Le jour et la nuit

Il est passé où ton sourire ?
Je l’ai rangé dans un placard,
Sous des couvertures de fatigue,
À côté de la pile des mots doux.

Je l’ai rangé en attendant des jours meilleurs,
Quand je pourrais mettre mon manteau de compréhension,
Parti ailleurs pour une destination inconnue,
Rejoindre sans doute des heures de sommeil perdues.

Je dois lancer des investigations
Avant de perdre sa trace totalement,
Sinon je risque de ne plus la trouver
Et finir par l’oublier.

Qu’as-tu fais de ta joie de vivre ?
Je l’ai laissée filer entre mes doigts,
Comme le sable du marchand de sommeil.
Je l’attends impatiemment, sur le palier de ma tristesse.

Et ta patience ? Tu en as fait quoi ?
Je l’ai passée à la machine,
Par inadvertance, sans faire attention.
Elle a rétréci comme une peau de chagrin.
Il ne m’en reste qu’un petit bout rabougri.

Et où as-tu laissé les choses qui te faisaient vibrer ?
Dans une autre vie, que je ne regrette pas mais où au moins j’étais moi, enfin.
J’avais trouve le chemin de mon bonheur.
Sa clé est tombée au fond d’un puit rempli de mes larmes quotidiennes.
Je sais où elle est, il faudra juste du temps et de l’énergie pour la récupérer.

Mais où es-tu donc passée ?
Je me suis perdue dans le sourire de mon fils et dans les pleurs de ma fille.
Mon couple est un champ de ruine à l’image de ce corps que je peine à accepter.

Je vis en survivant à ces nuits courtes et entrecoupées, suspendant tout le monde à ma fatigue.
Je n’aime pas celle que je suis en ce moment mais je garde celle que j’étais en tête, pour ne pas oublier que tout ça n’est que le masque de fatigue, que le carnaval des ombres cessera, que la vie vue sous le prisme de mon manque de sommeil n’est pas la réalité.

Bientôt je reviendrai, je serais à nouveau moi, douce et gentille, compréhensive… Passionnée, pétillante et heureuse de vivre.
Mais quand ?

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Il est comme ça…

Mon Zébulon est un enfant tout ce qu’il y a de plus normal.
Il fait tout bien comme c’est marqué dans les livres : les sourires, les « areuhhh », tout.
Il est comme ça mon Zébulon.

Sauf pour une chose : le sommeil.
Il y a dû y avoir un raté à la commande. Une option que l’on a dû oublié de cocher dans la précipitation. Ou alors une astérisque que l’on n’a pas vu. Celle qui disait, à l’option « trop mignon » : « Attention, cette option n’est pas cumulable avec l’option « je dors seul dans mon lit la journée ». »

Ou alors je ne sais pas.

Pourquoi donc cet ourson ne dort-il jamais seul ? Oh, je mens : depuis qu’il est né il a dû dormir… 4-5 heures tout seul. Il n’est pas de ces bébés qui s’endorment dans les bras, pouf comme ça. Il n’est pas de ceux qui dorment en poussette, même après 30 minutes de balade.

D’ailleurs, cela est simple : il ne s’endort pas seul. Il nous fait comprendre qu’il a besoin de dormir… Pour qu’on l’endorme. Doigts dans la bouche, yeux frottés, tête qui boude, le message est clair. On doit lancer le ballet de Morphée. À bout de bras, en écharpe, voilà qu’il faut marcher et le bercer jusqu’à ce que, de guerre lasse, il finisse par céder et tomber dans le sommeil… Pas toujours profond. Si bien que si l’on s’assoit parfois il bougonne et se réveille… Et nous voilà repartis dans un deuxième ballet… Un ballet que parfois je suis la seule à mener, car parfois il n’y a que moi qui peux le porter.

Il est comme ça.

À un mois, je me disais qu’il était encore petit. À deux, que ça allait changer, petit à petit. À bientôt trois mois, rien n’a changé, c’est même de pire en pire. Et moi je commence à désespérer, dégoupiller.

Il ne s’endort pas plus en voiture. Même si l’on fait 40 minutes de trajet alors qu’il vient de téter. Il peut même pleurer d’un bout à l’autre du trajet. Sans pouvoir le consoler.

Il est comme ça…

Il ne reste pas non plus profondément endormi quand, après l’avoir porté, on le pose délicatement, tout doucement. Avec doudou, sur le côté, avec un tee-shirt que j’ai porté. Sur le dos, sur notre lit, dans le sien, dans le Cocoon a baby… On a essayé de le laisser s’endormir. Au choix : il peut rester éveillé très longtemps pour finir par pleurer ou pleurer direct. On pourrait le laisser pleurer un peu, certains bébés ont besoin de pleurer pour s’endormir. Oui on pourrait. Sauf que très vite ses pleurs deviennent sanglots, il s’agite en spasmes, tousse, s’étouffe, complètement paniqué ou angoissé jusqu’à ce qu’on le prenne. Et qu’on parvienne à l’apaiser au bout de longues minutes.

Il est comme ça ?

Il dort la nuit dans son lit quand je l’y dépose endormi. Il se réveille doucement, porte ses mains à la bouche pour dire qu’il a faim… Il a donc l’habitude de son lit. De notre chambre. De ces lieux… mais la journée, on ne peut l’y coucher. Même en restant à côté.

Est-il vraiment comme ça, ou y a-t-il une raison à cela ? Et si c’était un RGO interne à cause de mon REF ? Serait-il un BABI ? Ai-je loupé quelque chose ? Je l’ai mal habitué, pas assez tenté de le coucher seul, ou je réponds trop vite à ses pleurs ? Ou peut-être je ne sais plus comment ça marche un bébé ?

Quand je parviens à me dire « il est comme ça » et à commencer à l’accepter, des personnes me font douter… Et on me prend pour une zinzin. On trouve pas ça normal qu’il dorme que comme ça… Contre moi.

Et moi, comment je fais pour travailler, me reposer, ne pas exploser ? Comme l’impression d’être prise en otage, un otage d’amour mais sans liberté…

Alors je prends mon doux mal en patience et me dis qu’après tout, ça ne va pas durer… Du moins pas des années…

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