Appelle-moi Simple Jack

En partant de Bordeaux au mois de mai, je laissais derrière moi toutes mes amies que je me suis faite en 11 ans de vie bordelaise.
On s’est juré de rester en contact.
Puis le temps passant, les amitiés à distance se délient parfois…
Puis connement, je me suis dit que c’était comme ça.
Et que finalement, toute seule, j’arrivais à m’en sortir.

Connement.

Je me rends compte que mon raisonnement était complètement crétin.
Proche du -10 de QI.
Même une poule est plus lucide sur son existence.
Quant au lombric, il pourrait remporter le Prix Nobel de physique.

Pour ma défense, il faut dire que j’ai une fâcheuse tendance à faire avec ce que j’ai.
Je m’adapte.
Mets-moi dans une pièce dans la semi-obscurité nourrie au pain sec et je pourrais m’y faire.
Je me fais à tout.
Tout.
Même à l’impensable.

Comment ai-je pu me dire que j’y arrivais toute seule, à vivre ce changement de vie, ce changement d’une vie ?
Quand j’ai retrouvé mes amies bordelaises, tout est remonté : tous les coups de blues que j’ai passés, loin d’elle, sans les appeler.

Puis, on a parlé de tout et de rien.
De Tropic Thunder qu’on a revu.
De notre taf… ou non-taf.
Du mariage de l’une et de ses projets bébés.
Des envies d’acheter un bien immobilier.
De choses perso, de couple, de mère, de sexe pour l’autre.
Du passé un peu : quand on bossait ensemble, comme des forcenées. Mais on s’en foutait : on se marrait.
Des « comme ta bite »,  » ou des « DTC », des « comme dirait Rocco », des sous-entendus, une équipe de « bourrines », mi-femmes mi-camionneurs en somme.
Des rires.
Des midis toujours trop courts.
Des gourmandises partagées.
Des coups de blues.

Des moments de vie très forts : proposition en mariage, séparations, grossesses, naissances…

Du soutien chaque jour.
De l’intérêt pour l’une, pour l’autre.
Le souci de savoir comme vont les unes et les autres.

Durant cette soirée, on a pleuré. Un peu.
On a rit. Beaucoup.
Et on s’est prise dans les bras. A la folie.

J’avais juste oublié la douceur de l’amitié.
Cette chaleur que l’on ressent là, au creux de son cœur, quand on est entourée de ces personnes qui nous sont chères, qui nous aiment, nous connaissent, et nous apprécient telle que l’on est.

Je savais que je laissais derrière moi des amies que j’aimais.
Je ne savais pas à quel point elles comptaient.

Puis la soirée s’est terminée.
Nous sommes reparties chacune de notre côté.
Certaines vont se voir durant l’année.
Moi, loin, je sais malheureusement que je vais rater des choses.
Je ne serais pas à leurs côtés : le test de grossesse positif que tu feras, le premier gros contrat que tu signeras, l’appartement de vos rêves que tu trouveras puis l’anniversaire de ton petit bout qui arrivera, les joies, les peines de toutes.
Je sais que je devrais me contenter d’une amitié au rabais parce que j’ai fais le choix d’une autre vie.
Mais ces amitiés-là, maintenant je sais, elles comptent beaucoup.
Plus que jamais.

arbre-de-vie-gustav-klimt
Gustav Klimt, L’arbre de vie, 1905

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14 réflexions sur “Appelle-moi Simple Jack

  1. Oh purée, tu sais ça me parle beaucoup tout ça. Quand je suis dans mon coin je me dis que ça va, que je peux être solitaire. Et puis quand je revois les copines je me dis mais merde, ce que ça me manque…

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  2. Rahh ma Kiki ! Faut pas écrire des billets comme ça, ça m’émeut comme un dernier album de Daniel Guichard ;-)))

    « You’re not alone, simple jack »
    <3

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  3. J’ai vécu ça quand on a déménagé sur Lyon … puis je suis tombée enceinte et on est revenu parce que merde, elles me manquaient mes poufettes !

    Peut-être s’organiser plus de moments comme celui-ci dans l’année?

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  4. gros frissons en lisant ton billet, la distance ça me connait et le manque de potes aussi..
    Deux très bonnes amies sont restées là haut, la plus importante était enceinte en même temps que moi et on a rien vécu de tout ça ensemble,,
    Notre amitié se résume à deux textos par semestre avec des tonnes de tu me manques blabla tu me manques..
    On s’y fait, comme a tous les trucs pourris mais put*in qu’est ce que c’est chiant..
    Alors si tu en as l’occasion remontes dès que tu en as envie car comme tu le dis ça a pas de prix (dans mon cas 700 € d’avion quand même ;))

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