Elisabeth Badinter dans Les Maternelles : la voix de la raison

Aujourd’hui, je ne bosse pas, comme tous les lundis. Ce jour où je ne fais rien, enfin, entre les lessives qu’on a pas eu le temps de faire le week-end (surtout avec ce temps pourri…), compote et purée pour ma Zouzou, ménache (avec l’accent), rangement, bref un lundi tranquille en somme que tous les hommes m’envient, j’ai la chance et le bonheur de tomber sur les Maternelles, juste l’émission que je préfère de toute la terre. C’est une émission qui remet les choses à leur place ou les remue mais qui en tout cas donne la parole aux femmes, aux hommes et même aux enfants. Et en ce lundi, c’était une émission spéciale avec Mme Elisabeth Badinter, philosophe et politique.

Elle a sortie dernièrement Le conflit. La mère et la fille, vivement critiqué. Critiqué sans doute par ceux qui ne l’ont pas lu, par les hommes, ou par ceux qui n’ont pas tout compris : parfois les mots écrits ne suffisent pas à dire les opinions, même si on est philosophe et que l’on écrit bien. Les Maternelles ont permis par cette émission à Mme Badinter d’avoir un droit de réponse sur les critiques que l’on peut apporter à son texte et aux mamans et aux pères de s’exprimer.

Devant ces attaques, la dame n’a pas baissé les bras. Elle s’est expliqué. Et m’a convaincue. Je crois que si elle se présentait en 2012, je voterais pour elle, et, en passant, irais juste lui baiser les pieds. Ce qu’elle a dit m’a parlé. Voici ce que j’ai retenu.

L’allaitement

Il faut qu’il soit un choix. Dans Le conflit, elle décrie la pression faite sur les mères au sujet l’allaitement. En gros, il semblerait qu’on ait de moins en moins la liberté de faire le choix d’allaiter son enfant ou pas. C’est vrai que dans la maternité où j’ai accouché, elles sont très pro-allaitement. Moi, à la base, ça me dégoûtait. Je ne sais ni pourquoi ni comment mais allaiter me paraissait impensable. Puis, au fur et à mesure de ma grossesse et de cet amour qui grandissait en moi pour cet enfant à naître, ainsi que des séances de préparation à la naissance,  j’ai commencé  à douter de cette position. Le dégoût disparaissait, et je me disais que le lait artificiel n’était pas « naturel ». J’ai fini par me dire : « Je verrai comment les choses se passeront et je ferai en fonction ». Mme Badinter aurait pu dire qu’au final, je n’ai pas eu le choix puisque j’ai été influencé. Certes, mais je dis merci aux sages-femmes de la maternité Bel Air de m’avoir permis de changer d’avis. Le seul hic, c’est que mon allaitement a été un fiasco, et je n’ai pas eu les bons conseils. Oui, le gouvernement met la pression sur les femmes pour qu’elles allaitent, mais ce n’est peut-être pas là que le bât blesse : c’est surtout sur les moyens employés pour aider les femmes à faire librement leur choix. Si on expliquait bien l’allaitement, que durant le séjour à la maternité on nous formait à l’utilisation d’un tire-lait (juste salvateur si on veut allaiter au long cours), qu’on nous donnait le nom de la crème magique qui évite les crevasses (Lansinoh) plutôt que de nous laisser repartir à la maison et risquer d’avoir les tétons en feu. Bref, l’allaitement oui, mais avec les bonnes clefs.

Le partage des taches

Mme Badinter a dit que si elle était présidente, elle ferait une discours officiel pour que le partage des taches ménagères soit fait. Alléluia ! En 2010, la plus grande partie des taches ménagères incombent aux femmes. Et quand on sait que beaucoup d’entre nous travaillent, ça fait peur. Je disais ce week-end à un ami que j’avais trois boulot : le travail professionnel, celui de maman, et celui de femme (sans parler celui de fille, d’amie… à l’occasion hein parce que depuis que je suis maman, c’est un peu le vide). Et il s’est mis à rire… Comme beaucoup d’homme « classique ». Bien sûr que tous les hommes interrogés par le journaliste homme des Maternelles disent savoir faire le repassage, laver le sol, la lessive… Oui ils savent, mais combien le font ? Sans qu’on leur demande, voir qu’on leur serine à longueur de journée « tu peux faire ci, tu peux faire ça » ? Heureusement il y a des exceptions ! Et qu’il y a aussi des femmes persuasives et persévérantes qui ne lâchent pas l’affaire et qui font comprendre à leur mec que non, elles ne savent pas mieux se servir de la machine à laver qu’eux et que non, elles ne sont pas nées avec les modes d’emploi de tous les appareils. Elles ne sont pas non plus davantage douées pour la cuisine, la preuve : la plupart des chefs étoilés sont des hommes (tiens, toi là, c’est cadeau, je te donne cet argument qui flattera toi aussi ton ours et le poussera à faire à manger ;) ). Bon, mon Ours m’a dit l’autre jour : « Les femmes savent faire la cuisine de tous les jours, les hommes, eux, c’est plutôt de la cuisine d’exception. » Ah je te jure. Sans rigoler, il y a une majorité de femmes qui gèrent tout à la maison : ménage, paperasse, rendez-vous pédiatre ou maîtresse, réunion de parent d’élève, activité extra-scolaire… Pourquoi ? Parce que l’homme gagne plus… et que donc son travail est plus important. Même si les femmes arrivent à être à des postes à responsabilités, rares sont celles qui ont des enfants, j’en suis quasi persuadée (je ne parle pas de celles qui ont fondé leur propre entreprise).  L’homme a souvent, de fait, un poste plus important que la femme. Même à poste égal, il gagne encore aujourd’hui plus qu’une femme. D’ailleurs à ce sujet, le revenu est juste un point important dans la maternité. En quoi ?

Mère au foyer : le droit de choisir ?

Au début de la grossesse, j’étais à fond dans mon travail (enfin entre deux nausées). Je voulais continuer à travailler à 100 % après l’accouchement. Puis, le temps passant, j’ai commencé à aimer ce petit bout très fort. Et puis quand Zouzou est née, j’avais plus envie de la quitter. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à aller travailler et à la laisser. Le matin je ne passe que peu de temps avec elle. Et le soir, 2 heures tout au plus. Je ne l’accepte pas. Pourtant je suis à 80 %. Et financièrement c’est déjà difficile. 300 € de moins sur la paie, ça fait ! Mon vrai choix aurait été de rester à la maison pendant 6 mois. Voilà mon choix. Mais aujourd’hui, au premier enfant, l’aide dure 6 mois et si on arrête de travailler elle n’est que de 274,17 €. Une misère. Pourquoi ne pas rémunérer dignement une femme qui choisit de rester au foyer ? Et puis rester à la maison est mal vu aujourd’hui. On se fait passer pour des feignantes, des femmes entretenues. Alors qu’il n’y a pas plus généreux que de mettre sa carrière de côté pour élever un enfant du moins pendant un temps (« il faut impérativement conserver un minimum d’indépendance financière », Mme Badinter t’as tout bon !).

Et les femmes qui choisissent de reprendre le travail parfois même avant la fin du congé maternité ? Quid des Rachida Dati en puissance ? Ne sont-elles pas autant pointées du doigt que les femmes qui veulent rester au foyer? Il faut alors se poser la question de l’image de la mère pour la société des années 2010.

La mère parfaite

Comment alors les mères d’aujourd’hui, qui travaillent ou pas, qui allaitent ou pas, peuvent se sentir mère sans culpabiliser ? La mère parfaite allaite, fait à manger à son petit bout, le porte en écharpe, n’en a jamais marre. Bref, est dédiée à son enfant. Il est vrai que je me sens assez comme ça, car pour moi il n’y a pas plus magique qu’un enfant, rien de plus pure qu’un sourire ou un éclat de rire de ma Zouzou, rien qui ne me fait plus exister que le premier regard de ce petit être plein de vie au réveil. Mais alors, suis-je moi-même formaté par la société ?

Non, je pense juste qu’il y a autant de manière d’être maman que de femmes, il n’y pas une image de mère. C’est un peu comme si on disait qu’il y avait une seule image de femme à laquelle il faut répondre (oui bon, il y a un peu le diktat de la minceur certes…) : aberrant non ?

Enfin, en tout cas, cette femme m’a impressionné. Si elle pouvait faire bouger les choses notamment au niveau des salaires et de l’indemnisation ou même de la durée du congé maternité, ça serait énorme pour des millions de femmes.

Après, il ne faut pas trop en demander : nous vivons en France et en tant que femmes avons beaucoup de droits. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut baisser les bras et tout accepter. Moi je dis toujours : « Quand on a un caillou dans la chaussure, il faut savoir l’enlever. » ;) Alors merci à toutes les femmes qui se sont battues pour le droit de vote, le droit à l’IVG et à ces hommes qui aiment les femmes, merci à mon Ours d’homme :) car il y a des cailloux pour le coup qui se sont pris un sacré vol. Et qui va enlever les derniers ? Notre génération ?

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2 réflexions sur “Elisabeth Badinter dans Les Maternelles : la voix de la raison

  1. Pingback: Vit ma vie de maman : une maman témoigne « L'avis de Maman

  2. Elisabeth Badinter m’a surtout réjouit une fois par un discours qu’elle a prononcé dont le sujet était nos enfants et l’école… Asem et surveillante dans une école privée je rêve de le montrer à chaque parent… Mais ce n’est qu’un rêve !!! Voilà le lien, je ne résiste pas : http://m.peyroux.free.fr/spip.php?article932.

    Je ne suis pas tjrs d’accord avec cette dame mais là je dois dire que j’ai applaudit… Et pour ce qui est du sort fait aux femmes, il y a encore beaucoup à faire.

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