Les jours d’après

Tout tourne dans ma tête.
Je n’arrive pas à ne pas y penser.
Je pense à tous ces gens.
Comme à chaque fois qu’il y a un drame, quel que soit le pays, j’y pense.
Et je me sens mal.

Vendredi soir, ça aurait pu être ma sœur ou mon beau-frère. Elle habite le 10e. Elle aime Paris mais commence a y étouffer. Elle a même décidé de partir il y a quelques temps. Dans quelques mois, elle ne sera plus parisienne. Ma sœur, c’est une femme libre, fière, indépendante, qui a du caractère. Ma sœur, elle sort souvent, au canal.
Ma sœur, elle aurait pu y rester vendredi soir. Elle aurait pu mourir.

Quand j’ai su ce qui se passait, je l’ai aussitôt appelée, le cœur palpitant.
Je n’ai jamais été aussi contente de l’avoir au téléphone et de savoir qu’elle était chez elle, au chaud.

Mais les autres ? Ceux qui sont allés au Bataclan, qui prévoyaient de passer une bonne soirée avec leur groupe préféré. Ils avaient sans doute attendu cette soirée depuis longtemps. Projetaient de prendre un verre après. Avant de rentrer chez eux, ou à leur hôtel, ou chez leurs amis. Certains sont restés là pour l’éternité.
Et ceux de la terrasse de la Belle Epoque ? Venus là pour se délasser après une semaine de travail. Retrouver des personnes qu’ils aiment.
Et ceux du Petit Cambodge.

Qu’ont-ils vécu ? Les tirs, les balles qui pénètrent la peau et qui les prennent en quelques secondes. L’horreur des cris, le carnage, les explosions. A quoi ont-il pensé alors même qu’ils allaient respirer une dernière fois, l’odeur de poudre et de sang dans le nez ?

Ils ne verront plus le soleil se lever. Ils n’auront plus l’occasion de savourer la joie d’être avec les leurs.
De râler.
De pester sur leurs enfants.

Je n’ai pas arrêté d’y penser du week-end.
Dans tous mes actes de la journée.

Et puis les questions qui s’entrechoquent.

Quel être humain peut proférer de tels actes ? Répandre tant de haine ? Quel être peut oublier qu’il va tuer des fils, des mères, des sœurs ? Comment la haine peut-elle couler si pure dans leurs veines ? Comment au dernier moment n’ont-ils pas eu la présence d’esprit de se dire que c’était une folie ? Qu’ils n’iraient sûrement pas au Paradis mais bien dans les tréfonds de l’enfer ?

Comment un être humain peut-il en arriver à ne plus ressentir une once de compassion, qu’il soit dénué de tout amour pour son prochain ?

La religion ce n’est pas ça.
Cela s’appelle de la barbarie.

Comment est-il possoble qu’il ne leur reste aucun entendement, eux qui tuent au nom d’un Dieu qu’ils profanent ?

Comment peuvent-ils être à ce point-là illogique ?

Mais aussi comment peut-on pleurer nos morts sans pleurer ceux de Beyrouth et d’ailleurs ?

L’horreur n’a ni visage ni couleur de peau ni pays.

C’est lundi et je n’arrive pas à trouver des réponses à ces questions. Je ne parviens pas à me raisonner. Je pense à toutes ces personnes qui ne reverront plus leurs enfants et leurs amis. Qui ont sans doute eu une vie sans histoires.
Des morts injustes.
Et vaines si nous cédons à la peur et à la panique.
Vaines si après cette haine nous ne répandons pas l’amour.

Vaines si nous aussi nous tombons dans l’extrémisme.
Aucune religion n’est plus mauvaise qu’une autre.
Ne nous laissons pas glisser nous aussi dans la haine.

Pourtant j’ai peur. Que des amalgames soient faits.
Que nos amis musulmans français soient des coupables idéals.
Nous sommes tous responsables de la situation.
Si des jeunes se font enrôler c’est peut-être qu’ils n’ont pas d’identité dans notre pays…

Je ne sais pas, j’ai sans doute tord, peut-être raison.

Et j’ai peur, pour ma sœur, pour la France, pour le Monde.
Pour mes enfants.
Que les étincelles s’embrasent.
Et qu’on oublie d’être humains.

Ce que je dis là ne sert à rien.
Je ne comprends pas tout.
A vrai dire rien.
Je sais juste que l’homme peut être amour.
Je veux y croire fort.

Je ne suis ni expert en géopolitique.
Je n’ai aucune légitimité pour parler de tout ça.

Mais j’avais besoin de le dire.

N’oublions pas de nous aimer, d’être bienveillants, solidaires, unis. Quelle que soit notre couleur de peau ou notre religion.

<3

 

12208642_934427909938397_760697172162589994_n

Publicités

4 réflexions sur “Les jours d’après

  1. Bah voila en larme rien qu’avec ton billet.

    Très touchant et me réconforte que je ne suis pas la seule à toujours le ressentir.

    J’ai vécu dans la banlieue pendant près de 30ans, nous sommes partie de la bas justement pour s’éloigner de tout se bric à brac y a 1 ans et demi, j’allais souvent dans un des restau qui se trouvais dans l’une des rue et je vivais à saint-denis, pas loin du SDF (comme on l’a toujours appelé par la bas :/ ).

    Mon père qui travail pas loin de se stade et mon frère chauffeur de bus qui fait n’importe quel quartier, vont bien, et je sais pas mais je n’avais pas peur pour eux.

    Mais je suis triste, terriblement triste pour toutes ses victimes, morte, blessées, témoins ou proche.

    J’arrête pas d’y pensé, et j’y pense encore plus que vendredi.

    Là où tout le monde te sort « oui mais la vie continue… » (je l’ai entendue même le samedi matin : /) euh non la vie des victimes ne continue pas, des gens n’étaient toujours pas identifié dimanche, une 40aine de personnes étaient encore en état critique, il y avait même de jeunes enfants….

    Je vis normalement, je m’occupe de ma fille, je fais mes ptit truc comme d’hab, mais y a un truc de différent, un poids, un mal, une tristesse, un pleure.

    Il est pas question de s’arrêter de vivre pour se que ses monstres ont fait mais de se poser régulièrement, pour pensée aux gens qui ont souffert, qui souffre et qui souffriront encore.

    Les gens doivent stop le nombrilisme et être plus empathique.

    contrairement à toi, je n’ai pas peur (peut être l’éloignement géographiquement peut être :/) mais j’ai mal terriblement mal pour eux pour toute ses victimes d’avant , d’aujourd’hui et de demain.

    Oui, aimons les uns des autres…

    Mais la compassions, n’est pas un bon truc pour certains :/

    Merci pour se billet

    J'aime

    • J’ai peur pour l’avenir, car comme tu dis, la compassion n’est pas toujours au rendez-vous. Mais heureusement, il y a des images qui me rassurent, notamment celles des témoignages et rassemblements à Paris et dans les villes de France, à travers le monde… JE garde espoir. Merci pour ton message <3

      J'aime

  2. juste <3
    on a peur, on pleure et on fait attention, mais on finit par s'habituer, par oublier je crois… Sauf si ça recommence. Mais moi je me blinde, je ne regarde pas les infos, je me protège un peu même si c'est égoïste

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s