Allaitement et féminisme : vraiment incompatible ??

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Des fois, pour mes nerfs, je ferais mieux de ne pas aller sur Facebook. Manque de pot, c’est un peu mon boulot d’animer les réseaux sociaux. Je suis tombée sur le statut d’une amie. Sur ce papier de Libé « Allaitement : cessons de culpabiliser les femmes« . Il finit carrément sur une pétition « Car l’allaitement au sein ou au biberon doit rester un choix personnel. Ne culpabilisons ni les adeptes du biberon, ni celles du sein. »

OKAY.

Je suis d’accord.

Mais il y a quelques petits passages qui m’ont gentiment hérissé le poil. (Pour rester polie)

« Nous qui avons choisi le biberon serions de mauvaises mères, privilégiant notre confort au détriment de celui de nos enfants, refusant d’assumer nos fonctions biologiques. En réalité, nous considérons simplement que notre corps nous appartient. Les progrès permettent à celles qui le souhaitent de ne pas allaiter au sein. Il s’agit d’un choix extrêmement personnel qui regarde chacune. Il faut cesser d’opposer les droits de la femme, et en premier lieu celui de disposer de son corps, aux devoirs de la mère, qui se devrait corps et âme à ses enfants. »

JE SUIS FÉMINISTE ET J’AI ALLAITE. Et mon corps m’appartenait à moi. Pas à mon fils. Pas à mon mari. A moi. Je n’ai pas eu à subir de pression pour faire ce choix d’allaiter. Et j’y suis parvenue malgré justement la pression de l’entourage et de mon environnement pas vraiment favorable à l’allaitement, surtout long… Je n’ai eu de cesse de me justifier auprès d’eux, ou même des personnes du milieu médical.

Et personnellement, je ne vois pas en quoi le biberon est un « progrès ». Il a été inventé pour les femmes qui ne pouvait pas allaiter, pour les enfants orphelins. Il tuait plus qu’il ne nourrissait à l’époque. Le progrès ça serait peut-être de bien informer les femmes sur l’allaitement. Pour avoir testé les deux, je peux vous dire que ma liberté de femme était plus affectée quand il fallait laver les biberons que quand je pouvais dégainer mon nichon lorsque mon bébé puis mon deux ans en avait besoin, en plein spectacle de ma grande, à la plage, en pique-nique, en balade, au resto… Vraiment, on en est encore là ? Je pense qu’on se trompe de combat. Et le jour où la grossesse ex vivo sera possible, les soi-disant féministes se battront pour le droit de disposer de leur corps en invoquant le droit des femmes ? Vraiment ?? Le but du féminisme, c’est d’avoir les mêmes droits que les hommes, ok. Mais pas de devenir des hommes non ?

Combien de femme sont peu ou pas informées sur l’allaitement ou le biberon ? Que le lait de vache c’est pas top, qu’il est produit dans des conditions pas très clean, qu’il y a de la taurine dans les laits en poudre, qu’ils sont en contact avec un emballage contenant de l’aluminium et du bisphénol A, que ce n’est pas parce qu’on choisit le biberon qu’on sera plus libre : problème de lait peu digeste, texture pas adapté au bébé, problème de régurgitation, de digestion… Ce n’est pas plus simple que l’allaitement. Vraiment. Je crois que si être mère était plus simple avec un biberon qu’avec l’allaitement, ça se saurait. Je crois que si être mère était simple cela se saurait. Je crois même que si être femme était simple, cela se saurait non ? Ne nous trompons. Arrêtons de fustiger les femmes qui se battent pour une bonne information sur l’allaitement comme si elle faisait du prosélytisme. C’est de l’information que le corps médical ne donne pas. De l’information que les professionnels de la petite enfance ne connaissent pas toujours.

Enfin :

« Il faut également éviter l’autre piège qui nous guette : s’opposer entre femmes. Il ne faut ni culpabiliser les adeptes du biberon, ni moquer celles du sein. Toutes se trouvent confrontées au même problème : le jugement d’autrui. Les premières seraient des infanticides en puissance, les secondes des arriérées. Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix personnels. Nous demandons simplement de conserver notre droit à décider sans devoir affronter une culpabilisation permanente. »

Alors c’est assez étonnant car ce sont souvent des femmes qui écrivent ces tribunes, des femmes qui ont donné le biberon généralement. Alors, qui oppose qui ? Non parce que franchement, à chaque fois que j’informe sur l’allaitement sur ma page Facebook, je me prends une volée de bois vert par des personnes qui n’ont pas fait le même choix que moi et qui me dénonce comme une grande conspiratrice contre la tétine en plastique. J’essaie d’informer, de diffuser des vraies informations. Parce qu’en tant que femme, j’en ai cruellement manqué. Point. Je ne juge personne.

Après, je suis d’accord sur certains points de cet article : « L’allaitement au sein serait formidable pour l’économie » Alors là je suis tellement d’accord : allaiter m’a fait faire de nombreuses économies A MOI et ma famille. A 23 euros le pot de lait AR DIGESTE pour ma grande, je peux vous dire que le second, vu ce qu’il ingurgitait en tétée, mes seins m’ont évité le découvert. (Oh on peut rigoler non ?)

Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix personnels. Nous demandons simplement de conserver notre droit à décider sans devoir affronter une culpabilisation permanente.

On est d’accord, que ce soit pour le biberon, comme pour l’allaitement.

Ce pour quoi on doit se battre, c’est celui d’être INFORMÉE : à quand autant de pub sur l’allaitement que sur les laits artificiels ? D’avoir le droit d’allaiter où l’on veut comme le biberon : à quand la fin des regards réprobateurs parce qu’on ose donner le sein à notre enfant en public (et quand il a plus d’un an je n’en parle pas) ? De continuer à allaiter même si on travaille : quand est-ce que les entreprises arrêteront de faire culpabiliser les mères qui veulent tirer leur lait ou commenceront à leur permettre de prendre une pause pour leur allaitement dans de bonnes conditions ? D’être libre de décider mais en connaissant la vérité sur les deux manières de nourrir notre bébé : à quand des livrets d’informations sur les DEUX manières de nourrir son enfant dans les maternités ou chez le pédiatre ?

Et si on changeait cette pétition en « Cessons de culpabiliser les femmes et luttons pour qu’elles soient vraiment informées, libres de leur choix, et accompagnées dans leur décision quelle qu’elle soit » ?

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6 réflexions sur “Allaitement et féminisme : vraiment incompatible ??

    • Il y a de ça parfois aussi. Faire croire que nous ne suffisons pas et que nous avons besoin de quelque chose d’extérieur, d’acheter. C’est devenu si peu naturel d’allaiter que le savoir s’est perdu… Les médecins s’en sont emparés… et les lobbying de l’agro-alimentaire aussi.

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  1. Merci pour cet article très bien écrit. J’ai eu les boules quand j’ai vu cet article de libé passer en pétition … J’ai allaité mon premier pendant un an, et heureusement que j’ai trouvé des infos sur le net et via les groupes de promotion à l’allaitement maternel sinon j’aurai foiré cet allaitement. Là je suis sur le point d’accoucher de mon deuxième enfant, et je suis plus qu’informée et motivée. J’espère l’allaiter deux ans et quoi qu’en disent les regards désapprobateurs de la société qui nous jugent passés 6 mois d’être des mères incestueuses . Il y a vraiment un problème dans notre société … :(

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  2. Oh oui, la circulation de cet article et de cette pétition m’ont profondément irrité. Je suis comme toi, je milite pour une information juste pour tous, que chacun puisse choisir de manière éclairée. Après, si le débat est souvent si passionné / virulent, c’est aussi parce qu’on lie consciemment ou non, cette question de biberon / sein à l’amour qu’on porte à nos enfants. Je pense que les mamans qui ont choisi le biberon « entendent » souvent, à la place de « moi j’ai choisi d’allaiter », « je suis une meilleure mère que toi, j’aime plus mon enfant que toi ». Il faudrait arriver à dépassionner tout ça, et se dire que ce choix ne remet pas en cause l’amour que chaque maman porte à son enfant.

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  3. Le problème c’est que dans ce pays on a tendance à juger et cataloguer tout le monde et tout le temps…Moi je porte l’étiquette « mère esclave de ses enfants » parce que je les ai portés, allaités et que j’ai refusé de les laissés pleurer la nuit.

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