Être mère et femme mariée : des facteurs qui jouent dans l’apparition de la dépression ?


L’autre jour sur Twitter j’ai relayé ce texte :

mariage négatif pour la santé des femmes

Voici ce que dit le passage surligné (désolée pour la traduction très médiocre mais vous pourrez « ressentir » l’idée générale) :

« Les femmes mariées dans ces études révèlent environ 20 pour cent plus de dépression que les femmes célibataires et trois fois le taux de la névrose grave. Les femmes mariées ont plus de dépressions nerveuses, de nervosité, de palpitations cardiaques et d’apathie. Encore d’autres afflictions tourmentent de manière disproportionnée les femmes mariées : insomnie, mains tremblantes, vertiges, cauchemars, hypocondrie, passivité, agoraphobie et autres phobies, insatisfaction de leur apparence physique et sentiments accablants de culpabilité et de honte. Une étude longitudinale de vingt-cinq ans des femmes ayant suivi des études a trouvé que les femmes mariées avaient une plus faible estime d’elles-mêmes, se sentaient moins attrayantes, ont rapporté une plus grande solitude et se considèrent moins compétentes dans presque toutes les tâches – même s’occuper des enfants. »

Cela ne m’étonne qu’à moitié. Être femme est souvent ingrat. La part des tâches ménagères, la gestion du ménage (famille) incombe encore majoritairement à la femme.  Oui, même encore aujourd’hui, n’en déplaisent aux nouveaux hommes qui mettent la main à la pâte et ne trouvent pas normal que les femmes en fassent plus qu’eux. Selon une étude du Centre de recherche d’étude et d’observation de la qualité de vie (Credoc) publiée en mars 2015, les hommes « y consacrent à peine 6 mn de plus qu’en 1986 (le temps consacré par les hommes aux tâches domestiques est passé de 2h07 à 2h13 parjour) mais plutôt d’une diminution du temps accordé par les femmes, qui y passent 4h01 contre 5h07 en 1986″. Et  » l’arrivée d’un enfant accentue le déséquilibre dans le partage des tâches domestiques au sein des couples« . L’étude ne dit pas si le fossé se creuse encore davantage à l’arrivée du deuxième puis du 3e enfant. Mais mon petit doigt me dit que… oui.

Gérer une maison, élever des enfants, gérer les comptes, les courses, le ménage, mais aussi bosser, c’est une véritable entreprise (big up à toutes celles qui bossent à plein-temps, ou qui bossent de chez elle, à leur compte… parce que là, c’est la double casquette). Qui peut vivre tout cela, des années, sans craquer ? Quel temps reste-t-il à ces femmes pour répondre à leurs propres besoins vitaux – genre aller faire pipi, seules, dès qu’elles en ont envie (ne riez pas, je sais que cela va parler à bon nombre d’entre-vous).

Mais revenons à nos moutons. Concernant la dépression, dans les textes, il se passe quoi si tu es mariée (ou en situation maritale hein), et que en plus, tu es mère. Voici ce que disent certaines études.

Selon un document de la société canadienne de pédiatrie :

« Les femmes qui souffrent de dépression postpartum présentent un risque de 50 % à 62 % de dépressions futures. »

La dépression post-partum « se manifeste ou se poursuit pendant la période postpartum » et est caractérisée par  des »humeurs dysphoriques, la lassitude, l’anorexie, les troubles du sommeil, l’anxiété, la culpabilité excessive et les pensées suicidaires » et peut se manifester durant la première années,  les symptômes devant persister pendant au moins un mois et provoquer une altération fonctionnelle pour qu’il soit possible de poser un diagnostic de DPP.

Les facteurs de risques selon la Canadian psychological association de la dépression post-partum sont :
– « Déprimée ou anxieuse pendant la grossesse ;
– Historique antérieur de dépression ou de problèmes émotifs ;
– Difficultés avec le soin de l’enfant ou la santé ;
– Le bébé est « difficile » : facilement perturbé et difficile à calmer ;
– Stress de la vie au cours de la grossesse ;
– Mère monoparentale et/ou pas de relation avec le père du bébé ;
Manque de soutien du partenaire et/ou de la famille étendue ;
– Problèmes financiers et/ou niveaux faibles d’éducation ;
Relation sentimentale malheureuse. »

Si l’enfant n’est pas la cause de la dépression, comme le dit ce site canadien du centre de toxicomanie et de santé mentale, les bouleversements entraînés par la naissance et ce nouveau rôle à endosser ne sont pas à négliger. Et la relation dans le couple est un facteur de risque !

Mais logiquement, on peut alors se dire qu’une fois les 1 an de l’enfant passé, on est hors d’atteinte de la dépression post-partum, puisque on est loin de la naissance. Que nenni. Une autre étude menée sur 1 500 femmes, dans 6 hôpitaux publics de Melbourne, a révélé que l’âge critique auquel la mère peut tomber en dépression est… 4 ans. Le risque est accru quand ces facteurs sont présents : « avoir de faibles revenus, le jeune âge de la mère (18 à 24 ans) ou encore des événements stressants ». Et je suis entièrement d’accord. Si la première année est éprouvante niveau fatigue et stress quand on est jeune maman, c’est dans la durée que l’on peut s’user. Mon petit burn-out, si je regarde bien, je l’ai fait justement l’été 2013, presque aux 4 ans de ma grande. Parce que deux jeunes enfants, avec des nuits hachées, du boulot (heureusement pas de salariée), pas d’aide autour, ça laisse des traces. Donc prudence entre la naissance et les 4 ans.

Je ne relève pas le fait que je trouve beaucoup de sources canadiennes ou anglo-saxonnes. Je pense que les professionnels français ne sont pas du tout formés à la dépression périnatale, avant et après la grossesse. Je me souviens moi-même avoir répondu à un questionnaire du 4e mois prévu dans le suivi de grossesse, que j’avais peur de mourir pendant l’accouchement que je ne pouvaispas compter sur mes parents. La sage-femme n’a pas posé de question. J’ai pourtant parlé de mes doutes et mes peurs (mes frayeurs ?). Je pense que cela aurait pu être des petits signes d’appel qui m’aurait évité de vivre si mal la naissance de ma grande. Isolée, en plein pic de la grippe H1N1, mes parents loin et peu aidant (voire « enfonçant »), idem pour les beaux-parents, personne avec des enfants dans notre entourage, des conseils contradictoires entre PMI, pédiatre, et alarmistes (elle ne prenait pas de poids), des pleurs incessant de l’enfant… Mon homme n’aurait pas été si rassurant, cela aurait pu être grave, pour moi et pour ma fille.

Et rebelote pour le deuxième. Des facteurs personnels, plus l’intensité des besoins de ce joli bébé et de la grande m’ont fait dégoupiller. Je n’ai jamais caché ma difficulté, ma fatigue. C’est un jour un message d’une amie sur Facebook qui m’a interloqué. Ce n’est que quelques mois après que j’ai compris son message. Elle a été la seule ou presque à me dire que ce n’était plus possible, que je semblais aller vraiment mal. Dans ces moments, on croit toujours que l’on peut tenir encore, que l’on est une mauviette de ne pas résister plus à quelque chose somme toute d’heureux et loin d’être grave.

En France, on soigne le corps et on oublie l’esprit.

D’ailleurs, si tu es femme mariée, que tu viens d’accoucher, et que toi même tu as eu des parents dépressifs, là, c’est le jack-pot.
Eh oui, car selon une recherche intitulée « Les facteurs environnementaux de la dépression sévère : dépression chez les parents » :

« La dépression des parents constitue un facteur de risque significatif de dépression pour les enfants quel que soit leur âge. »

Ce n’est pas obligatoire hein de faire une dépression quand les parents ou un des parents a été dépressif : il y a des relations qui peuvent être réparatrices, notamment avec les grands-parents. Mais c’est un élément qu’il faut l’avoir à l’esprit.

Voilà, je dédie ce billet, très fouillis et pas exhaustif mais que je voulais déculpabilisant, à toutes les mamans qui se sentent seules, dépassées, illégitimes dans leur souffrance et leur dépression, mal jugées par l’entourage. Parce que ça touche 10 à 20 % des femmes. Et parce que moi-même, dans mon entourage, réel ou virtuel, j’ai vu bien des mamans désespérées et que je peux témoigner que c’est très fréquent. Mais aujourd’hui elles ont la force d’avancer. Alors si vous avez une jeune maman dans l’entourage, racontez-lui votre expérience, proposez-lui de l’aide, de garder ses enfants, soutenez-la, encouragez-la, plaignez-la. Soyez vigilante à leur relation à leur conjoint. Les violences conjugales, ce n’est pas que des bleus, c’est aussi la violence de mots jugeant, dénigrants ou humiliants. Il y aussi l’entourage familial qui peut jouer : une mère culpabilisante dans la relation à l’enfant, les « tu ne sais pas faire », peuvent faire plus de mal qu’on peut le croire. Ou juste : écoutez-la cette maman. Les enfants c’est du bonheur, à condition de ne pas être seule à les élever…

2013-04-14 02.27.45
Et je rajoute une citation twittée par Aevole <3 : « La dépression n’est pas un signe de faiblesse. C’est surtout le signe qu’on a été fort trop longtemps. »

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7 réflexions sur “Être mère et femme mariée : des facteurs qui jouent dans l’apparition de la dépression ?

  1. Cela n’a pas dût être facile pour vous.
    On s’en remet vraiment ?

    Dur, c’est dur de lire ceci, mais réconfortant en un sens.

    Malheureusement, malgré se billet j’ai l’impression de n’avoir pas le droit de me plaindre.

    Alors que j’en peu plus, j’ai envie de partir loin d’eux, de m’effacer, « mourir » dans leurs vie.

    Je me dit que j’aurais dût faire se que je pensais vouloir faire à ma dépression nerveuse, mais bon, j’ai cru qu’il fallait tenir pour l’avenir que j’avais avec mon compagnon.

    J’aurais dût passer outre ma peur de l’avortement et le faire, pour que ma fille n’ai pas a subir ça, me sauvé.

    Je ne suis pas mariée, je vis en concubinage avec un homme qui a développé une « dépression violente » au cour de notre relation, j’ai une fille de plus d’un an, qui a le comportement de son père étant plus jeune (la mère de compagnon a dit qu’il était plus intenable, dangereux pluss que ses autres enfants, violent, elle en a pété un câble).

    J’ai toujours dit en voyant ma sœur faire tout pour son mari, « je ne veux pas être une bonniche », je crois que dès qu’un enfant arrive tout est différent.

    Il y a eu la dispute de trop, la violence de trop, je me sens plus l’aimer, pourtant je sais qu’il subbit sa propre « dépression » pour ça que j’ai voulu tenir et le soutenir, mais plus le temps passe, plus les ptit pic, le rabaissement très subtil (ou pas), le manque d’encouragement, d’aide, de soutien, m’épuise à la longue j’ai fini par lui répondre de sa propre manière mais de temps en temps, comme pour évacué la pression, le malaise que je ressentais.

    Je n’ai pas vraiment le droit de me plaindre, car moi je ne suis pas en dépression, lui si, comme il dit.

    J’ai un bide après l’accouchement que je n’arrive pas a éliminé, « maman est grasse « comme il dit (tout comme « maman est méchante, maman est pas sympas » ) à notre fille qui commence à comprendre, lui aussi mais comme il dit, j’ai le bébé qui est partie donc je devrais le retrouver, lui c’est normal « il est en dépression ».

    Tout est a cause de sa dépression, si il me parle mal, si il est fatigué, si il ne fait pas grand chose, si il ne travail pas, si il a dût bide, si il passe sa journée entière devant son ordi à jour aux jeux vidéo, si il ne pense qu’a me toucher fesse, sexe, seins, pour rigoler plusieurs fois dans la journée alors que je suis occupé….

    Et encore y a tellement a dire.

    C’est le seul endroit où il ne pourra pas lire ceci, car pour lui je n’ai rien, pas de déprime, pas dépression, pas de mal être, je suis heureuse…

    Tellement heureuse que je veux des fois qu’il meurt, ou mieux que je disparaisse.

    Désolée, se fil n’est pas pour moi.

    MErci pour se billet, cela permet dans un sens de comprendre que se que la dépression fait n’es pas top dans tout les cas.

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    • Je suis très inquiète de ce commentaire… Une dépression n’est pas une excuse à tout… Avez-vous pensé à le quitter ? Car vivre avec un dépressif ce n’est pas facile s’il ne veut pas guérir non plus… Il faut vous protéger… Et protéger votre fille… Vous n’avez personne à qui vous confier ? Un médecin ? Une personne de confiance ?
      Il est dépressif mais il vous fait souffrir… C’est intolérable. Prenez soin de vous.

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    • Bonjour, comme Chrystelle, je me permets de réagir à votre commentaire : la vie est précieuse mais il faut la prendre du bon côté! « Ils ne savaient pas que c’était possible et ils l’ont fait » est ne citation qu’il faut garder en tête… Je me permets de vous inviter comme Chrystelle à vous faire aider, c’est important pour votre fille et pour vous! Ne vous oubliez pas!

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai mis environ 1000 ans à venir répondre à ce billet. J’aimerais pouvoir imprimer mes pensées directement dans le champ texte pour te dire tout ce que ça me donne envie de dire, mais ce n’est pas possible et le temps va me manquer, bébé s’agite ;)
    J’adore tout simplement ta conclusion. C’est assez fou en fait de voir qu’on demande toujours autant, voire même plus aux mères, alors qu’elles sont de plus en plus seules. Je dis mère parce que je suis une mère et que j’ai peu parlé avec des pères, peut-être ressentent-ils la même chose.
    Il faut être épanouie, s’occuper des enfants, si possible à temps plein sans sacrifier sa carrière (ahem !!!!!), cuisiner coudre tricoter reprendre le sport, emmener tout ce petit monde au musée et sans jamais élever le ton s’il vous plaît. J’en passe…
    J’aimerais qu’il soit possible et répandu de dire que les enfants sont un trésor inestimable ET que c’est très difficile de porter la responsabilité de leur petite vie si débordante…
    Bisous <3

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  3. Pingback: C’est mon HAPPY birthday {avec une surprise dedans} |

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