Traumatisée

Cet après-midi j’ai été voir une copine. Je devais la voir avec les enfants depuis un moment. Pour rencontrer son fils. Que nos loulous se rencontrent. Finalement j’ai bien fait d’attendre puisque j’ai pu rencontrer sa fille.
Une jolie poupée de même pas deux mois.
Un petit être fraîchement débarqué sur Terre. J’ai eu l’occasion de converser avec elle, comme j’aime faire avec les nouveaux-nés. Me laisser pénétrer par ce regard qui sonde notre vérité et qui ne voit que l’authenticité. Allez mentir à un si petit bébé !
Elle m’a même honorée de quelques babillements adorables et de sourires enjôleurs.
Ses yeux en amande, son petit nez retroussé, des petits doigts si fins, si délicats.
Des petits jambes tout mini.
Sa chevelure naissante. Et son odeur si délicieuse.
Une robe et un gilet si beaux, tricotés avec amour par sa mamie.

Un petit bébé adoré, adorable.
Une petite fillette légère comme une plume.

Alors, me direz-vous, ça t’a pas donné envie de pouponner ?? Si j’adore rencontrer ces êtres tous nouveaux, si leur regard me passionne et leur attitude me bouleverse, si leurs pleurs ne m’affolent pas – à partir du moment où ce ne sont pas ceux des miens, il s’entend – si leurs vêtements les rendent encore plus craquants, si leurs progrès quotidiens montrent à quel point l’être humain est incroyable, je répondrais tout de même non. NON. NON ET NON. Un grand non.
Alors que ma Zouzou n’avait pas loin de 2 ans, l’envie d’un deuxième m’effleurait régulièrement l’esprit. Aujourd’hui, alors que mon fils a bientôt 22 mois, je suis à l’opposé. Complètement. Je veux juste me faire ligaturer les trompes (mais apparemment c’est très compliqué, mais ça j’en parlerai dans un autre billet).
C’est en laissant ma copine, qui semble d’après ce qu’elle me dit et ce que j’ai pu voir avoir le moral malgré quelques nuits agitées et des moments de pleurs dans la journée qu’il faut gérer, et sa belle poupée, que j’ai pris conscience de quelque chose. En partant elle me glisse tout naturellement : « J’espère que la soirée va aller. » Ce à quoi j’ai répondu avec toute la compassion du monde : « J’espère oui que ça ira. » Et là, je me suis rappelée d’un coup, dans une bouffée de stress mâtinée d’angoisse, que c’était ça un bébé aussi : des hurlements à gérer le soir aussi, quand t’es bien fatiguée. Et je lui ai même dit, maladroitement : « Je suis bien contente d’en être sortie de tout ça, un nourrisson c’est adorable mais bon… je crois que je suis vraiment traumatisée  » Ma remarque n’était pas très délicate après coup. Mais je ne sais pas, la terreur m’a envahie. Je ne veux plus jamais de la vie connaître ça. Je n’y arriverais pas. Je ne suis plus capable d’endurer ça. J’avais mal au cœur de me dire qu’elle allait peut-être, elle et son chéri, passer une telle soirée. C’est juste trop dur. Trop dur pour moi.

Alors on me dira sans doute « ça passe, ça ne dure pas les pleurs du soir ».

Enfin, normalement.

Parce que moi, j’ai encore l’impression d’encaisser ce qui doit être transitoire. Je suis engluée dedans.
Je crois en fait que je suis vraiment traumatisée par les premiers mois de vie de mon Zebulon. A hurler, gesticuler, à se réveiller tant la nuit.
Je crois même que je suis en état de stress. A l’heure où j’écris ces mots, je ressens encore ce relent de panique quand je me suis remémorée ces soirées, avec mon Ours tenant mon Zebulon dans les bras pour que je puisse manger, puis lui faire de même pour que je puisse me sustenter. De mon Zebulon endormi dans les bras, et moi essayant de manger sans bouger. Je me sens oppressée à y repenser. Alors oui ça ne dure qu’un temps. N’empêche que moi ça dure depuis 22 mois, les cris, les pleurs, les réveils nocturnes. Qu’il ne se passe pas un mois, pas quinze jours et parfois même 1 semaine sans qu’une nuit ne soit ponctuée d’un réveil d’une heure. D’un réveil à minuit alors que tu dors depuis 10 minutes. Ou à 23h quand, crevée par la journée, tu vas te coucher. Ou d’un réveil hurlant – quand je dis hurlant je ne mens pas, mon Zebulon atteint un tel niveau sonore que, malgré un long couloir, je ne me suis jamais servie de babyphone bien longtemps – qui t’extirpe de la douce torpeur en un quart de demi-seconde. Je sais qu’il y a pire. Que certains ne font pas leurs nuits avant 3 ans. Mais je m’en cogne. Cela ne me suffit pas de me dire ça. La nuit, quand mon Zebulon d’amour se réveille, une bouffée d’angoisse me coupe le souffle. J’en fais même des cauchemars. Même si des fois il se rendort, se lever devient de plus en plus insupportable. Ingérable. Invivable. Comme si c’était trop. Trop pour moi. Depuis trop de mois. Comme si la fatigue ne partait pas. Alors j’arrive à bien vivre mon quotidien. Mais la terreur est toujours là. Que ça recommence. Une nuit, deux puis trois, puis quatre. L’engrenage.

Pourtant elle était juste fondante cette petite poupette. Mais les papillons dans le ventre d’envie de maternité ont été remplacés par une boule d’angoisse dans la gorge.

Maintenant que j’ai pris conscience de ça, il va falloir que je me libère de tout ça.
Que je travaille sur tout ça.
Je dors bien.
Je suis bien dans mon quotidien.
Enfin globalement.
En ce moment, je ne supporte plus les cris de mon fils.
Le portage m’aide.
Mais que faire de plus ?

Je sais, je vais écrire une lettre au Père Noël pour que Zebulon fasse définitivement ses nuits. Nan ?

 

20141210-233307.jpgComme c’est mignon. Comme ça donne envie. Oui mais non.

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11 réflexions sur “Traumatisée

  1. Bizarrement quand tu parles de nuits hachées je me reconnais parce qu’il est 5h34 nous sommes réveillés depuis 4h33 comme depuis toutes les nuits depuis 1 mois. Les pédiatres
    nous disent de la rendormir dans son lit…pas facile quand elle hurle à la mort…que je me met à la place de mes voisins…aujourd’hui je craque…les hormones ne m’aidant pas je suis au bout du rouleau…bon courage à toi. Avant On Avait Des Principes maintenant on a des enfants…on ne fait pas toujours ce que l’on veut mais surtout ce que l’on peut <3

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  2. Ca me touche, j’ai vraiment ressenti ce stress longtemps avec Petit bonheur, face à ses hurlements (on l’entendait dans le hall de l’immeuble 3 étages plus bas), des demandes intenses, son réservoir d’amour à remplir patiemment encore et encore, les repas pris avec lui dans le manduca ou en deux deux dans les cris. L’intensité des premiers mois (années?) m’a secouée.
    C’est propre à chaque enfant je suppose puisqu’avec ma deuz née 15 mois après je suis beaucoup plus sereine. On voulait des enfants d’âge rapproché et heureusement qu’on s’est lancé rapidement, pour ne pas se décourager ;)

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  3. Ma voisine est allée dernièrement chez la pédopsychiatre avec sa fille de 5 ans qui ne faisait toujours pas ses nuits et sa première remarque quand elle m’a vu a été  » ça y est ,enfin,elle ne se réveille plus la nuit ! Et une seule séance a suffit ! » Ça paraît utopique comme ça mais c’est bien réel ! Parfois un petit rien peut faire beaucoup et désamorcer une situation plus que difficile. Tout ça pour te dire de garder courage… J’espère qu’à ton tour tu trouveras une solution… Bises

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  4. Fais gaffe à la ligature des trompes…ma copine s’est quand même retrouvé avec la petite 4ème…et comme si elle voulait lui faire payer …c’est la pire des 4 …pire dans le sens : impossible à canaliser… Bref, après bébé 2 j’étais pareil que toi…et maintenant qu’il a 4ans….envie de re bébé…. mais papa difficile à convaincre….

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  5. Bonjour,

    Oh mon Dieu !!

    Je suis en train de vivre se que tu as vécu (l’enfer pour que je puisse manger, faire le miam, ma propre douche, déjà ça je ne peux l’apprécié tout les jours :(, etc…).

    Ma fille va sur ses 5 mois le 16 Décembre et je ne dors plus la nuit :(

    Comment a tu réussis a tenir le coup ?

    Je sens que ma fille va être comme ton Zébulon par la suite.

    Mais qu’est ce qu’on les aiment ses ptits monstres

    *dites t elle en tapotant super discrètement sur son clavier avec sa fille endormit sur ses jambes* lol

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  6. Aghhhh… Comme je ressens la même chose!
    Pour la première ça é été très dur pendant 4 ans jusqu’à ce qu’on se rende compte (je le supposais mais n’osais pas y croire qu’elle était précoce. Enfin très haut QI. Un zèbre comme ils disent. Du coup comme tiloup ressemble à loulette (mais avec 8 ans d’écart car je n’aurais pas survécu a un écart plus petit :p) je prend mon mal en patience même si c’est trèèèès dur.
    Depuis que j’ai tiloup j’ai beaucoup potassé, parce qu’il est piiiire que sa sœur et oui tu lis bien, pire! Et j’ai souvent eu l’impression de le reconnaitre dans les BABI (bébés aux besoins intenses- y’a des groupes sur FB).
    En plus je pense très fortement qu’il va être aussi précoce sinon pire que sa sœur…
    Genre si c’est pas l’heure de jouer à la wii il veut changer l’heure du four, quand son père dit qu’il est pas sage il dit qu’il fallait le pas le fabriquer lui, un garçon qui fait des bêtises… Bref…
    Alors oui je me sens souvent dépassée, souvent au bout du rouleau, mais je fais ce que je peux, ce qui est sûr c’est que j’essaye d’être la meilleure maman possible pour mes enfants mais parfois y’a des ratés. Comme je disais je ne suis pas un robot…
    D’ailleurs la dernière remonte à la nuit dernière où mon tiloup a décidé qu’il y avait un dragon dans sa chambre et il se re réveille la nuit haaaaaaaa (à 4 oui tu as bien lu 4 ans arghhhh)
    Sois forte, comme dirai une de mes amies, tu es le phare planté sur la falaise, immuable et tu leur montre la lumière qui mène au port, n’oublie jamais! Cette phrase m’aide encore aujourd’hui… Bon va falloir que je trouve un truc contre les dragons moi :p

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  7. je suis sincèrement triste que tu sois si loin et que tu vives ça toi aussi… J’aimerais tant qu’on sois voisines et qu’on s’échange nos monstros de temps en temps pour voir si ça les calme ;)
    Plein de bisous, plein de calins… Et plein de forces !!!

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  8. Bonjour
    Je suis dans le même cas !
    Ma fille a fait ses nuits a 2 ans 1/2 alors que j’etais enceinte de 5 mois et avec du mal !
    Ça a durée 4 nuits pour qu’elle ne vienne plus avec nous dans le lit, elle se faisait vomir pour rester avec nous, j’ai été ferme et on a instauré un nouveau rituel du soir (un peu long et compliqué au départ) et maintenant tout va bien (elle a 3 ans 1/2), elle essaie encore de temps en temps …. mais on ne cèdent pas !!
    Et pour mon fils de 9 mois, je me lève au minimum 1x par nuit. Hier soir il a bien voulut s’endormir a minuit 1/2, mon homme s’est levé a 3h30 pour aller au boulot, je ne fais que des nuits saccadés.
    Je n’ai pas fait une nuit depuis bien longtemps !
    Et pourtant j’arrive a gérer en journée, je ne sais vraiment pas comment je fais d’ailleurs. Parfois j’aimerai bien faire une sieste mais j’y arrive pas !!
    En tout cas courrage

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  9. Bonjour
    Avant d ecouter des pseudo conseils educatifs a deux francs (laissez la pleurer, mettez la dans son lit…) je crois qu il faut demander au pediatre de verifier que tout va bien physiologiquement. Pour ma troisieme je ne me suis pas demontee (enfin!) et hop gel contre l oesophagite puis (au troisieme medecin) medicament contre l acidite car et bien oui elle a un reflux! C etait le jour apres la nuit :)
    Et meme a la deuxieme bronchiolite en 15 jours de lait, on regarde du cote de l intolerance au lait de vache….
    Il faut tout explorer avant, chercher de l aide, envoyer bouler les conseils a deux francs (Mais oui docteur, vos conseils partent sans doute d une bonne intention mais c est deja essaye et cela n avance rien au schmilblock. Notre vie de famille est pourrie et je suis la pour demander votre aide de medecin. »

    Bon courage

    Veronique

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  10. Bibou2 a 28 mois, il a été désiré, il est aimé et choyé (c’est un petit clown en puissance, une bouille d’amour)…il a mis du temps à faire des nuits qui me reposent (aucune colique, quelques soirées de pleurs de décharge vite résolues par un corps à corps en écharpe et des chanson fredonnées jusqu’à le saouler…mais toujours 1 à 3 réveils par nuit).
    Et quand finalement il a commencé à avoir des créneaux de sommeil plus longs, ça n’a pas duré…notre maison construite, nous y avons emménagé…et il a fallu qu’il trouve de nouveau repères, qu’on se trouve un rituel, la bonne orientation du lit, les gouttes de bourgeons de tilleul, l’ostéopathe pour dénouer toutes ses tensions liées aux changements de maison, nounou, quotidien…
    Il ne supporte plus de s’endormir seul , me tient en « otage » à ses côtés durant parfois 3h (si je le laisse quelques minutes, il pleure à s’en faire vomir)…pour se réveiller en hurlant au beau milieu d’un cauchemar ensuite 2 fois par nuit.
    Il peut se rendormir très vite simplement rassuré par ma respiration…ou me bloquer à lui tenir la main pendant 1h30 (et là quand je tente une sortie de sa chambre sans bruit au moindre craquement de mes os fatigués ou d’une latte du plancher, il se réveille à nouveau, tous les sens en éveil)…et bien sûr quand il faut se lever à 6h30 pour se préparer à aller à l’école/nounou/travail, il dort profondément !
    La seule chose que je lui refuse, c’est de recommencer le cododo intensif : j’apprécie depuis quelques mois de recouvrer ma vie de couple, je ne tiens pas à ce qu’il me prenne mes soirées + mon lit conjugal…je sais, c’est égoïste…
    Hier comme tous les matins, j’ai pris la voiture et fait la route jusqu’à mon travail sans me rendre compte du trajet effectué…
    Demain matin on tente le magnétiseur…demain soir je passe la relève à la mamie le temps d’une soirée/nuit.

    Bon courage à toi, bon courage à toutes les autres mamans et papas qui se préparent à une nouvelle nuit chaotique…je file me coucher avant que Bibou2 se réveille…

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  11. Moi aussi je suis traumatisée, au sens propre du terme, comme toi.
    C’est pour ça que je ne franchis pas le cap du cap du 3e. Et en même temps, c’est une envie, un idéal que je n’arrive pas à abandonner.
    Mais il y a plein de choses sur lesquelles je n’arrive pas à prendre du recul : la toux qui annonce une nuit pourrie et dont le son me met littéralement en état de stress, les cris et énervements de mon fils pour tout et rien. La sensation de tunnel sans fin…
    Je réalise que si on vit toutes à peu près les mêmes choses, on ne les vit et ressent pas de la même façon. C’est aussi sur ça que j’essaie de travailler parce que j’ai quand même envie de l’avoir un jour ma famille nombreuse. Mais je veux être capable de la savourer et non de la subir…

    Aimé par 1 personne

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