Moi et le tatouage

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Je devais avoir 12 ans quand je suis tombée sur un reportage concernant le tatouage sur Arte. Je me souviens de femmes tatouées, une lumière rouge. J’ai été subjuguée, aspirée, inspirée, noyée par cette révélation, dans une expérience presque extatique qui tient de l’ordre du biblique. J’ai été impactée. Je me suis dit : « Je veux faire ça plus tard. »

Tombée en amour de cet art, j’ai attendu patiemment d’avoir l’âge légal pour passer sous les aiguilles d’un tatoueur. 5 mois après mes 18 ans, j’y étais. J’ai commencé par 5 heures de tatouage direct. Il faut au moins ça pour se cogner au mur de la réalité.
Derrière cette pratique de plus en plus à la mode qui se veut trop souvent esthétique, il y a aussi une démarche personnelle, parfois thérapeutique, dans cet art qui embellit en faisant mal. Embellir un corps que l’on n’aime pas, que l’on n’a pas su aimer, ni rencontrer, qui a été un problème trop souvent, une brèche dans laquelle les autres pouvaient s’engouffrer, qu’ils pouvaient pénétrer, mais aussi un rempart face à la vie, mettant ainsi à l’abri mes pensées et ne laissant transparaître aucune de mes émotions et de mes agitations intérieures, de mes tempêtes et mes torrents de colère.

Oui, pour se faire tatouer, il faut accepter d’avoir mal. Dans sa chair. Les piqûres, les brûlures, la peau qui semble découpée au scalpel, la douleur intenable que l’on parvient à dépasser puis le bien-être une fois que tout s’arrête. C’est ainsi un peu comme dans la vie, où il faut accepter de se ramasser, de s’écorcher les genoux, les mains mais aussi souvent le cœur, l’âme et l’ego pour grandir et se trouver soi. La douleur est un passage nécessaire dans l’art corporel, comme un rite de passage, qui nous met à l’épreuve et nous rend plus fort, plus endurant. Plus soi.

Pour moi, dès mon premier tatouage, cela a aussi été une manière de me réapproprier mon corps, ou me l’approprier tout court. Mon enfance m’a désincarnée : j’ai toujours été « dans ma tête », emmurée dans ma chair. Ce tatouage que j’ai au pied m’a permis de réintégrer ma vie. De l’habiter, petit à petit, de me faire exister, à moi mais aussi aux autres en disant : je fais ce que je veux de moi, de ma vie, elle ne t’appartient plus, plus jamais.

Depuis, à chaque fois que je me perds, que je vis un événement difficile, j’éprouve le besoin de m’ancrer à nouveau les pieds dans le sol en m’encrant la peau. C’est plus fort que moi. Car en séance, je suis obligée d’être présente, d’être dans ma vie, au temps présent, de m’extirper des limbes de mes pensées pour ressentir mon incarnation dans ma chair et non pas uniquement dans les méandres et les circonvolutions de mon cerveau, une peau que j’aime embellir pour mieux m’assumer, pour mieux m’aimer, par ces milliers d’impacts du dermographe dans mon épiderme.
Un nouveau tatouage, c’est un moment qui permet de me rappeler à l’ordre, de ne pas m’oublier tout en exprimant ma personnalité, ma vision de la vie, mes passions. Ne pas oublier qui je suis au fond de moi, derrière les apparences, les sourires d’apparat.

Alors après un hiver agité, glacial et trop long, il est temps que je retrouve ma douleur d’exister, pour mieux respirer, pour mieux aspirer au bonheur.

Bientôt,  j’ai rendez-vous avec moi et après, je pourrais enfin avancer. Je l’espère.

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Une réflexion sur “Moi et le tatouage

  1. Merci d’écrire si bien et de décrire si simplement les raisons qui te font te faire tatouer. Je ne connais rien à ce sujet et me demande souvent ce qu’on peut « y trouver ». Grâce à toi je comprends mieux !

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