Le tsunami

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Je suis désolée.
Je n’y arrive pas.
A passer à autre chose.
Ma vie continue comme avant alors que celle de ma mamie a cessé d’être.

Je tremble encore.
Ce tsunami dont l’épicentre a touché mon cœur continue de se répandre par vagues, emportant tout sur son passage pour ne laisser que le désordre dans mes émotions.
Alors quoi, c’est ça la vie ? Une succession de personnes que l’on aime et qui partent.
Tantôt à 93 ans, tantôt à 6 ?

Je n’arrive pas à pleurer.
Je ne me l’autorise pas.
Après tout, c’est « juste » ma mamie.
D’autres ont perdu ami, frère, mère, conjoint… enfant.
D’aucuns ont vécu pire, durant toute leur vie.

Et moi je flanche ?

Pourtant, elle me manque.
Ce qui me manque c’est de ne plus la toucher.
Que ces beaux souvenirs appartiennent au passé.

Je prends conscience du vide incommensurable qu’elle laisse et du rôle si important qu’elle a eu dans ma vie.
Ma mamie m’a sauvée. Comme Moïse sauvé des eaux.
J’étais au cœur de la tourmente et elle a toujours été un refuge sûr et solide.
Elle a été la seule à dire que ce que je vivais avec ma sœur n’était pas normal.
Cela a été la seule adulte qui, en prononçant ces mots, a fait exister ma réalité.
M’a permis de me dire que ce que je vivais était vrai.
Que non, ce qui se passait à la maison n’était pas normal.

Elle voulait une fille, je voulais de la douceur.
Elle n’a jamais été démonstrative. Mais elle était là. Toujours.
Pardon de t’avoir fait pleurer le jour du bac mamie.
Pardon de t’avoir fait du soucis.
Pardon de ne pas être venue plus souvent te voir à ta maison de retraite…
C’était dur, mais je sais désormais que cela ne l’était certainement pas autant que de te perdre à jamais.

Je repense à tous nos moments, ces moments qui sont si importants à mes yeux et à mon corps.
A ma vie de femme.
J’ai eu une chance incroyable de t’avoir eu comme mamie.
Ces déjeuners au lit, toi. Ce plateau. Cette odeur de tartine.
Ces croissants pris au goûter quand on faisait les boutiques.
Ton thé, mon Orangina en tête-à-tête. Sans mots dire on s’aimait.

Ces mots.

Ton sourire.

Je ne savais pas ce que ça faisait de se faire arracher un petit bout de cœur.
Maintenant je le sais.
Et après ? On fait comment ?
Pour réparer ça ?
Pour continuer à vivre sans la personne, la seule sans doute, à qui j’ai jamais fait confiance les yeux fermés.
Qui m’a apporté un havre de paix.
Ma fuite.

Je fais comment maintenant pour ne pas avoir peur ?
Me sentir seule sans ma grand-mère ?

Je ne sais pas comment faire.
Je fuis un peu mon chagrin, surtout ne pas me poser, ne pas y penser.
Et pourtant il revient, déguisé, à travers cet énervement constant ou presque, cette fatigue, cette vision un peu négative de la vie en ce moment.
Cette peur de perdre d’autres gens que j’aime.
Elle se déguise dans mes gestes incertains, dans mes pensées un peu fouillis.
Dans mon renfermement sur moi-même.

Dans ces douceurs que j’ingurgite
Pourvu qu’elles tassent bien mes larmes au fond de moi
Bien loin.
C’est bien mieux et plus facile que de les verser.

Alors j’essaie de détricoter tout ça…
Essayer de me sentir légitime dans ma tristesse.
2 mois -8 jours que tu es partie.
Déjà.
Une éternité…

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15 réflexions sur “Le tsunami

  1. Bien sûr que tes tourments et ta peine sont légitimes. Toi seule peut savoir qui a compté suffisamment dans ta vie pour laisser un tel vide, quand bien même d’autres auraient perdu des êtres supposés être plus « proches » générationnellement.
    Pour ma part, je n’ai pas beaucoup pleuré mes mamies. Parce qu’elles sont loin d’avoir tenu la place et d’avoir joué le rôle que tu décris, que d’autres personnes de mon entourage décrivent avec amour et nostalgie, en parlant de leur mamie chérie. Je les envie presque, dans ces moments où leurs mots si passionnés décrivent la relation existante ou perdue :-)
    C’est beau d’avoir connu cette relation et c’est un drame de la perdre, il n’y a pas à justifier ce chagrin. Quand les parents sont défaillants et que les aïeuls les remplacent, les perdre est certainement aussi difficile que de perdre son parent.
    Autorise ta peine, délivre tes larmes… Et sois bienveillante avec toi-même dans cette épreuve.
    Des gros câlins <3

    Aimé par 2 people

  2. Bonsoir
    Vos mots trouvent un écho particulier en moi : j’ai ressenti exactement la même chose au décès de mon grand-père, il y a 3 ans dans quelques jours. L’impression que la douleur qui m’entraînait vers le fond ne cesserait jamais. Et qu’elle n’était pas légitime. Cette sensation de ne plus rien supporter, et en même temps d’avoir tant besoin de serrer fort ceux qui restaient. Et parfois le sentiment que je pourrais plus facilement vivre sans eux que sans lui …
    Ça fait trois ans. J’ai repris le dessus, comme on dit. Je me suis accrochée à ses mots à lui, qui me rappelaient toujours que chaque seconde vaut la peine, et qu’il faut savoir savourer chaque petit bonheur.
    Alors j’essaie. J’apprends à dépister les petits bonheurs, à les savourer comme des petits bonbons sucrés. Ils ont toujours un petit goût de larmes. Parce qu’à chaque instant, à chaque pas, il est à mes côtés, et le manque de lui avec …
    On n’oublie pas. On ne s’en remet jamais vraiment. On apprend juste à faire avec l’absence de ceux qui ont tant compté. On découvre surtout qu’ils sont désormais intensément présents. Chevillés à nos corps, à nos âmes, à nos cœurs.
    Plein de courage pour la douloureuse période que vous traversez. Elle ne s’arrête jamais vraiment. Elle devient juste plus soutenable. Vivable.
    De tout cœur avec vous

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  3. Deux ans après je pleure encore rien que d’y penser… Je ne sais pas à quel moment c’est sensé s’arrêter mais j’ai l’impression que ça ne viendra jamais.
    Comme si la perte était trop grande et donc inconsolable. Je me suis toujours dit que ça serait terrible le jour où ça arriverait…
    Je t’envoie tout mon soutien, je le dis rarement mais là, vraiment, je comprends ta peine.

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    • Merci Eve <3 A part accepter, je ne pense pas que cela passe. On apprend semble-t-il à vivre avec. On n'oublie pas quelqu'un qui a tant compté. Ecrire fait beaucoup de bien. Je t'envoie des doux bisous <3

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  4. Quelle belle déclaration d’amour dans ce joli texte…Courage à toi.
    J’aime beaucoup cette citation  »Tu n’es plus là ou tu étais, mais tu es partout ou je suis »

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  5. Chaudoudoux <3
    Je sais à quel point ta mamie était précieuse pour toi.

    La relation que j'avais avec les miennes n'était peut-être pas aussi forte mais je garde tout de même de doux souvenirs d'elles. Chaque année, au moment des fêtes de fin d'année, elles me manquent plus que le reste de l'année. Dans mon coeur, elles vivent toujours.Elles sont toujours présentes à mes côtés, dans pleins de petites choses du quotidien, comme une bouteille d'Orangina par exemple ;) Quand je regarde Chupa, je vois un peu de ma mamie. J'essaie aussi de transmettre à mes enfants les histoires du passé qu'elles m'ont transmises.

    Je te souhaite beaucoup de courage pour faire ton deuil.

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  6. Elle sera toujours là, elle sera la force en toi, tu verras…. Jamais tu ne l’oublierais,c’est juste qu’un jour, on ne pleure plus, on se réjouit d’avoir connu cet être qui nous était cher, pour qui on était cher, et d’avoir fait avec, le plein de belles choses de la vie.

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