Ton père ce héro

Pour ce Vendredi Intello, je souhaitais aborder le rôle du père. Cela a l’air si simple. Surtout par rapport à celui de mère. Et pourtant ce n’est pas le cas. Si avant le rôle du père se résumait à incarner l’autorité et à être le pilier (financier notamment) du foyer, aujourd’hui on redistribue les rôles, parfois tant bien que « mâle ».

Ils font comment nos hommes aujourd’hui pour être père, trouver une image de paternité à laquelle s’identifier ? Beaucoup de femmes/mères ne veulent plus des schémas du passé. La majorité des hommes (il me semble) ne veulent plus s’y inscrire. Bref : on veut tous dépoussiérer tous les clichés désormais surannés.

Sans pouvoir être une seconde mère – car pour moi le père et la mère ont des rôles qui doivent être différents et surtout complémentaires – qu’est-ce qu’un père en 2011 ?

Parce qu’il faut dire ce qui est : parfois nos Ours d’hommes sont un peu perdus. Et derrière leur torse virile (oui j’aime les torses viriles), peu osent le dire ou en parler. Et pour cause : définir le rôle du père est bien complexe.

Brazelton dans le toujours très bon « Points forts de la naissance à 3 ans » (je ne m’en lasse pas, il dit des bêtises, mais pas toujours ;)) « Le père peut également tempérer l’intensité de la relation mère-enfant lorsque l’enfant a besoin de devenir indépendant. Dans tous les domaines : apprendre à dormir seul, à se nourrir, à devenir autonome au cours de la deuxième année(…) ».

Je suis assez d’accord : je ne sais pas pourquoi, mais l’enfant est plus réceptif à son père quand il s’agit de dormir, ou d’arrêter de se réveiller la nuit. Ma Zouzou recommençait à se réveiller en pleine nuit, vers ses 4-5 mois il me semble, et quand j’y allais, elle continuait à babiller. Alors que quand son père a finit par y aller, ça n’a pas fait un pli : elle s’est rendormie et a compris que ce n’était pas encore le moment du réveil.

A mon sens, le père a ce rôle primordial effectivement d’ouvrir l’enfant au monde. Je préfère cette image que « tempérer l’intensité de la relation mère-enfant » ou séparer l’enfant de la mère comme d’aucuns disent. Que l’homme essaie et il s’en mordra les doigts, prenant le risque d’être éjecté du duo mère-enfant. Cela est plus subtil. Plutôt que de séparer, le père va montrer un autre monde à l’enfant, hors des bras de la maman. Il a pour mission de le sociabiliser notamment en lui apprenant les règles de la vie en société. De plus, il est plus à même de jouer avec l’enfant. La mère est dans l’émotion et la compréhension, le père dans l’action et la construction. Son rôle est aussi primordial que celui de la mère et dès le début, même si certains pères ne veulent pas le reconnaître ou ne s’intéressent à l’enfant qu’une fois qu’ils parlent ou qu’ils marchent (j’en ai croisé des pères comme ça…). De nombreuses études montrent que l’absence d’un père mène l’enfant à devenir délinquant, agressif, colérique…

Au grès de quelques lectures, j’ai trouvé les écrits d’un psychologue, Yvon Dallaire, qui, au sujet de l’absence du père, explique : « Les enfants deviennent délinquants parce qu’ils continuent de croire que tout leur est dû et que les autres sont à leur service (comme l’était maman)« . Ah, alors comme ça tout ne dépend pas de la mère. Si tant est que l’on ait pu le croire totalement, perso, ça me remet les idées en place quand je me mets énormément de pression dans l’éducation de ma fille. Je sais que la relation à la mère est primordiale, mais elle n’est pas l’ « unique nourriture » de l’enfant.

Yvon Dallaire parle également du rôle du père en ces termes, et cela rejoint ce dont je suis fondamentalement convaincue et que j’exposais plus haut :  « Aucune mère, malgré sa bonne volonté, ne peut remplir la fonction paternelle ; elle ne peut remplir que  » sa  » fonction maternelle. Et vice versa ! » Cela a le mérite d’être clair. Mieux : le père montre un autre monde par le fait qu’il est différent de la mère, permettant à l’enfant de se construire en dehors de la mère : « La fonction du père est de séparer l’enfant de la mère. Il doit s’interposer entre la mère et l’enfant pour permettre à l’enfant de développer son identité en dehors de la symbiose maternelle (…).

L’enfant a besoin de sentir toute l’attention de la mère pour découvrir sa puissance. Mais il a aussi besoin des interdits de son père pour connaître ses limites et apprendre à faire attention aux autres. L’enfant apprend, par sa mère, qu’il est au centre de l’univers, de son univers ; il doit apprendre, par son père, qu’il existe d’autres univers avec lesquels il devra collaborer pour survivre et s’épanouir. L’enfant doit apprendre à se situer à mi-chemin entre l’attitude du chat et du chien. Le chat se croit le maître en voyant tout ce que son  » esclave  » fait pour lui, alors que le chien perçoit son propriétaire comme son maître parce qu’il est capable de tout faire pour lui. »

Il évoque enfin un rôle que le père « doit » jouer, et que l’on oublie volontiers, nous, les mères, mais qui est vital :  » [Il doit] rappeler à la mère qu’elle est aussi une femme, une amante, un être de plaisir, non seulement un être de devoir généreux. Si la mère représente l’amour fusionnel, le père représente les limites, les frontières, la séparation psychologique. »

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9 réflexions sur “Ton père ce héro

  1. Super cet article, il m’intéresse d’autant plus que je me questionne aussi sur la place du père. J’ai toujours peur de ne pas lui laisser assez de place. Je vais lui envoyer le lien de ton article, tiens, ça donnera matière à débattre entre nous, héhé !

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  2. Merci beaucoup de ta contribution trrrès (trop!!! ;) ) tardive!!! Je trouve toutes ces références très complètes et cohérentes les unes avec les autres… elles sont emblématiques d’une façon de penser que j’ai bien connu (ma mère en était en tout cas une fervente militante..)… si donc, elles ont guidées plusieurs générations de femmes, elles m’interrogent néanmoins profondément dans le contexte actuel d’émergence de l’approche non-violente: « la fonction du père est de séparer l’enfant de sa mère » est-ce à dire qu’une mère est forcément aveuglée dans son attachement? qu’elle n’est pas capable de reconnaître les besoins de son enfant? que l’enfant n’a pas besoin de l’attachement de son père mais seulement de son autorité? que l’on dresse un enfant comme un chat ou un chien, dont on attend un comportement souhaitable?? qu’une femme ne peut être qu’une mère OU un amante?
    Ces questions sont nombreuses et pour la plupart sans réponse même si tu l’auras compris, je peine à reconnaître mon Mr Déjanté dans ces références…j’espère y voir plus clair lors du débriefing!!

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    • Je suis d’accord avec toi. Ces schémas sont assez archaïques. Voilà pourquoi moi non plus je n’affectionne pas l’expression « séparer l’enfant de la mère » comme je le dis dans l’article.
      La réflexion mériterait d’être étayée et encore menée. Nous sommes clairement dans une nouvelle organisation des schémas familiaux, avec des pères beaucoup plus investis et aussi beaucoup plus en paix avec ce que l’on pourrait appeler leur côté féminin (dénomination sûrement à tort) : émotions, câlinage, paternage, etc.
      Mais je reste quand même persuadée que, dans les grandes lignes, le père et la mère doivent être complémentaires et non semblables pour la construction de l’enfant.
      Bon courage pour le débriefing qui va encore être trèèèèès intéressant :) j’en suis sûre !

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  3. Bonsoir (ou plutôt bonne nuit!).
    Je découvre ton blog (via Mc Maman), et d’aprés ce que j’en ai vu il me plaît bien.
    Ton article est trés intéressant même si je trouve en effet les shémas évoqués plus qu’archaïques… (les questions que soulèvent Mme Déjantée sont d’ailleurs trés pertinentes).
    La famille est en perpétuelle « évolution », et si comme tu le soulignes les pères sont de plus en plus investis, calins, dans l’émotion etc, à contrario le nombre de familles monoparentales ne cesse de croître. Les mères élevant seules leurs enfants sont de plus en plus nombreuses.
    Comment donc élever, guider son enfant au quotidien quand il ne voit son père qu’un w.e. sur 2 et la moitié des vancances scolaires (quand celui-ci accepte de s’occuper de ses enfants…)?
    Quelle place lui laisser?
    Comment réorganiser le noyau familial ainsi explosé?
    Comment être complémentaires quand il n’y a plus aucune union, ni sentimentale ni « idéologique » (les couples séparés agissant intelligement, avec respect et bon sens dans l’intéret de l’enfant ne faisant malheureusement pas loi…)?
    L’éducation de tous ces enfants issus de familles monoparentales est-elle vouée à l’échec? Heureusement que non… Sachant qu’un mariage sur 2 se conclut en divorce, si l’on se fie aux études dont tu parles, bonjour le quotas de futurs enfants « délinquants, agressifs et colériques »…
    Je suis tout à fait d’accord avec toi: père et mère doivent être complémentaires, mais, quand il n’y a plus ou « quasi » plus de père, comment gérer?
    C’est une autre question, que celle que tu soulèves mais je me la pose car elle me concerne directement. Déjà qu’en tant que « simple maman » on se pose 15000 questions au quotidien (notament sur le rôle du père) alors quand celui-ci ne daigne plus s’occuper de ses enfants et bien des centaines d’autres questions (et plus de doutes encore) se téléscopent dans nos ptites têtes…

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    • Bonjour Amy :) Effectivement, une réflexion devrait être menée encore plus en avant, au-delà des schémas familiaux classiques. Je ne comprends pas qu’aujourd’hui encore la justice n’oblige pas la présence du père dans l’éducation, qu’il ne fasse pas autorité pour expliquer cela aux parents déficients. Parce qu’il en va de l’intérêt de l’enfant. Cela est bien triste mais je ne pense pas que cela ait la même conséquence que lorsque il s’agit d’un couple parental où le père est absent. A mon sens, l’enfant intègre que papa et maman ne s’aime plus et fait avec ce nouveau schéma. Qui sait, j’essaierai peut-être de traiter ce sujet, voir s’il existe des écrits, des études à ce sujet. Car si aujourd’hui je ne suis pas dans ton cas, j’ai été à la place de ton enfant. Merci pour ton commentaire. Et je te souhaite du courage.

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      • Merci pour ta réponse!
        En fait j’ai moi aussi été à la place de mon fils étant enfant… A croire que se reproduire avec des connards est héréditaire chez nous…
        N.B.: ici le terme de connard n’est pas du tout le masculin du « connasse » de Mc Maman. Il est à interpréter dans le sens de « gros enculé qui ne se revèle qu’avec la paternité ». A dissocier donc du connard de base. ;-)

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