Ô temps suspends ton vol

Il y a des jours, des instants, où la fragilité de notre existence m’assomme.
Elle me prend, me retourne et me met le dos au mur.
Elle me sert la gorge et me laisse haletante, presque inerte.

Il y a des jours où j’observe mes amours comme depuis mon lit de mort.
Je sais qu’un jour nous ne serons plus.
Que les rires s’éteindront pour laisser la place aux pleurs.
Que nous redeviendrons poussière.

Ce sens du discernement, il m’a était donné de naissance.
De tout temps, la conscience d’être de passage sur Terre m’a habitée.
Mais depuis que ma chair vit à travers ma fille,
La vanité de notre existence transpire un peu plus chaque jour.

Et elle fait aussi apparaître la richesse de cette vie,
La volonté et la force avec lesquelles il faut s’appliquer à la remplir de mille bonheurs et de mille joies.
Ne pas attendre d’être heureux, de prendre le temps, de dire aux gens leur importance.
Vivre sans réfléchir, vivre et sentir son cœur battre, le laisser frapper au doux rythme de la valse de la vie.

Car à trop penser, on a peur.
Car à trop aimer, on a peur de perdre.
Car à trop aimer, on risque de souffrir.
Ce risque, je le prends à bras-le-corps.
Je le bouffe, je l’épouse, je me marie avec lui jusqu’à mon dernier souffle.

Quitte à ce qu’il me fasse mourir.
Crever d’amour vaut mieux que crever de solitude.
Avoir des regrets c’est encore pire qu’avoir des certitudes.
Douter de la vie, du confort apparent de son existence,
Arracher les quelques grammes d’ivresse au chemin vers l’inexorable
Et s’y accrocher comme un damné dont le sort est jeté.
Idéaliste sans doute, je n’admets pas de vivre la médiocrité.
Je place tout sur le piédestal de la perfection.
Vivre moyennement ne m’intéresse pas, du moins pour ce qui est des sentiments.

Je ne veux pas attendre toute ma vie qu’on me la reprenne.
Mettre au pilori la complexité des rapports humain.
Je veux vivre aussi simplement que je respire.
Et gonfler mes poumons de cette félicité
Après laquelle tout homme censé court
Et pour laquelle tout homme deviendrait fou.

Pablo Picasso, Guernica, 1937

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7 réflexions sur “Ô temps suspends ton vol

    • Madame, qui que vous soyez, arrêtez de vivre ma vie. ça devient flippant à la fin.
      Plus sérieusement… je compatis. C’est sans doute, je l’espère, ce qui fait aussi que tu t’émeus du sourire de ta fille, un câlin, que ça te prend aux tripes et que tu ressens la violence du lien maternel, plus que d’autres personnes. Et ça, pour moi, ça vaut bien quelques angoisses.

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  1. oui j’ai l’impression de vivre intensément c’est sur. une fois j’ai pris des antidépresseurs. flippant, l’impression d’etre un robot. ça ne me va pas du tout de ressentir tout modérément…

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  2. Je ressens parfois la même angoisse mais j’essaie de ne pas y penser, au contraire de me gave de petits bonheurs matin, midi et soir pour ne pas songer à ce temps qui nous file entre les doigts…

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  3. Depuis que Bilkis est née je suis devenue une vraie flipette moi. Je ne pensais jamais à la mort et encore moins à la mienne. Mais depuis qu’elle est là c’est fou comme je suis traversée par tout ça. J’ai peur pour elle, peur de n’être plus là et de la laisser seule.

    La petite fille en moi a encore un peu de travail pour vivre sereinement les séparations ! Mais ma foi, c’est bien normal tout ça ; et comme tu dis Kiki, il vaut mieux en prendre son parti et la brûler par les deux bouts, cette vie !
    C’était beau en tout cas ton poème, ça m’a foutu la chair de poule et la larme à l’oeil :)

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