Attention fragile

Certains diront de moi que je parais dure. Je ne demande pas d’aide à moins d’avoir la tête sous terre, et encore. J’essaie toujours de me débrouiller seule, pour voir si je vais vraiment crever ou pas, la bouche pleine, prête à suffoquer.
Si j’ai un problème, je le règle seule. Seul mon Ours me connaît. Et encore, parfois ce que je veux bien lui montrer…

Et pourtant, je suis sensible.
Certains pourraient me trouver mièvre, niaise, pas franche.
Seulement je suis comme ça, moi, sensible.

Je ne peux pas ne pas respecter les autres.
Je ne peux pas juger sans retour.
Fais-moi la pire crasse, j’arriverais presque à t’excuser.

Je suis comme un chamallow.
Un mot, une parole, un oubli et ma gorge se serre, j’étouffe, j’ai mal au ventre.

Je suis sensible, aussi à vif et réceptive qu’un nourrisson qui vient de naître.

Je cherche toujours des excuses à tout le monde.
Je sais que derrière de la méchanceté il y a un grand manque d’amour, des blessures.
Je sais derrière beaucoup de présence il y a un besoin cruel d’existence.

Je suis trop compatissante, au risque de m’effacer devant les autres.
De m’aliéner.
De m’oublier.

Je déteste les conflits, je les hais au plus haut point.

J’ai plein de défauts, sûrement.
Des tas.
Tellement de défauts qu’il est parfois difficile pour les autres d’entrevoir mes qualités.
Mais je me soigne, merci.

Et des fois, j’ai juste envie qu’on me respecte, qu’on respecte ma sensibilité, ce que je suis.
Que je suis maman et que c’est une partie intrinsèque de moi.
Que je réfléchis, tout le temps, trop.

Des fois, j’ai juste envie de dire merde.
Et de devenir comme les autres : franches, brute et dure.
J’en suis incapable.

Des fois, j’ai juste envie qu’on me dise que je vaux la peine, la peine qu’on se batte, qu’on se donne un peu de mal pour me rendre heureuse, pour me garder.
Que l’on me donne l’impression que je compte, que je suis considérée…

Du respect.

Est-ce que je pourrais seulement le voir ?
Est-ce que je pourrais au moins susciter ce genre d’émotion, moi qui me terre au fond de ma grotte ?
Qui fait croire à tout le monde qu’elle n’a besoin de personne ?

Ce que j’ai besoin est tout simplement impossible.
Car je détiens la solution. Elle est en moi.
Les autres ne sont pas la solution.

Aime-toi, respecte-toi…

Mais putain, bordel, qu’il est difficile de vivre parmi les Hommes.

Pierre Soulages, Peinture, 222 x 157 cm, 24 août 1979
1979

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7 réflexions sur “Attention fragile

  1. Que je te comprend !
    Mais à te lire, tu t’aimes, même si tu aimerais être un peu moins sensible, un peu plus respectée d’autrui..
    C’est juste qu’il y a des gens qui savent « taper » là ou cela fait mal, par plaisir, ennui…
    Courage (k)
    D.

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  2. Ton billet me touche particulièrement, car je m’y retrouve… On dit de moi que j’ai un sale caractère, que je démarre au quart de tour, mais personne n’ira voir plus loin, et après, est-ce que je leur en laisse l’occasion…?

    Très beau billet…

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  3. Flute, « touchée » et de deux…
    il va falloir que j’arrête de te lire je crois… ça me ressemble trop ;)

    « Des fois, j’ai juste envie qu’on me dise que je vaux la peine, la peine qu’on se batte, qu’on se donne un peu de mal pour me rendre heureuse, pour me garder.
    Que l’on me donne l’impression que je compte, que je suis considérée…

    Du respect. »

    Alors, depuis peu je laisse la porte (entre-)ouverte mais je la claque sur les doigts au moindre faux pas. Question de survie.

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  4. Je te comprends tout à fait. Je suis comme toi, très sensible et toujours prête à trouver des excuses aux personnes qui agissent mal. J’aime voir le bien en chacun de nous. Et pourtant, combien de fois ais-je été déçue par la nature humaine…

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  5. Ahhh ce fameux respect, ce refus de critiquer les autres, de leur en vouloir et bien moi aussi je vis ça ! Et ça m’éloigne de la plupart des gens qui ne me comprennent pas… J’ai comme toi une apparente dureté qui pourtant ne cache qu’une extrême sensibilité que j’essaie de cacher… Pour ne pas souffrir, je m’éloigne de ceux qui sont capables de me toucher, de ceux qui sont capable de me juger sans ce rendre compte du mal qu’ils font. J’ai perdue une grande amie à cause de tout ça il y a peu et j’en souffre encore. C’est fou la vie comme elle peut être dure quand tout ce qu’on veut c’est être simplement bon.
    Moi aussi je suis une maman qui se pose pleins de questions, moi aussi je suis une maman qui a foiré son allaitement, moi aussi j’ai un mari avec qui je finirai ma vie.
    Moi aussi…

    Tu écris très bien et c’est très agréable de se sentir moins seule sur certains points !

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