La vie est un deuil

J’ai 37 ans, et je suis en deuil.
En deuil de ma vie passée, celle où j’avais imaginé vivre plein de choses, une vie rêvée depuis mon enfance.
J’ai 37 ans et aujourd’hui, je dois me rendre à l’évidence : il y a des choses que je ne vivrai plus.

Je ne serais jamais demandé en mariage : même si c’est pour dire non, j’aurais aimé le connaître cet instant où tu es tellement importante pour l’autre qu’il envisage d’être à tes côtés toute ta vie, jusqu’à la mort, et qu’il a envie de le crier à la Terre entière.

Je ne voyagerai peut-être jamais : l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. Maman solo, je n’ai déjà pas de budget pour m’habiller, alors voyager…
Je n’aurai plus de bébé.
Je n’adopterai jamais d’enfant.
Je ne sentirai plus ce regard si pur et innocent d’un nouveau-né se poser pour la première fois sur moi.
Je n’aurai pas la chance de réussir à être la mère que j’aurais aimé être.
Je ne me retournerai pas, à l’aube de mon dernier souffle, main dans la main avec une personne que j’aurai chérie toute une vie et avec qui j’aurais tout traversé, le bon comme le mauvais. Avec qui on échangerait des sourires complices, apaisés d’être encore là l’un pour l’autre, redoutant que la Grande Faucheuse nous sépare.
Je ne verrai pas grandir mes enfants dans une famille unie, belle, où la joie règne, et où les repas de famille sont des promesses de bonheurs inégalables, essentiels.
Je ne me sentirai sans doute jamais sécurisée affectivement : on ne change pas son passé, on peut vivre autrement, mais une maison de se construit pas sans fondations solides. Avant de monter les murs, il faut poser une dalle. La mienne, de dalle, est fissurée, incomplète. Et un peu de colle ne suffit pas à tout réparer et combler.
Je n’écrirai jamais de livre, ou pas celui que j’aimerai : le temps me glisse entre les doigts, et s’échappe dans un vortex inexorablement.
Je n’irai jamais pleurer dans les bras de mon père ou de ma mère, retrouvant une chaleur connue et rassurante. Rassérénante.
Je ne sauverai pas de vies. Même pas la mienne. J’aime mon travail, mais j’aimerais tellement aider les autres.

Mais…

Je connais la chance d’avoir des enfants, de les prendre dans mes bras et de les protéger, de leur apporter, j’espère, ce que je n’ai pas reçu.
De ressentir un amour infini à tel point que j’y laisserais ma vie.
J’ai quelques amies, pas beaucoup, mais précieuses AS FUCK.
J’ai mon cœur qui bat, pour lui, cet homme, qui est arrivé dans ma vie, pour ceux qui l’ont traversée, et desquels j’ai des souvenirs à raconter à mes petits enfants, si j’en ai. Je pourrai leur dire à quel point c’est bon et doux d’aimer, de se réveiller à côté de quelqu’un qu’on aime, ou qu’on a aimé, le temps d’un rendez-vous, ou durant des dizaines d’années. Même si ça fait mal parfois, c’est peut-être le prix à payer pour se sentir vivre.
J’ai mon corps qui vibre, pour lui, aujourd’hui, pour eux, pour elle, hier, pour tout ceux qui m’ont touchée, au propre comme au figuré.
J’ai un toit sur ma tête et de la nourriture dans mon frigo.
J’ai un chien, extraordinaire, parce que forcément, c’est le mien.

Et surtout, j’ai encore des rêves plein la tête du haut de mes presque 37 printemps.
L’espoir fait vivre : je pourrais dire que je vivrai jusqu’à 120 ans.

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4 réflexions sur “La vie est un deuil

  1. Comme je te comprends… j’avais laissé un message pour le sujet du syndrome du ventre vide… et aujourd’hui me voilà dans la même situation… je me sens tellement mal… il m’a quitté il y a un mois, le lendemain il a quitté le domicile et m’a laissé notre fille. Le dimanche qui a suivi il a repris le reste de ses affaires devant cette enfant qui ne connaissait jusque là que l’innocence. Le vendredi suivant j’ai découvert qu’il me trompait et la semaine suivante il m’a laissé espérer un retour éventuel. Samedi dernier, j’ai découvert qu’il nous avait abandonné pour une fille qui ne travaille pas avec 8 enfants dont un leucémique et qui plus est se trouve être une famille de barakie!!!! Bref tout ce qu’il détestait le plus dans le genre féminin… j’ai un doute que l’enfant a l’hopital ne soit pas le sien. Il n’est pas du genre à s’attacher aux enfants des autres et encore moins à négliger sa fille. Ce samedi la c’est parti en cachuete à cause de moi au départ mais je ne cherchais juste qu’a Ce qu’il explique à sa fille pourquoi il partait et qu’il me dise la vérité et au lieu de ça il a tout nié, m’a menacé de lever la main sur moi, hurler dessus et aussi sur notre fille, chasser de la maison de ses parents et ne même pas chercher à savoir si sa propre fille n’etait pas choquée de ce qu’elle avait vu… elle est devenue sale depuis qu’il est parti, à perdu sa joie de vivre, je n’ai plus entendu son joli rire depuis 1 mois, elle se renferme sur elle même et pleure… moi j’ai perdu mon envie d’un deuxième enfant qu’on essayait d’avoir au moment où il est parti, j’ai perdu du poids et je vais perdre ma maison, et ma fille que je vais devoir partager avec la crainte qu’elle tombe chez sa nouvelle compagne… le rêve qu’il me demande aussi en mariage… bref j’essaye d’imaginer qu’il y aura un après même si en ce moment, je ne sais même pas si j’arriverai à me lever de mon lit demain!

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    • La situation est difficile Patricia, parce que tu es en plein dedans. Mais je te jure qu’un jour, le soleil brillera à nouveau, pour toi et pour ta fille. Il y a des deuils à faire mais la vie apporte aussi son lot de bonheurs et de joies que l’on attendait pas. Je t’envoie tout mon soutien ❤❤❤

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  2. Comme Patricia, je suis en plein dedans…et j’ai encore du mal à imaginer qu’un jour je pourrai revivre tout ce bonheur.
    Comme vous, le deuil est énorme. Parce que comme si ça ne suffisait pas de perdre un mari…je perds aussi 50 % de mes enfants, et 50 % de mes amis… Je me bats pour garder (=racheter) ma propre maison…dont le prix ne fait qu’augmenter depuis qu’il sait que je peux le faire…
    Chrystelle, ton billet est joliment écrit…je me retrouve complètement dans tout ce que je ne vivrai plus…en particulier ces moments dans une famille unie…mais finalement mieux vaut vivre des moments vrais avec mes enfants seulement…que des moments à 4 qui n’étaient qu’une énorme mascarade !!
    C’est un grand tournant de ma vie. Une chose que je n’avais absolument jamais imaginé…même si ça arrive à un couple sur 2. Il me tarde que ce virage soit fini et que je puisse à nouveau tracer ma route tout droit.

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