprit.
De ma vie.

J’étais une chose, un pantin.
Contrôlée, manipulée.

La famille, ce poison.
Comme le sel, chaque jour il me mettait un peu plus un pied sous terre.
Pour m’étouffer complètement.

Alors aujourd’hui que j’ai 31 ans, j’ai décidé de vivre ma vie comme je le sens.
D’écouter MES besoins avant les leurs.
De dire non.
D’avoir le choix.
De ne rien leur donner de ma vie.
De plus leur donner de mon énergie.
De ne plus être là pour eux si cela me fait du mal.
De ne plus être celle qui écoute, encore et toujours.
De ne plus être celle qui se fait passer en dernier, qui ramasse les miettes et qui doit remercier.

Aujourd’hui, je suis libre.
A ce qu’il paraît…
Même si ma famille me pèse encore sur l’estomac, sur le cœur.
Même si des fois c’est dur de dire non.
De ne pas réussir à renoncer aux liens de sang, aussi toxiques qu’ils soient.

Le passé est le passé, mais je ne peux pas gommer tout ce qui est arrivé.
Tout ce qui peut arriver et encore me briser.
Je répare les blessures, encore à fleur de peau.
Je ne laisserai personne les rouvrir.
Jamais.

Alors je réagis sûrement trop pour eux.
Pour ma belle-famille aussi.
Mais j’étouffe, je suffoque, j’ai le cœur qui se soulève et la nausée quand quiconque m’oublie, oublie que j’existe, que je peux avoir des émotions, des sentiments.
Comme quand j’étais petite, que je pleurais de colère et de tristesse, me consolant seule dans mon lit sans vie et froid.

Mon attitude choque, est incomprise, dérange.
Même celui qui est le plus proche de moi.
Comment expliquer ce cri de douleur que j’ai en moi.
Ce déchirement.
Ce trop-plein d’eux.
Ce trop-plein de non existence, de concession, de plaisir fait aux autres, de blessures que je me suis auo-infligées pour ne pas sombrer, pour plaire à mes parents. A ma famille.
Me brimer jusqu’à m’annihiler.
Plaire avant tout.
Pour survivre, pour exister.
Plaire à mon bourreau.
A ma mère.
Je n’avais pas le choix.
Une branche pourrie, quand on est enfant, vaut mieux que le vide angoissant du néant.

Aujourd’hui, je suis marquée par tout ça.
Je suis faite comme ça.
Je travaille sur moi.
Encore et toujours.
Pour mieux vivre.
Et avoir moins mal à la famille.

Mais parfois, s’il n’en tenait qu’à moi… Je mettrais une croix sur eux, sur tout ça.
Et vivre ma vie, en toute liberté, avec mes idées, hors de tout jugement, de tout sentiment de culpabilité…
Coupable de ne pas être comme ils veulent.
Coupable de vivre ma vie sans eux.
Coupable de ne pas leur donner autant de temps qu’ils veulent.
Coupable de ne plus me laisser faire après n’avoir rien dit pendant tant d’années.

Aujourd’hui, je construis ma famille.
Avec mon Ours, ma fille et mon petit à naître.
Aujourd’hui, j’ai assez de défits à relever pour construire mon bonheur pour ne plus devoir construire celui de la famille.
Je n’ai plus à avoir sur mes épaules que les soucis des miens. Ceux que j’ai choisis.
Je n’ai plus à me sentir redevable de la vie qu’on m’a donnée.
Je ne veux plus devoir me justifier d’exister.
Je veux dire non si je ne veux pas de visites à la maternité, dire non si je n’ai pas envie d’aller manger, dire non si je n’ai pas envie de me sacrifier, dire non, et considérer enfin, mes besoins, mes priorités.

Être libre, pour de vrai.

106_hd

Légère comme un battement d’ailes de papillon

31 mar

Je sors enfin du cabinet de ma thérapeute.
Légère comme un battement d’ailes de papillon qui se pose sur mon cœur.
Pour me réconforter.
Pour éponger les larmes qui ont tant de fois roulé sur mes joues
Désaltérant ma peine
Pour couler jusqu’au fond mon ventre.

L’odeur des arbres, du soleil m’effleure le nez.
Le vent caresse ma peau et défait mes cheveux.
La douceur de se sentir légère, comme si j’avais posé mes valises.

Des valises qui resteront à quai et qui monteront dans le train de mon oubli pour une destination lointaine et inconnue.

Je revis, je renais un peu,
Comme un nourrisson j’ouvre mes yeux pour la première fois sur le bonheur de vivre
Sondant le monde qui m’entoure
L’air de dire "Je suis vraiment vivante".

Sentir mon corps, et oublier ma tête
La laisser divaguer,
S’alléger
Et m’encrer,
Les pieds dans le sol,
Reliée à la Terre mère.

Sentir la terre sous mes pieds,
L’odeur verte et humide de cette noirceur symbole de vie,
La délicatesse de l’herbe encore recouverte de rosée.

Recevoir les rayons du soleil
Qui m’embrasse et me réchauffe
Comme les bras d’une mère.

Je suis en vie et ce n’est que le début.

Reprendre contact : on s’appelle on s’fait une bouffe, on s’épile on se fait une touffe ?

18 fév

Faut que je reprenne contact avec elle. C’est ce que je me suis dit cette semaine.
Je ne sais pas comment, je l’ai un peu perdu de vue ces derniers temps.
Pourtant, c’est pas compliqué.
Mon chemin croise souvent le sien…

Je me suis juste rendue compte que ça fait un bail que je lui ai pas dit des choses gentilles.

Hier, j’avais rendez-vous avec elle.
Seuls des mots durs sont sortis de ma bouche.
On peut dire que je n’ai pas été vraiment sympa.
Pourtant, ça devait être un moment agréable.
Elle a eu envie de pleurer… à cause de moi.

En même temps, c’est compréhensible.

Je trouve qu’elle a grossit.
Qu’elle est moins jolie.
Moins heureuse aussi.
Elle ne fait rien comme il faut, avec son mari.
Avec sa fille.
Ou sa famille.
Ou même ses amies.

Tu te dis : "Mais pourquoi elle reprendrait contact avec elle si elle pense tout ça ?"
Parce que cette reprise de contact, elle est vitale.
Et c’est en fait de moi que je parle.
Moi que j’ai oublié.
Oublié d’aimer.
Si tant est qu’un jour j’y sois parvenue.

Je ne veux pas de moi.

Voilà, les mots sont sortis.
Ils sont forts, mais c’est la vérité.
Ils en entraînent d’autres, pas plus jolis.
Je ne m’aime pas.

Je hais mon corps, cet amas de chair insensible, encombrant, dont je ne sais quoi faire.
Dont je n’ai jamais su quoi faire.
Je l’habille pour le cacher.
Je ne le regarde plus.
Je ne sais plus à quoi il ressemble.
J’ai même l’impression qu’il change de jour en jour.
Parfois gros, parfois pas si horrible pour le trouver moche le lendemain.
Ma vision se déforme au gré de mes émotions.
De mon mal-être.

Je me sens seule.
Je suis seule.
Et je me sens coupable, coupable de ne pas m’aimer assez, de ne pas m’aimer tout court.
Chaque jour qui passe, c’est une montagne de reproches.
Chaque jour qui passe, je m’estime de moins en moins.

Depuis toujours, ma tête d’un côté, mon corps de l’autre.
L’une espace de liberté.
L’autre barrière avec le monde extérieur.
L’une me fait du mal.
L’autre me fait mal.

Mon corps, si froid, sans plaisir.
Si douloureux.
Il n’y a qu’en ayant mal que je le ressens.
Il n’est rien sans l’autre.
Rien que désagréable.

Devoir l’apaiser, en pleurant,
En mangeant.
Même quand je n’ai pas faim.
Toi, la nourriture, mon doudou qui ne suffit plus.
Ma drogue.

Alors il faut que je reprenne contact.
Ou juste que je fasse connaissance.
Que je (re)construise mon image détruite et déformée par mes pensées… ses pensées.

Libérer mon corps, de l’emprise,
Libérer des émotions,
Le libérer et l’ouvrir à la vie.

Déverrouiller et arrêter d’avoir envie de me rouler en boule,
De ne plus exister.

Je veux m’aimer.
Je dois m’aimer.
C’est une histoire entre moi et moi.
Un combat que je dois mener seule.

Sans ça, jamais l’amour des autres ne pourra me combler.

Pablo Picasso, Femme qui pleure, 1937