Mon petit papi

Aujourd’hui, je suis passée voir mes grands-parents paternels. Si ceux maternels ne sont malheureusement plus de ce monde mais toujours dans mon cœur, j’ai la chance incroyable d’avoir toujours un papi et une mamie.
La chance inestimable qu’ils aient connu au moins l’un de leurs petits-enfants.

Mais aujourd’hui, mon papi et ma mamie, je les ai trouvés très fatigués. Ma grand-mère, Jeanne, va faire 88 ans dans 8 jours.
Pierrot, lui, va faire 90 ans.

Elle, va tant bien que mal avec un mari qui l’empêche de sortir.
Lui, va plus mal que bien avec sa femme qui ne l’aide pas à aller bien.

Ils sont vieux, mon papi et ma mamie.

Mais ils ne peuvent pas partir : ils sont immortels hein dis ?

Mon papi, en le voyant, je me suis dis que c’était peut-être la dernière fois… Je me suis dis : »Cela sent la fin… »
J’aimerai pour lui que ça soit la fin.
Parce que mon papi, depuis qu’il a fait son AVC, il en a avalé des couleuvres.
Lui si fort, si dur, a appris à vivre autrement. A plus de 80 ans.
Faire le deuil de toute une vie : il a perdu l’usage de sa parole et une hémiplégie incomplète l’empêche d’être autonome.
Il m’a appris une leçon de toute une vie : après avoir fait le deuil de son ancienne vie, il a, à force de volonté, réappris à articuler.
Il est fort mon papi.

Sauf que là, il est affaibli, amoindri.
Il souffre, un peu chaque jour.
Il m’a eut dit que s’il avait eu le choix, il serait parti, d’un coup, d’un seul.
Vivre à tout prix, au rabais…
Vivre pour les autres mais pas pour soi.
Vieillir c’est bien, mais bien vieillir c’est mieux.

Et là mon petit papi, je crois qu’il en a marre de la vie.

Je ne suis pas une pro de l’euthanasie – quel bien vilain mot pour avoir le droit de quitter la vie dignement, comme on l’entend.
Mais en voyant mon papi, je me suis dit que décidément, souffrir ainsi, ce n’était pas une vie.
Et qu’à vivre ainsi, il vaut peut-être mieux la mort…

Qui c’est ce que ça fait de vieillir, de perdre ses moyens, de retomber à l’âge enfantin, où l’on porte des couches et que l’on boit en en mettant partout, l’âge en moins, ou du moins quelques décennies en plus ? Moi certainement pas, mais lui oui.
Ce qui est sûr, c’est que je sais ce que ça fait de perdre quelqu’un qu’on aime bien.
Il m’en appris des choses, sans qu’il le sache.
La terre, les fleurs, les chrysanthèmes, la force de se battre pour gagner sa vie, y croire, être fier.
Ces odeurs, la Toussaint, le chocolat qu’il aime tant…

Et puis sa vie, un peu de la mienne, sa maman trop tôt partie laissant une plaie béante toute sa vie, la guerre… Ses anecdotes de guerre.
Des cahiers de comptes griffonnés au Bic noir ou au crayon.
Des inventions horticoles, son génie bricoleur, son esprit inventif, son intelligence de l’esprit, mais aussi, cachée, celle du cœur.

Mais parfois je me dis, que je préfère souffrir, de le perdre, que de le voir souffrir, lui, mon papi.

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8 réflexions sur “Mon petit papi

  1. Comme souvent (même si je ne laisse pas systématiquement de trace de mon passage) je suis touchée et émue, tant ma grand-mère (et chacun de mes autres grand-parents aussi quand ils étaient encore en vie) a de l’importance pour moi, et également dans la relation que tissent mes enfants et elle.
    Tu poses la difficile question de les garder près de nous mais bringuebalants et pas forcements heureux de se voir décliner ou être malheureux de les voir partir tout en sachant que c’est peut être « mieux » pour eux … C’est quelque chose qui m’interroge aussi beaucoup.

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  2. C’est un billet intense en émotion et en réflexion que tu nous a livré là. Oui, ils ont eu la chance de connaître leur arrière petit-enfant. Et d’avoir visiblement une petite-fille aimante et attentionnée, ce qui n’est pas rien!
    Ma grand-mère maternelle (la seule qui ait mérité son titre de grand-mère dans ma vie de petite fille) est décédée il y a bientôt 10 ans, elle avait 89 ans. Elle est morte très vite, d’un cancer généralisé (comme quoi, même chez les personnes âgées, ça peut aller très très vite). J’ai beaucoup pleuré à sa mort. J’ai pleuré pour moi, pour ce que je perdais avec son départ, les souvenirs, le fait d’avoir une grand-mère, aussi, des racines, des souvenirs vivants d’un autre temps que je n’ai pas vécu. Mais je n’ai pas pleuré « pour elle », qui est partie aussi sereinement que possible dans cette maladie, avec sa fille (ma mère) auprès d’elle, dans sa chambre chez mes parents. Son corps ne pouvait plus aller plus loin, et elle avait eu une longue vie, remplie de joies et de peines, de grands événements et de banalités.
    Nous n’avons pas la liberté de choisir qui reste et qui s’en va, qui meurt et qui continue à vivre, même diminué, même fatigué… à moins d’utiliser de grands moyens, d’intervenir concrètement! Il ne suffit pas de dire je veux, ou je souhaite.
    Pourtant, je souhaite de tout cœur que tu aies le temps de faire encore un peu de chemin avec tes grands-parents, afin d’accepter doucement l’idée que non, ils ne sont pas immortels… <3

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  3. Dur dur que de voir ceux qu’on aime s’amenuir au fur et à mesure, se rendre compte que la vie les uses, les fait souffrir, et se dire qu’ils mériteraient de partir sereinement.
    J’ai un parcours familial qui fait que j’ai perdu mes grands-parents jeune à 12 ans pour ma grand-mère maternelle ( je me suis rendue compte que cette année ça ferait 19 ans qu’elle s’était éteinte) puis son mari 10 ans plus tard ,mon grand-père paternel il y a 5 ans pile, il me reste juste ma grand-mère mais elle, elle n’est plus vraiment là depuis 15 bonnes années quand Alzheimer à emporté son cerveau remplis d’histoires, son hyper-activité, sa vie bien remplie par ses nombreux petits-enfants, faire le deuil d’une personne qui ne te reconnais pas n’est pas facile non plus.
    Mes enfants ont la chance que mon homme ait encore ses grands-parents les 4 jusqu’il y a peu puis Papi Pipo s’en est allé dans des circonstances qui m’ont choquées, laissé fasse à lui même, s’éteindre seul sans possibilité de l’aider à partir sans qu’il souffre.
    Mais en France on est pas maitre de son corps, et oui… on en a l’usufruit mais pas la propriété… ce qui en soi est complètement illogique! au nom de quoi et de qui notre propre corps ne nous appartient pas et au nom de quoi ne pouvons nous pas choisir la façon dont on s’éteindrait
    Au risque de choqué et de par mon parcours familial j’ai été confronté à l’euthanasie( pas en France je précise mais aux Pays-Bas, si ça avait été en France j’aurais dis merci au médecin qui aurait eu les cojones d’aider à respecter la personne en fin de vie) et je suis pour !!
    J’aurais aimé que l’arrière grand-père de mes enfants en bénéficie, que mon homme, et sa famille, ne voit pas cette lente déchéance jusqu’à la fin, mais qu’ils aient pu lui dire au revoir alors qu’il aurait été encore conscient.
    Ce monde de la fin de vie manque beaucoup d’humanité et de respect de la personne dans ces moments critiques.
    Vaste débat …

    Je m’arrete là j’en avait gros sur le coeur et besoin de le transcrire quelque part ce n’était peut etre pas l’endroit j’en suis désolée :s

    Un peut de positif et de poésie allons chercher les oeufs dans le jardin boueux entre deux averses les bottes aux pieds et la joie dans le coeur :)
    Joyeuse Pâques <3

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  4. Pas facile…
    Mes grands-pères je ne les ai pas connu… Enfin, un si mais il est mort quand j’avais 4 ans alors les souvenirs restent flous …
    Ma mamie est partie il y a 2 ans, d’une manière fulgurante. Je la pensais aussi immortelle. Je pensais qu’elle serait là encore longtemps puis un cancer des intestins l’a tué. Elle est partie des suites de son opération. C’était dur.
    Ma mémé est encore là et elle aura 94 ans en septembre. Elle nous avait fait peur en se cassant le col du fémur mais elle a résisté. Par contre ses journées seule sans sortir sont bien tristes.

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  5. mes 2 papi et mami sont en maison de repos suite à un long séjour à l’hopital, c’est un peu loin, on va les voir tous les mercredis , c’est dur de voir dans ces chambres tous ces pépés et mémés en fin de vie …

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  6. Ton billet me parle et me touche de très près.
    Mon Pépé était atteint d’une maladie dégénérescante. J’ai longtemps souhaité que ça s’arrête, pour lui, pour ma grand mère.
    Quand il est mort (il y a 7 ans), je me suis sentie coupable.
    Coupable d’avoir pensé ça. Coupable d’être triste aussi : puisque je savais que c’était le mieux.
    Bref, de toutes façons on est jamais préparés à la mort des gens qu’on aime.

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