Nous sommes Charlie

Je ne lisais pas Charlie Hebdo. J’ai souvent trouvé qu’ils poussaient le bouchon un peu loin. Rarement je suis restée insensible aux dessins de Cabu.
Pourtant aujourd’hui, je suis Charlie. Nous sommes tous Charlie. Tous tristes de cet événement tragique.

Innommable.

Tous touchés, en France mais aussi à travers le monde. Quelle que soit notre religion, notre culture, notre niveau social.

Alors cela peut paraître bizarre ce billet ici, sur mon blog. Pourtant j’avais besoin de l’écrire ce billet. Car bien qu’athée, je suis croyante : je crois en l’être humain, en sa force créatrice, en son amour, son pouvoir fédérateur. Je crois en nos enfants. J’ai espoir que ce triste événement fasse ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’être humain.

J’ai espoir qu’aucun amalgame ne soit fait. Que l’on avance uni, sans peur et que l’on reste debout. Pour ne pas céder à la panique et donner raison à ceux qui commettent ces actes. Pour ne pas céder à l’extrémisme, à la haine. Levons-nous d’une seule voix et d’un seul cœur qui bat.

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Bientôt

Bientôt.
Bientôt, c’est la rentrée.
Délivrance J-7.
La quille.
La libération.

Tel le bagnard tu coches les jours qu’il reste avant le jour J sur les murs de tes toilettes, seule pièce de ta prison dorée où tu peux un peu t’isoler, enfin l’espérer…
7 jours et la grande rentrera en grande section. Pas la peine de pleurer, tu le savais que ça allait arriver. 5 ans dans 3 mois en plus. Et elle te traite déjà de vieille.
Le petit sera gardé trois fois par semaine. Il sera « adapté » à ce qu’il paraît. Tu pourras enfin retrouver… ta personne. Sans un adorable et gentil gnome greffé à toi, qui te pètes le dos, sans pleurs et cris parce que non, tu ne peux pas faire à manger ET le porter ET le câliner ET occuper la grande. T’as pas 18 bras mais bien une seule tête qui fonctionne comme elle peut quand elle veut. (Traduction : on connaît de nombreux ratés de fonctionnement notamment durant la période estivale.)

Tu vas pouvoir être SEULE.
Apprécier le silence.
Aller faire pipi sans user de stratagèmes. Fini les portes à fermer pour éviter qu’il ne se tue en grimpant sur n’importe quoi. Fini le flippe où tu t’imagines parlant à un flic, étonné des nombreuses contusions retrouvées sur le corps inerte de l’enfant, justifiant que, accusée d’infanticide : »J’étais obligée de fermer la porte, je devais changer mon tampon, j’étais OBLIGEE !! » en sanglotant comme une madeleine.
En parlant de tampon, tu pourras même laisser ta boîte traîner sans avoir peur de la retrouver éparpillée au milieu du salon, jonchant le sol avec la totalité du contenu de ton sac à main minutieusement vidé. Et de ton porte-feuille. Pièces comprises.

Plus de repas à faire équilibré parce qu’il faut manger-bouger 5 fruits et légumes frais ou un truc dans le genre et se mettre en cuisine une heure tous les matins. A toi les pâtes, les sandwichs, les salades vite faites et autre repas déstructuré !
Fini les repas qui ressemblent à des tours de piste digne du cirque de Pékin, entre le petit qui danse une pâte dans chaque main en essayant de taper sa sœur et une grande qui gobe les mouches et met 45 minutes à manger une assiette même de frite, tout en ayant fait tombé une fois son verre, une fois sa fourchette et une fois… de trop tu ne sais plus quoi.
Fini les repas où tu ne sais même plus ce que tu as mangé, où tu ne sais pas ce que tes enfants ont mangé si tu en crois le carrelage criblé de marques d’un affrontement entre la semoule – tiens c’était vraiment une bonne idée de faire de la semoule – et un morceau de comté dûment écrasé sur la table à coup de tasse antifuite – enfin ça c’était avant, maintenant c’est une trois jets.

Bientôt plus aucun feutre ne se retrouvera sur ton bureau, aux toilettes, ou dans la machine à laver 21 fois par jour. Les bouchons seront bien sur les feutres, les feutres dans leur trousse et la trousse… mais elle est où cette fichue trousse ???

Fini les sorties désespérées au square matin, midi et soir !!
Bientôt tu vas pouvoir bosser pénarde, devant ton PC, t’organiser sans hurlements et t’adonner à une tâche sans être interrompue 427 fois.
Tu vas pouvoir ranger les jouets dans leurs bacs où ils resteront sagement à attendre le retour de leurs heureux bourreaux propriétaires de l’école pour l’une et de chez la nounou pour l’autre.

Bientôt, si tu veux, tu pourras faire une sieste si ta nuit a été over moisie.
Ouais.
Sans culpabiliser (ou presque parce que quand même faut tu bosses et que tu ramènes des clients pour payer la nounou et les factures).

Bientôt les rires de tes enfants ne résonneront plus dans la maison. Bientôt ils iront vivre de nouvelles aventures la journée, sans toi, loin de toi, toi qui as eu tant de mal à les occuper cet été, qui t’es trouvée nulle, qui parfois a cédé à la facilité en allant se reposer plutôt que de jouer avec la grande, à sortir au square plutôt que de jouer aux cubes une heure durant. Bientôt ces moments qui ont été crevants deviendront de jolis souvenirs, ceux d’un joli été de tes deux enfants qui avaient 18 mois et pas tout à fait 5 ans. Bientôt les doux moments referont surface, tu te rappelleras émue tes deux petits bouts souriant, se marrant, se câlinant, te courant après, sa tête de clown qui tire la langue, ses petites mains qui te font des chatouilles, sa tête hirsute après la sieste, les tours au marché avec les deux, les baguettes de pain à moitié dévorées avant d’être rentrés. Ces milliers de petites douceurs qui vont te manquer et qui vont donner une saveur spéciale à cette rentrée que tu vas apprécier, tant espérée, tout autant que regretter.

Tu te diras qu’ils auront bien grandi.
Et que, quelque part, toi aussi.

 

 

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Le temps de se séparer

J’ai le cœur qui se serre.
Demain on commence l’adaptation mon petit chat.
Demain on va devoir commencer à apprendre à se séparer, à se laisser. Mais aussi à se retrouver.

Je vais devoir te faire garder pour travailler davantage. Cette dernière année et demie a été aussi merveilleuse qu’éprouvante à tes côtés.

Des sentiments ambivalents accompagnent cette étape que je redoute autant que j’attends impatiemment. Je suis heureuse de me retrouver seule. Juste seule. Toute une journée. Sans pleurs sans cris, rien que moi ou presque à penser. J’en ai besoin. Comme dirait ta grande sœur, « pour de vrai ». Heureuse de pouvoir prendre du temps pour moi, me redécouvrir. Pour coudre, refaire mon CV, trouver de nouveaux clients. Faire davantage bouillir la marmite et ne plus avoir le couteau sous la gorge chaque fin de mois.

Mais je suis aussi triste, triste de ne plus être avec toi toute la journée. Malgré tout j’aime nos journées. Tes sourires, ta bonne humeur, tes câlins, tes regards, nos moments douceurs avec la tétée – sans doute notre préférée – de la sieste. Nos petits tours en tête à tête. Ce grand soleil que tu mets dans ma vie.
Te savoir triste sans pouvoir te câliner, savoir d’autres bras que les miens te rassurer… J’ai du mal à l’accepter…

Bien sûr toutes les bonnes choses ont une fin. Un jour tu iras à l’ecole, même si c’est encore loin, hein dis ? Tu grandis et auras 18 mois jeudi. Alors autant t’habituer petit à petit aussi. Et passer plus de temps avec d’autres enfants sera chouette aussi. Enfin, c’est ce que je me dis…

Alors bien sûr tu connais déjà ta nounou, c’est une amie. C’est un bon point de départ pour cette nouvelle vie. Bien sûr je sais que tu seras bien accueilli. Tu auras un copain et une copine, tu rencontreras d’autres enfants au RAM et tu feras des activités qui vont t’amuser.
Il me tarde de te connaître avec les autres, ce que nounou dira de toi, tes facéties… Et des bêtises aussi !

Je ne peux pas te garder avec moi toute ma vie. Je me sens assez nulle dans ce rôle de maman d’ailleurs. Trop besoin de travailler, de m’y consacrer vraiment. Besoin de respirer pour mieux apprécier et mieux donner.

Alors pourquoi je culpabilise ? Pourquoi je me sens nulle d’avoir besoin de ne plus être tout le temps avec toi ? Pourquoi je le vis mal alors que je suis maman deux fois ? Je ne suis plus une débutante tout de même !
Je sais que nous allons tous deux y gagner à être un peu séparés. Bien sûr il y aura les autres jours… Finalement ce sont seulement 3 jours…

Mais voilà. Ce temps précieux qui file entre mes doigts. Quand je vois ta grande sœur qui aura bientôt 5 ans, qui avait 18 mois quand on est arrivé dans cette ville, je me rends compte que le temps est passé dans un bruissement d’aile de papillon aussi furtif que discret.
Bientôt tu seras aussi grand qu’elle. C’est tout le mal que je te souhaite.
Mais ces premières années sont si douces… Je me souviens déjà avec nostalgie de ton début de vie pas simple pour moi, à te porter sans cesse… Et pourtant ce week-end j’ai eu le cœur tout ramolli en voyant des bébés tout endormis en écharpe et autre sling… Ce temps est désormais révolu…
Tu marches, cours presque, veux tout le temps marcher, accepte peu d’être porté… Tu es bien vivant et tu as soif d’autonomie… Avec quelques câlins bien placés.

Alors mon tout petit, je te promets qu’on apprendra à se séparer, doucement, on prendra le temps. Plus qu’il ne faut.
Et on aura tant de plaisir à se retrouver et à se raconter nos journées.

Dis, tu m’en veux pas dis ?

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Je ne veux pas de tes miettes

Je n’en veux pas de tes miettes.
Je te les retourne d’un revers de la main.
Elles ne viendront pas me salir.

J’en veux pas de tes miettes de miettes.
Garde-les. Étouffe-toi avec.
Je ne veux plus qu’elles me restent en travers de ma gorge
Ou qu’elles viennent émietter mon cœur.
Le réduire à néant.
Et me laisser là, sans-cœur.

Tes miettes, elles me pèsent sur l’estomac
Et sur ma vie.
Je ne les digère plus tes miettes,
Et je te les vomis.

Mets-les sous le tapis de tes regrets, tes miettes.
Derrière ce faux voile de pudeur.
Elles ne viendront pas saupoudrer ma vie de culpabilité.
Pas cette fois.
Elles ne viendront plus gripper le rouage de ma vie.
J’espère.

Elles ont veilli tes miettes et elles me suffisent plus.
Elles puent tes miettes, elles puent le rance, l’égoïsme et le mensonge.
Elles sentent le convenu, l’obligé, l’obligatoire.

Elles manquent de générosité et de corps.
De moelleux… et d’amour.

Moi tes miettes, je les fais valser, d’un coup d’aile,
Pour trouver mon envol et gagner ma liberté.
Tes miettes, c’est tout ce que tu peux me donner.
Tout ce que tu as pu récolter…

C’est tout ce que tu aurais pu en faire aussi.
Un joli fond de tarte, une jolie recette,
Celle de l’amour d’un père pour sa fille
D’un être pour sa propre chair.

Ces miettes-là, en tout cas,
Elles ne viendront pas entacher mes enfants,
Quitte à ce que je te les fasses avaler tes miettes,
Pour ma survie, pour la leur.

Et moi, quelle place je laisse dans mon existence à mes enfants ?
J’ai peur de la réponse.
J’espère juste que je parviens à leur donner la plus belle part du gâteau…

Et moi à ne pas me servir que des miettes.

Le jour et la nuit

Il est passé où ton sourire ?
Je l’ai rangé dans un placard,
Sous des couvertures de fatigue,
À côté de la pile des mots doux.

Je l’ai rangé en attendant des jours meilleurs,
Quand je pourrais mettre mon manteau de compréhension,
Parti ailleurs pour une destination inconnue,
Rejoindre sans doute des heures de sommeil perdues.

Je dois lancer des investigations
Avant de perdre sa trace totalement,
Sinon je risque de ne plus la trouver
Et finir par l’oublier.

Qu’as-tu fais de ta joie de vivre ?
Je l’ai laissée filer entre mes doigts,
Comme le sable du marchand de sommeil.
Je l’attends impatiemment, sur le palier de ma tristesse.

Et ta patience ? Tu en as fait quoi ?
Je l’ai passée à la machine,
Par inadvertance, sans faire attention.
Elle a rétréci comme une peau de chagrin.
Il ne m’en reste qu’un petit bout rabougri.

Et où as-tu laissé les choses qui te faisaient vibrer ?
Dans une autre vie, que je ne regrette pas mais où au moins j’étais moi, enfin.
J’avais trouve le chemin de mon bonheur.
Sa clé est tombée au fond d’un puit rempli de mes larmes quotidiennes.
Je sais où elle est, il faudra juste du temps et de l’énergie pour la récupérer.

Mais où es-tu donc passée ?
Je me suis perdue dans le sourire de mon fils et dans les pleurs de ma fille.
Mon couple est un champ de ruine à l’image de ce corps que je peine à accepter.

Je vis en survivant à ces nuits courtes et entrecoupées, suspendant tout le monde à ma fatigue.
Je n’aime pas celle que je suis en ce moment mais je garde celle que j’étais en tête, pour ne pas oublier que tout ça n’est que le masque de fatigue, que le carnaval des ombres cessera, que la vie vue sous le prisme de mon manque de sommeil n’est pas la réalité.

Bientôt je reviendrai, je serais à nouveau moi, douce et gentille, compréhensive… Passionnée, pétillante et heureuse de vivre.
Mais quand ?

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