Colère

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Ce soir, j’ai crié.
Encore une fois, je me suis laissée envahir par la colère.
Encore une fois, elle s’est exprimée par des cris.
Une journée un peu longue mais pas si difficile.
Un tour au supermarché pour préparer les pique-niques des enfants de jeudi et vendredi.
Un repas de midi relativement calme.
Un temps de sieste pour le petit, de repos pour la grande qui a baillé tout le long du repas (mais qui n’a pas réussi à se reposer… note pour plus tard : lâcher-prise vraiment pour de bon et ne plus jamais parler de temps de repos à ma grande…Au bout de 5 ans et demi de combat pour lui apprendre à se reposer je devrais capituler non ?).
Un temps de lecture pour moi (interrompu par 40 incursions de ma grande) après avoir joué 45 minutes avec ma Zouzou, rempli le lave-vaisselle et rangé la cuisine.
Puis le réveil du petit, grognon comme pas deux depuis le lever matinal à 7h45 ce matin malgré un endormissement tardif… Soit.
Encore des pleurs qui me retournent le bide et le cerveau. Vite le lever pour que cela cesse.
Un goûter qui s’éternise pour lequel j’ai prévu 25 minutes, histoire de ne pas presser le petit.
Un refus du petit.
Premiers énervements de la journée.
Départ en retard à la ludothèque pour rejoindre une amie.
Respirer.
Prévenir et se dire que ça va aller.
Se taper des bouchons et arriver.
Passer un chouette moment.
Et repartir.
Un retour un peu (beaucoup) avec des bouchons.
Prendre sur soi. Souffler.
Faire le bain, lancer le manger. Erreur : mal évaluer le temps de cuisson.
Les enfants dansent pendant que le repas finit de cuire. Ouf !
Tout va bien.

Puis le repas s’éternise. Encore. Le quatrième de la journée. Interminable.

Et là, je n’ai qu’une envie : les coucher. Tenir bon tenir bon.
Je prends le temps de rester calme. D’envoyer la grande faire pipi. Le petit m’attendre dans la chambre (en vain). Le temps de l’histoire du soir arrive, et de se rendre compte que la grande a perdu son doudou dans l’appartement. Encore. S’en rendre compte au dernier moment. Encore.

Je décide de faire l’histoire au petit pendant que ma grande part chercher son doudou. Échec total. A la place elle pleure. Et ne cherche pas.
Et là c’est comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton rouge « colère ».
C’était le moment de trop.
Après les disputes des deux du matin et toute la journée dans les pattes, avec un endormissement qui allait durer 1 à 1h30 pour le petit, c’était pas possible. Pas le coup du doudou ! On a cherché 15 minutes et je me suis énervée après ma grande. En lui disant des horreurs du genre « tu n’as qu’à ranger tes affaires », « si tu avais cherché au bon endroit tu aurais trouvé ton doudou vite et tu aurais eu une histoire », « tu retardes tout le monde avec ce doudou ».

Les coucher.
Me calmer et respirer.
Chanter deux chansons, une pour chacun.
Puis le petit demande un câlin. Que je lui donne.
Et là je décide de sortir et de ne pas attendre qu’il s’endorme car je sentais que la pression augmentait.

Et là, ma grande m’appelle pour me dire que le cou lui gratte. Comme d’habitude elle le fait quand ça fait une heure qu’elle est couchée.
Puis le petit à mal au pied/soif/le zizi qui pique.
Je lève ce petit monde, passablement en mode furie.
J’explique que je n’en peux plus. Que tous les soirs c’est la foire et que je n’en peux plus. Que pour bien m’occuper d’eux j’ai besoin de temps de calme. 22h c’est une heure décente non pour se dire que l’on peut avoir sa soirée ?
Je suis usée jusqu’à la corde et je leur dis. Que toi, Zebulon, tu redors seul à la sieste depuis quelques jours et que le soir c’est pareil, tu es capable d’y arriver, que je suis à côté. Que toi ma grande, tu peux me dire que tes gratouillis te gênent au moment de te coucher, après le pipi, mais pas une fois que ça fait une heure…

Alors j’ai crié moins fort que certaines fois.
Mais je me sens mal en écrivant tout ça.
La boule dans le ventre et l’émotion coincée dans ma gorge.
J’ai encore échoué.
J’ai essayé toute la journée de ne pas céder.
Je n’arrive pas vraiment à trouver du plaisir en ce moment dans ce quotidien qui m’apparaît plus difficile qu’il ne l’est vraiment. Mes enfants sont des amours. Vraiment. Ils ont leur travers et leurs phases d’opposition. Mais ils sont loin d’être difficile. Mais mon seuil de tolérance est affreusement bas. Très bas. Trop.
Le quotidien me pèse une tonne sur l’estomac. Lessives, rangements, repas, lave-vaisselle, linge, boulot… Taux de saturation : 100 %.
Et je rêve de mes soirées pour me ressourcer. Profiter de regarder un film avec mon homme. Vaquer à des occupations que je ne peux pas avoir le reste de l’année, boulot du soir oblige. A côté de ça, on a décidé d’être plus souple sur les heures de coucher cet été. Malgré les jours de nounou et de centre de loisirs où il faut se lever tôt, on conçoit que ce sont les vacances et que c’est bien de changer le rythme. Aller se balader au marché, faire durer le coucher et l’histoire du soir, ne pas se presser. Tant pis s’ils sont un peu fatigués. Il faut vivre. Pour moi c’est un petit (gros) lâcher-prise quand je vois l’enfance que j’ai eu. Sans plaisirs. Avec un coucher militaire et tôt. Pas de films et une lecture cachée sous les draps pour ne pas se faire gronder.

Je me sens à la fois légitime dans ces besoins de tranquillité et à la fois rongée de culpabilité de ne pas parvenir à être comme j’aimerais être avec mes enfants : être heureuse de ces moments partagés, de ces moments un peu en dehors des clous, de me nourrir de leur sourire, leurs joies ; d’être calme, m’énerver moins fort. Moins souvent.

J’essaie autant que je peux de donner à mes enfants autre chose que ce que j’ai connu. Je garde sans doute de vieux réflexes qui me sont nauséabonds bien qu’ancrés en moi. Impossible à évacuer. A jeter. Ils me collent à la peau comme un vieux chewing-gums sous les tables d’école.
Cette colère c’est quoi au final ? Un sentiment d’incapacité refoulé ? Qu’est-ce qui a fait que je n’ai pas pu rester calme ? Ou pondérer le niveau sonore de ma voix ou même mes propos ? Est-ce si impossible à vivre, gérer une famille, une entreprise, le quotidien ?
J’ai bien du mal à comprendre pourquoi je crie. Suis-je assez bête pour reproduire le schéma de mon enfance ?
Mes enfants sentent-ils que je les aime ou ont-ils peur de moi et mes cris ?

Je souffre de tout ça mais il y a plus grave : et eux ?

Alors ce soir, comme une nulle, je suis repartie dans leur chambre, ma pelote de culpabilité coincée dans ma gorge, embrasser et border mes petits, leur dire « pardon » et leur glisser « je t’aime ». Et mon Zebulon est pourtant parvenu à s’endormir seul… c’est à n’y rien comprendre.

 

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16 réflexions sur “Colère

    • Non je ne l’ai pas lu mais je le connais. J’ai fait un burn out je pense il y a un an. Maintenant il y a juste des périodes plus difficiles qui passent… Pas simple d’être maman, tenir une entreprise et être là pour son couple.

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      • Lis le si tu as l’occasion c’est vraiment un bouquin qui aide quand ça va pas fort ;) bon courage t’es une championne de pouvoir déjà mener tout ça de front!!

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  1. Tes mots me touchent… J’attends mon premier donc je viens ici te donner aucun conseil, mais j’ai quand même l’impression de comprendre et je compatis. A défaut de mieux je t’envoie tout le réconfort et les ondes positives possible ! Je ne dirais qu’une chose : il n’y a que les bonnes mamans qui s’interrogent comme ça sur la façon dont elles font les choses et pourquoi, qui se remettent en question comme tu le fais… Et puis tout ça se construit, ça va encore évoluer, tu vas le trouver cet équilibre et retrouver du plaisir au quotidien ! Je te le souhaite vraiment en tout cas :)

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  2. Bravo pour cet article plein de franchise ! Ce sentiment de culpabilité, je le connais. Il y a des jours où moi aussi je me laisse envahir par la colère, où j’oublie que ma grande n’a même pas 2 ans et demi. Tout va mieux depuis que j’ai compris que mon seuil de tolérance, il fallait que je fasse avec, et que je fasse simplement en sorte de ne pas l’atteindre ou que cette colère ne retombe pas sur mes filles. La culpabilité, elle, commence à s’en aller, notamment depuis qu’une amie, à qui je parlais de ça, m’a dit : « mais dis-donc, en plus d’être une maman et une femme, tu es aussi une humaine ?? » Oui je suis humaine, j’ai des nerfs, des hormones, et il faut que je fasse avec. Le principal quand on s’énerve trop, c’est, comme tu tu le fais, de tout simplement le dire à ses enfants, de leur expliquer qu’on n’est pas parfait, et de leur rappeler qu’on les aime toujours quoi qu’il arrive.

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    • Merci pour ton commentaire ❤ tu arrives à été bienveillantes envers toi. C’est bien. Il faut arriver à se dire que l’on est humaine oui, et que parfois on peut craquer… Même si ça continue de me faire mal au cœur.

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  3. J’ai l’impression de me lire.. Cette sensation que rien n’est fait si ce n’est pas demandé dans les cris.. Crier pour rien, pour décompresser mais ne pas se sentir mieux ensuite.
    Eliza est en pleine rébellion et moi j’en peux plus. Ni mon conjoint. Si bien qu’on hésite fortement sur le 2ème tellement on veut pas revivre ce passage de merde..
    Essaye de te faire aider, car comme dit plus haut, le burn out n’est probablement pas loin.. J’ai moi-même été diagnostiqué en burn out.. Courage 😘

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    • Je ne savais pas… Notamment pour le burn out… Après la perte de ton papa a sans doute joué beaucoup… Pas simple d’être parent alors quand ce genre de drame arrive en plus…
      Pour ta poupette, en te suivant on pourrait croire que tout va bien. La rébellion s’apaise un jour, promis. Ce n’est pas simple c’est clair. Franchement, la grande avait 2 ans et demi quand je suis tombée enceinte du deuxième. Et je comprends car j’aurais vu que la rébellion ne cessait pas même trois ans après je n’aurais pas fait de deuxième ! Enfin… Des fois les hormones nous poussent à être totalement pas raisonnée :P

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  4. Ne sois pas trop dure! On a toutes nos moments de ras le bol… De fatigue, c est éprouvant d être sollicitée tout le temps, de devoir répondre sans cesse à leurs problèmes de doudou perdu, de chaussure trop difficile à mettre… Bref moi aussi je me sens parfois coupable! On est pas surhumaine!! ;)

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    • Merci pour ton message. Je sais pas si c’est normal, mais j’ai dans l’idée que certaines femmes sont plus résistantes à ce genre de pression. Sans doute je me mets le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Voire même l’épaule.

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  5. Bravo ! Il n’est pas facile de se remettre en question. Je ne peux malheureusement pas te donner de conseils ma puce n’a que 17jours . Mais je peux comprendre ce que tu ressens. Ne culpabilise pas trop. Tu aimes tes enfants et tu leur montres . Il y a des jours sans mais je ne pense pas que ce soit toujours comme ça. Il faut bien te dire que personne n’est parfait mais tu fais tout pour tes enfants donc pas de culpabilité à outrance. Continue à les aimer et à leur consacrer du temps c déjà plus que certains enfants ailleurs. Et ça aide des nouvelles mamans comme moi qui ont peur de mal faire de voir que toutes les mamans ont des doutes et sont humaines. Gros bisous courage et merci pour ta franchise.

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    • Merci pour ce message. La vérité est important à dire, car peu de mamans avouent que oui, c’est rude. Ça déculpabilise et ça permet de se soutenir, de trouver des solutions ensemble.
      Félicitations pour cette naissance et courage pour ton nouveau rôle de maman. Tu m’as l’air bien consciente de tout ça et c’est beaucoup :) au plaisir de te revoir par ici ;)

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