Les gosses

6tag_210416-145351Comme j’aimerais que la vie de ma Zouzou soit comme dans ses dessins… 

« Gosse », c’est un mot que l’Ours et moi on déteste.
Depuis toujours à vrai dire.
Depuis qu’on me traitait moi-même de gosse petite.
Derrière ce mot, il y a tout le mépris des adultes.
Toute la condescendance des grands et de leur soi-disant expérience sur les petits qui leur donne droit à penser à leur place et à savoir mieux qu’eux ce qu’ils doivent ressentir.
Il exprime toute la puissance de l’adulte sur l’enfant. Ce demi-rien qui n’a pas le droit à la parole. Ou qui doit rester bien sagement dans un coin et ne pas faire trop de vagues qui puissent atteindre le monde des grands.

En ce moment, ma fille de 6 ans et demi connaît de la violence à l’école.
Oui, j’utilise le mot violence.
Harcèlement même.
Elle se fait bousculer régulièrement voire quotidiennement certaines périodes par les garçons de sa classe, à tour de rôle. Un en particulier.
Bilan : des trous dans les pantalons, une tête qui tape le bitume, un doigt enflé plusieurs jours, et un dos marbré d’une grosse éraflure. Hier soir, quand j’ai vu sa blessure, ça a été la goutte de trop.
Vous appelez ça comment vous ? Si vous aviez vécu tous ces moments au travail par exemple ? Si Machin vous aviez poussé contre le mur, et vous aurez fait mal au dos ? Si lors d’un squach, sous l’énervement, un tel avait tapé dans votre doigt ? Vous auriez envie de retourner travailler, chaque jour de l’année, et avec le sourire s’il vous plaît ? Pourriez-vous toujours entendre « c’est rien, il n’a pas fait exprès » ? Vous ne ressentiriez pas un tout petit peu de colère ou d’injustice quand ça fait un an que cela dure ?

Diriez-vous à une victime de violences ordinaires : « Oh oui mais tu l’aimes bien ton collègue de travail, ça va. » Ou « éloignes-toi de lui après tout, tu n’as qu’à pas lui parler. » Lui feriez-vous ressentir que c’est elle le problème ? Même si ces enfants ne sont pas responsables parce qu’ils ne veulent pas faire mal à la base, si les parents font comme ils peuvent pour pallier le problème, la violence s’exprime et c’est ma fille qui la reçoit.

Et on fait comment pour lui apprendre la non-violence à ma petite fleur mais en se faisant respecter ? Elle ne joue plus avec ces enfants qui bousculent d’autres enfants. Elle leur explique que non c’est non. Rien n’y fait. La maîtresse punit, isole. Mais ça recommence toujours. Elle sature ma bichette. Elle a beau leur dire d’arrêter, rien n’y fait. Du coup, à la maison, c’est devenu compliqué ces derniers jours : pleurs très fréquents, crises, portes qui claquent, colère, grincement de dents la nuit (quand elle stresse ça revient), gestes envers son frère (alors que c’est une enfant qui ne tape pas du tout, jamais à vrai dire)… Tout ce qu’elle ne dit pas à l’école rejaillit sur la vie familiale. Autant de cris de mal-être que je perçois.

Alors certains penseront que j’exagère, que je suprotège ma fille, que je la couve trop, que je n’ai pas coupé le cordon.
Et vous savez quoi ? J’en ai rien à carrer parce que tout ça résonne en moi. Parce que ma petite fille n’est pas bien et que je suis là pour la protéger quand elle n’y arrive pas seule.

Et puis j’aimerais comprendre quelque chose : pourquoi certains adultes s’évertuent à laisser les enfants vivre des violences quotidiennes comme des situations normales sous prétexte que ce sont des enfants ? C’est quoi le concept, les jeter dans l’arène et voir qui survit ? C’est vraiment ça la vie ?

Alors je n’ai pas la solution mais je crois au dialogue. Je ne suis pas pour punir ces enfants qui expriment un malaise j’en suis sûre malgré eux, je ne suis pas pour les stigmatiser… mais ça, d’autres s’en sont déjà chargé. J’attends le rendez-vous demandé à la maîtresse impatiemment, pour voir ce qu’il est possible de mettre en place dans la classe : un coussin de la colère ? suggérer un moment où les enfants peuvent évacuer leurs émotions ? Ces enfants qui violentent les autres ont besoin d’être écoutés, entendus. Je n’habite pas une grande ville, mes enfants ne sont pas dans une zone sensible. Je réfléchis, je respire, et j’essaie d’évacuer cette boule au ventre en repensant à ma fille, à ces enfants qui ne sont qu’en CP, à cette violence omniprésente dans notre société… 

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12 réflexions sur “Les gosses

  1. Oh comme j’ai mal pour ta fille ! Ça me prend physiquement au ventre.. Quelle confiance en nous, en eux, auront ces enfants si les adultes ne les protègent pas? Je te rassure pas, mais même aujourd’hui à plus de 30 ans, j’en suis encore en mode « c’est moi le problème », et je ne m’en sens pas fière.
    J’espère vraiment que vous trouverez une solution avec la maitresse (et les parents?).

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    • C’est très délicat car je connais les parents et j’apprécie la maman… Mais il faut faire quelque chose. Encore une fois, je pense que la punition, l’exclusion, stigmatise et envenime le problème de ces enfants qui s’exprime violemment. Merci pour ton commentaire

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  2. Je t’avoue que cette violence entre enfants c’est ma hantise.
    Peur que ça arrive a un des miens quelque soit l’âge que ça prenne des proportions dramatique à leur échelle, et passer à côté ou ne pas réussir a trouver de solution pour les aider …
    Ma fille a une « copine » qui a des jeux un peu particuliers, pendant plusieurs mois elle a subit les jours de cantine ce tiraillement. Comme toi je connais les parents, le papa est trop sticte avec la petite et la maman un peu trop copine, couple sur la fin au bord du divorce, en plus ma fille fait une activité avec cette « copine » et on partage les trajets le mercredi… A force de la voir comme ça j’en ai eu marre. Pendant un trajet en voiture j’en ai profité je lui ai dit clairement que si elle recommencait que ce soit avec ma fille ou une autre ce coup ci j’irais voir maitresse et ses parents.
    Elle s’est partiellement calmée, mais comme depuis qu’elle est à l’école avec la mienne c’est par vagues … on est dans le creux … à la prochaine remontée j’irais voir les personnes concernées.
    La ou ma grenouille a de la chance c’est que ça n’affecte pas ses journées ses jeux, ses activités ni son travail, comme elle le dit c’est M elle est comme ça, mais moi je sature de cette demoiselle un peu trop rebelle avec ses « copines » comme avec les adultes …
    on verra

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    • Le travail ne s’en ressent pas non plus car en classe, c’est différent. Mais elle me dit toujours que sa journée n’était pas trop bien :/
      Délicat comme situation.. je ne sais pas si j’oserai en parler. les parents sont très au courant des problèmes…

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  3. c’est la maman et la prof qui parle…ce que tu décris est bien de la violence et du harcèlement et non pas des mots de maman poule. Des solutions il y en a, on en a expérimenté quelques unes, avec plus ou moins de succès, selon…
    1. en parler, oser affronter le souci en groupe entier. Une solution qui marche bien c’est le bâton de parole, à un moment identifié et régulier, où chaque enfant pourra poser ses questions, ses doutes, son mal-être éventuel, être entendu et soutenu et la solution cherchée en groupe-classe et non isolément. Ce qui désarçonne les harceleurs c’est de ne pas être jugé ni puni mais plutôt participer à la réparation de leur propre comportement déviant. Au début, demander à chaque enfant de s’identifier à un smiley pour établir un baromètre de l’humeur peut être un outil utile quand les mots manquent…

    2. les rendre acteurs, leur permettre de réfléchir ensemble, voir de créer des outils de prévention (j’en sors avec des ados, c’est incroyable comme ils peuvent être sensibles et intelligents si on leur donne la parole)

    3. surtout surtout faire ce que tu fais: en parler, avec elle, autour de vous, ne rien passer sous silence et lui donner, encore et encore, l’image d’adultes bienveillants….mais ça tu le fais très bien déjà ;)

    courage et si besoin d’idées lecture ou si mon post n’est pas clair, fais signe, n’hésite pas!

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  4. Moi c est arrivé à ma fille, 6 ans 1/2 aussi… on a vu la maîtresse, rien n a changé.. alors.. on a attendu devant la sortie avec le papa.. et on les a chopé on leur a fait la leçon, on leur a dit que si ca continuait on irait voir les parents. Je touche du bois mais cela fait 4 mois qu’ il n y a plus de soucis… courage!

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  5. Une fois je veux bien, effectivement ça arrive, il a pas fait exprès, il a voulu embêter…
    Mais là comme vous décrivez la situation ça a l air trop régulier et ça devient de la violence.
    Ma fille s est faite mordre en creche cette année, résultat main boursoufflée. Il ne l avait pas loupé. Me suis dit, je ne sais pas ce qui s est passé et ça aurait pu être ma fille qu il le fasse aussi. Le cas a été isolé, donc là ok ça arrive. Mais si ça avait été trop souvent comme vous j aurais eut ras le bol et essayé de trouver une solution.
    Par contre, en lisant un garçon embete une fille, je me souviens que beaucoup de fois (après reflexion, une fois devenue adulte), le garçon est parfois amoureux de la fille lol, bon c est particulier comme amour, mais bon… Peut être désarsonné le garçon en lui disant tu es amoureux de ma fille lol, je plaisante, mais sincerement, il me semble avoir souvent entendu et vu au final des garçons qui embetent les filles car en fait il est amoureux. Mais je vous avoue que amoureux ou pas, vous avez vien fait de prendre rdv avec la maitresse et j espere que cette situation sera bientôt terminée pour votre fille

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    • Le rendez-vous s’est très bien passé. Cet instit est super :) Après ces garçons aiment sûrement beaucoup ma fille et n’ont que ces moyens de l’exprimer. Mais néanmoins, je ne peux pas laisser ma fille penser que un garçon qui aime bien = un garçon violent.. Pour plus tard, ce n’est pas ce que je souhaite qu’elle se dise… Merci pour votre message :)

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        • Elle a fait ce qu’elle a pu. Mais les problèmes surviennent durant le temps après la cantine ou aux TAp. Donc en dehors du temps de classe… quand d’autres adultes sont censés cadrés les enfants. Elle a plutôt très bien réussi à canaliser les enfants plus difficiles en leur donnant des tâches pour qu’ils se sentent important. Après il y a un problème d’encadrement… Mais ça la mairie ne semble pas l’entendre..

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