Génétiquement programmée

Rosie_la_riveteuse_m
Je n’ai pas dû tout comprendre à mes cours de biologie. J’ai sans doute loupé un (gros) chapitre.
Comme ça, nous, les femmes, on serait génétiquement programmée à faire à manger, utiliser une machine à laver, faire mille choses à la fois sans jamais broncher et avec le sourire s’il vous plaît. Tout ça parce qu’on a deux seins et un vagin. Que rien ne pend entre nos pauvres cuisses. Savoir s’occuper d’une maison serait inscrit dans nos gènes alors. Mais si, forcément. C’est obligé. Et faire à manger ou gérer un budget aussi. Savoir dans quel sens se met une couche, comment se trie le linge. Tout ça est programmé dans notre cerveau.

Donc les modes d’emploi et les livres de cuisines sont destinés aux hommes non ? Eh bien oui les pauvres, ils doivent tout apprendre, rien n’est programmé dans leur cerveau pour faire le menu travail d’une maisonnée. Eux ils sont programmés à bosser, tu vois. A ramener un salaire, qui est souvent plus important que celui d’une femme au même poste. Sûrement parce qu’une femme, ça bosse moins bien. C’est sûrement ça.

Ou alors c’est en prévision. Si elle n’a pas d’enfant, elle risque d’en avoir. Et alors là, bonjour le bordel. Congé maternité, cerveau qui fuit, rendez-vous à prendre, temps de travail réduit (selon les conventions). Le début de la fin de la tranquillité pour l’employeur. Le bordel.

Et si t’as des enfants, c’est sûr, tu devras t’absenter pour enfant malade à peu près 72 fois par an. Car 1) l’homme travaille lui et s’il ose demander de prendre un jour enfant malade (s’il y a pensé) on peut lui rire au nez 2) Enfin quand même, quand on est mère, on s’occupe de ses enfants.

C’est normal bien sûr, que ce soit les femmes qui restent auprès des enfants quand ils sont malades. C’est bien connu, les journées enfants malades c’est QUE pour les femmes. Non contentes d’être mises au placard au retour du congé maternité on nous relaie au placard à balai si on a un enfant malade chronique. Ben oui, on peut faire à manger en tapant un mail en jouant avec les enfants tout en réfléchissant à la liste des courses et au cadeau de belle-maman pour son anniversaire mais on est INCAPABLE d’être mère ET salariée. Sans doute pour ça qu’il y a des tonnes de Mumpreneurs.

Comme ça les femmes sont programmées pour ne pas dormir des nuits complètes sans péter les plombs. Cela doit être ça, ça explique que c’est plus difficile pour les hommes. Et qu’encore une fois ils doivent apprendre. Et comme c’est trop dur pour eux tu comprends « c’est trop dur de se lever », ils laissent tomber, c’est plus simple. Et si nous qui nous y collons. Même si cela fait 3 ans et demi qu’on n’a pas connu une nuit complète. Même une demi-nuit. Que tu allaites ou que tu donnes le biberon c’est la même. Ils entendent pas le marmot pleurer, qu’est-ce que tu veux, ils sont fatigués. Cela doit être ça.

Et encore une fois c’est normal que les femmes se posent la question des choix en matière d’éducation pour ses enfants, qu’elles se tapent des bouquins pour faire au mieux. Normal elle a plus de temps que l’homme, après ses 2-3 heures de taches quotidiennes « ménagères » après le travail. Mais la femme sait réfléchir à ce genre de chose, c’est pour ça ! Cela doit être ça.

C’est normal que quand il y a un problème avec l’enfant ce soit forcément à cause de la mère. Mais oui bien sûr, c’est forcément nous. (puisqu’on se prend la tête sur leur éducation, cf. au-dessus). C’est la mère qu’on pointe du doigt quand l’enfant est « turbulent », qu’il tape. C’est elle qu’on pointe s’il est soi-disant « timide ». C’est elle qu’on accuse de trop le couver, l’étouffer. Et quand tout va bien c’est grâce au père ? Non mais n’importe quoi. QUE FAIT LE PÈRE ?? On oublie trop souvent l’importance du rôle du père. Primordial. Essentiel.

Alors oui toutes les femmes ne ressemblent pas à toutes les femmes. Que les hommes ne sont pas tous comme « ça ». Que nous avons des différences indéniables.

Que quand un mec bosse plus que sa nana on peut se répartir les tâches de façon équilibrée.

Mais que la liberté des femmes, individu avant tout, ne peut se faire que si les hommes mettent la main à la pâte.
Combien de femmes gèrent tout : enfant, maison, boulot, papier. Et c’est normal ? Normal qu’elles soient épuisées, normal que l’homme soit préservé « le pauvre ». Normal que nous ayons moins de libertés ?

Ce billet n’a ni queue ni tête… La seule chose que je voulais dire c’est que la liberté des femmes m’est cher. Parce que c’est un sujet qui me hérisse. Parce qu’il fait partie de mon histoire à travers ce que ma mère a vécu. Parce qu’il y a trop de femmes autour de moi qui mènent tout de front et que tout le monde trouve cela normal. Parce qu’il y a trop de femmes qui ne peuvent compter que sur elle pour élever leur enfant. Parce qu’il y a trop de femmes qui subissent la pression de la société. Le regard de la société. Cela me rend folle.

Et puis la liberté des femmes, elle est drôlement remise en question, que ce soit dans la société ou au quotidien dans sa maison. La question de l’avortement met en exergue des disparités qui persistent. Et qui me sont insupportables.

Elles m’étouffent, m’asphyxient.

On est en 2014. 60 ans après l’ordonnance qui donne le droit de vote aux femmes. Sans demander l’autorisation à leur mari.
Nous avons droit à disposer de nos corps. Nous n’avons pas à subir les conséquences d’acte faits à deux, que ce soit un avortement ou éduquer des enfants. Normal que des personnes qui n’ont pas de vagin décide de si on veut un enfant dans notre utérus ? Enfant conçu… avec un homme. Le pauvre, un enfant dans le dos. Les premiers à contester une paternité mais les derniers à gérer la contraception DU COUPLE. La contraception n’est pas qu’une affaire de femme. Un oubli ? Notre faute !

Parce qu’il y a encore des femmes qui meurent TOUS LES 3 JOURS sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. En France.
75 000 sont violées chaque année. Combien se taisent ? Combien connaissent bien leur agresseur ?

Si on ne fera jamais de nos hommes des femmes, nous, battons-nous pour qu’on soit libre.
Pour nos filles.
Battons-nous pour ne pas laisser s’installer la soumission ordinaire. Soyons fières d’être des femmes.
Ouvrons nos gueules.
Ne nous laissons pas faire.
Épaulons-nous.
Battons-nous pour notre liberté, non contre les hommes.
Quant à nos fils, tâchons de les éduquer autrement que les anciennes générations…

 

Publicités

3 réflexions sur “Génétiquement programmée

  1. Pingback: Les mères épuisées : un fait de société ? | Les Vendredis Intellos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s