Poussières de lumière

Ah tiens, je le vois un peu le bout du tunnel.
C’est encore flou.
Il est loin.
Enfin je crois que c’est lui.

A y voir de plus près,
Une trainée de poussière de lumière commence à joncher mon sol.
Je la foule du bout de mes pieds.
Doucement.
Timidement.

Chaleureusement.
Avec un peu de bonheur.
Pas totalement, on ne sait jamais,
Que cette poussière soit soufflée par un battement d’ailes de papillon.
Ceux que j’ai dans mon ventre,
Qui m’animent et me font peur parfois.

Peur de ne pas être assez,
D’être trop.
De ne pas réussir avec mes enfants.
Avec mon homme.

Peur d’être coincée,
Par l’amour de mes enfants
Qui se paie au prix d’une grande responsabilité : leur vie.
Une douce folie.

Et puis toi mon Zebulon,
Si mignon, si souriant, qui me laisse de répit à peine quelques heures la nuit.
Qui a besoin de moi, tellement.

A moins que cela ne soit l’inverse.
Et si j’avais peur, de te perdre, terriblement.
Si la mort rôdait depuis trop longtemps dans ma tête.
La guerre héritée, l’histoire de ma mère, les drames familiaux, un enfant mort, mon grand-père…
Faire le vide dans ma tête
Dans mon histoire,
Dans son histoire.

Et si à vouloir trop bien faire, on se perd.
Et si à vouloir trop bien faire on oublie l’essentiel : écouter ce que cet enfant a à me dire.
Arrêter de vouloir tout expliquer
De toujours vouloir trouver des réponses,
Arrêter de n’avoir pas confiance en moi,
Ne plus regarder sa montre,
Ne plus essayer de contrôler.
Juste accepter.

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Le jour et la nuit

Il est passé où ton sourire ?
Je l’ai rangé dans un placard,
Sous des couvertures de fatigue,
À côté de la pile des mots doux.

Je l’ai rangé en attendant des jours meilleurs,
Quand je pourrais mettre mon manteau de compréhension,
Parti ailleurs pour une destination inconnue,
Rejoindre sans doute des heures de sommeil perdues.

Je dois lancer des investigations
Avant de perdre sa trace totalement,
Sinon je risque de ne plus la trouver
Et finir par l’oublier.

Qu’as-tu fais de ta joie de vivre ?
Je l’ai laissée filer entre mes doigts,
Comme le sable du marchand de sommeil.
Je l’attends impatiemment, sur le palier de ma tristesse.

Et ta patience ? Tu en as fait quoi ?
Je l’ai passée à la machine,
Par inadvertance, sans faire attention.
Elle a rétréci comme une peau de chagrin.
Il ne m’en reste qu’un petit bout rabougri.

Et où as-tu laissé les choses qui te faisaient vibrer ?
Dans une autre vie, que je ne regrette pas mais où au moins j’étais moi, enfin.
J’avais trouve le chemin de mon bonheur.
Sa clé est tombée au fond d’un puit rempli de mes larmes quotidiennes.
Je sais où elle est, il faudra juste du temps et de l’énergie pour la récupérer.

Mais où es-tu donc passée ?
Je me suis perdue dans le sourire de mon fils et dans les pleurs de ma fille.
Mon couple est un champ de ruine à l’image de ce corps que je peine à accepter.

Je vis en survivant à ces nuits courtes et entrecoupées, suspendant tout le monde à ma fatigue.
Je n’aime pas celle que je suis en ce moment mais je garde celle que j’étais en tête, pour ne pas oublier que tout ça n’est que le masque de fatigue, que le carnaval des ombres cessera, que la vie vue sous le prisme de mon manque de sommeil n’est pas la réalité.

Bientôt je reviendrai, je serais à nouveau moi, douce et gentille, compréhensive… Passionnée, pétillante et heureuse de vivre.
Mais quand ?

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Les mères épuisées… un sujet que je connais

Hier soir, comme beaucoup de femmes, j’ai regardé Zone Interdite sur les mères épuisées.
Je voulais savoir comment ils allaient en parler.
J’ai d’abord été choquée par l’extrémité des cas présentés. Pourtant c’est la réalité.
Une jeune femme, bien sous tout rapport qui sombre dans la dépression.
Un mari qui élève seul ses deux enfants de 5 ans et 3 ans… le dernier étant handicapé : sa mère, sur un coup de folie, l’a jeté à terre alors qu’il n’avait que 6 semaines, le laissant handicapé à vie.
Une autre femme qui ne se sent pas mère, anorexique…
Puis cette femme aux Etats-Unis, qui a tué ses trois enfants en les droguant avec des somnifères puis en les étouffant.
Étouffer ses enfants, mettre fin à ses jours pour que « tout » s’arrête, cette vie de mère qu’elle ne peut plus supporter, cette vie qu’elle n’arrive plus à mener.

Puis, je me suis dit qu’effectivement, ces cas extrêmes devaient être montrés. Pas trop diabolisés.
Un documentaire pas assez étayé à mon goût, mais sûrement salvateur pour bien des femmes, pour la société même.
Un documentaire où j’ai ressenti la violence de la douleur d’une mère séparée de son enfant, malgré les gestes ou les pensées dangereuses qu’elle a pu avoir.
La tristesse de voir ces enfants victimes… Alors qu’ils n’ont rien demandé.

Les premières à délier les langues ont été Stéphanie Allenou, maman de trois enfants qui a littéralement pété les plombs, et Sophie Marinopoulos, spécialiste de la question de l’infanticide (elle a écrit « Infanticides et néonaticides » et « La vie ordinaire d’une mère meurtrière »). Et justement, elles étaient invitées sur le plateau de l’émission après le reportage.

Beaucoup de blogueuses en ont parlé dans leurs billets du jour, et tant mieux. Chacune a son avis, chacune a sa lecture de l’émission et de la question. Le principal : c’est d’en parler.

Parce que le pétage de plomb, il peut nous toucher toutes. Personne n’est à l’abri.
Pourquoi cela arrive ?
Comment le prévenir ?

Je pense sincèrement que les chemins sont divers pour arriver à de tels extrémités. Mais ce qui est sûr c’est que l’isolement est un indice à ne pas prendre à la légère et la fatigue récurrente.
Fatigue physique, morale, surcharge de travail à la maison, manque de reconnaissance de son rôle de mère, manque de soutien par le conjoint ou la famille, pression sociale pour être une mère parfaite, pression personnelle pour mieux réussir que sa mère, ou assumer de front travail et vie personnelle.
Ce sujet de mère épuisée, je l’ai déjà évoquée ici. Au moment de la rentrée, moment à mon sens critique pour les mamans.
Ce sujet, il me touche particulièrement.

Parce que je pense que ma mère était une mère épuisée. Voilà ce que m’a fait réaliser cette émission.
Isolée, sans travail, peu de relations sociales, pas de sortie avec son mari, aucune aide de sa belle-mère, pire : du rejet. Ma mère a fait comme elle a pu. Pour survivre à la maternité.
Elle n’a pas été aidé, c’est rien de le dire.
Elle ne devait pas flancher.
Elle faisait tout dans la maison. Le manger, les courses, s’occuper de nous.
Mon père était peu là.
Elle aurait pu reprendre le travail. Mais il ne voulait pas.
Elle s’est consacrée corps et âme à sa vie de famille.
S’enfonçant doucement dans une dépression.
Longue.
Douloureuse.
Ma mère, elle était dépassée. Comme ses mots dépassaient sa pensée, ses gestes dépassaient l’entendement.
Elle nous disait parfois sa souffrance de ne pas avoir de merci. Que ça soit normal tout ce qu’elle fait.
Elle nous disait qu’elle n’était rien dans sa maison.
Elle nous criait son manque d’estime d’elle.
Pourtant, de l’extérieur, tout paraissait bien.
Elle donnait le change : sourire en façade, tirée à quatre épingles…
A mon grand désarroi…
Derrière tout ça le désarroi, d’une autre petite fille, elle, ma mère, mal aimée, aimée comme ses parents ont pu.
Parce que derrière une mère épuisée, il y a toujours des blessures, des ratés.
Je ne dis pas ça pour excuser, juste pour dire qu’à nous aussi cela peut nous arriver.

Aujourd’hui, il faut que je sois vigilante.
Moi, la fragile.
A ne pas faire comme elle.
A ne pas se terrer dans le silence.
Dans la souffrance.

Alors j’écris, je dis à qui veut bien l’entendre, ou le lire, qu’être mère, c’est la chose la plus incroyable qui soit sur Terre, mais c’est sans doute aussi la plus difficile, celle qui nous fait côtoyer nos vieux démons… pour finalement nous aider à les surmonter.

Pour avoir des informations sur les mères épuisées (ouvrages, association d’aide), c’est par.

Le site de Maman Blues, site de soutien, d’écoute et de conseil.

Et pour lire d’autres billets sur cette émission et les mères épuisées :
– Chez Miss Brownie : Tu n’as jamais eu des idées comme ça. Rassure-moi ?
– Chez Baby Pop : Mères au bord de la crise de nerf. Vraiment ?
– Chez LMO : Maman au bord du gouffre…
– Chez Maman Doudou : Souffrir d’être mère… instinct maternel entre mythe et réalité
– Maman Travaille : Zone Interdite, lecture du livre Mère épuisée de Stéphanie Allenou

Mes Vendredis Intellos

Oui, je sais ce que tu vas dire : dis-donc, on te voit plus par ici.
Pas le temps, l’énergie.
Non mais je ne déprime hein : j’ai juste eu une grosse pharyngite suivie d’une grosse sinusite infectée. Miam !

***Et puis je te rappelle que tu peux aussi me retrouver sur le blog des Vendredis Intellos, une à deux fois par semaine, pour mes pérégrinations neuronesques.***

Ben oui : tous les vendredis, j’agite le bocal à neurones (pas très rempli si t’as bien suivi) pour réfléchir à des thèmes divers et variés au gré de mon humeur ou des découvertes que Mme D. partage.
Cette semaine, une fois n’est pas coutume, je te parle d’un livre pour ne pas être une mère parfaite. Mieux : pour apprendre à être imparfaite. C’est une bonne idée ou bien ?

Parce qu’à trop vouloir être des mères parfaites, on frôle le burn-out, tu sais le pétage de plomb maternelle. Et y’a de quoi. Cette semaine le thème est à nouveau à l’honneur avec Madame Koala qui nous amène des éléments de réponse sur les raisons de ce mal qui se répand (un peu trop) ces derniers temps.

Journée de la femme oblige (le 8 mars pour celles du fond qui n’ont pas suivi), la question de l’égalité des sexes est légitimement revenue sur le tapis : et pour cause, il reste bien des choses à faire. Juliechall évoque la discrimination au travail des femmes par rapport à leur maternité. Sissietlalaloute aborde elle la question de l’égalité des sexes dès le berceau : des pistes étonnantes. Enfin, un joli billet sur les grands-parents signé Une mère ordinaire, qui pourrait (presque) me réconcilier totalement avec ceux de ma Zouzou. Mais bon, le rôle des VI c’est d’agiter les neurones, pas de faire des miracles.

***Et les mercredis, comme je suis une Tata Neurone, ben j’écris aussi des mini-débriefs pour mon plus grand plaisir.***

Je profite aussi de ce billet de sélection pour les vendredis intellos pour te parler de Mère Courage, la très talentueuse illustratrice qui a permis de faire l’habillage du blog des VI avec brio.
Alors elle a un blog, . Moi, perso, j’adore cet humour pince-sans-rire et les dessins efficaces. Je suis assez fan à vrai dire. Elle me tire toujours un petit sourire.

Et puis elle sévit tellement qu’elle est devenue pro : son site pro, c’est .

***Je précise : si t’as envie de nous rejoindre, pas de complexe, tous les neurones sont la bienvenue. Le but : réfléchir sur la maternité et l’éducation. Grosso merdo. Pour des infos plus claires, tu vas là-bas.***

Sur ce, je te dis à dimanche : ben oui, demain j’ai BF et musée de la Mer avec l’Ours et ma Zouzou.

Kiss kiss.

Le dictionnaire des synonymes Le Gros Norbert

Quand on est maman, tout d’un coup, on ne sait pourquoi, les mots changent de sens. Insidieusement. Ils ne collent plus à la définition du dictionnaire. Pour devenir parfois de parfaits antonymes.

*** Mère, n.f. Syn. : coupable, bonne à tout faire, Wonderwoman.***
Un des synonymes c’est coupable. Pourquoi ? Toutes les mères le sont non ? Du matin au soir (en passant par la nuit, of course), du lundi au dimanche, de la naissance à 18 ans et plus encore, la mère est responsable de tous les problèmes qu’ont les enfants, c’est bien connu. Il est gay : c’est de la faute de la mère. Il est associable : sa mère l’a trop couvé. Il est célibataire : c’est à cause de sa mère trop présente… Ad libitum.

Comme autre synonyme y’a aussi bonne à tout faire. Ben oui, curieusement, les tâches domestiques de l’homme se transfèrent doucement et sûrement à la mère. Des enfants, hein, mais qui se transforme parfois à celle du conjoint. Courses, lessives, papiers administratifs, repassage, rangement, médecin, maladie, levers nocturnes pour dents-rhume-rien-trois fois rien-trucs qui cassent les couilles même si on n’en a pas (rayer la mention inutile), rentrée à préparer, achat des vêtements, repas divers et variés, j’en passe et des meilleurs, on devient apparemment plus douées pour tout cela. Puisque tout nous incombe ou presque. On devient aussi plus douée pour le pétage de plomb intempestif aussi appelé « burn out ». Cela fait plus classe de dire « en juin dernier j’ai fait un burn out » et moins désordre que de dire « j’avais envie de me jeter du 5e étage et de mettre ma fille dans le congélo ».

Sinon, le synonyme le plus connu, c’est Wonderwoman. Tu sais, cette héroïne qui n’existe pas. Non, on ne peut pas être canon, mère, souriante, forte, H 24. Non. Je te dis que non, c’est pas la peine de négocier.

*** Faire la grasse matinée, expression. Syn. : dormir jusqu’à 8h.***
Avant, grasse matinée, c’est 11h, voire 14h. Aujourd’hui, une grasse matinée, c’est dormir jusqu’à 8h. 9 heures ça devient indécent.
D’ailleurs, on ne dit plus « on a fait grasse matinée ». Non. « J’ai fait la grasse matinée ». Traduction : j’ai glandé au lit jusqu’à 10h pendant que l’Ours s’occupait de Zouzou, et comme elle criait en jouant comme un putois en rut un soir de pleine lune, je me suis levée.

***Vacances, n.f.pl. Syn. : torture.***
Avant, les vacances, c’était glandage, relâche, tranquilou bilou. Le programme : plage, farniente, repas entre potes, soirées à gogo et grasse mat’.
Aujourd’hui, vacances, c’est double peine (pas double péné, hein, au mieux « pene », les pâtes). Les mères attendent les vacances l’œil torve, la trouille au ventre, remontées à bloc par une dizaine de tubes de vitamines et tenues par les nerfs grâce à la caféine prise en intraveineuse. Les vacances, on les redoute, on les craint. On préfère presque continuer de bosser que d’y passer.
Au programme : on s’occupe des enfants, on leur trouve des jeux à faire, on essaie de pas les perdre en balade (ou pas trop longtemps du moins), on les suit au pas à la plage, on les habille en fluo au ski pour les repérer. Et on prie. Pour que les vacances se finissent vite et sans passer par la case « Urgences » pour un bras cassé ou des points à faire.

***Dormir, v. i. Syn. : insomnie ; réveils nocturnes.***
Au choix, deux phénomènes quand on devient mère : au mieux il disparaît de notre vocabulaire, au pire on en rêve toute la journée et le soir… on souffre d’insomnie. Avec des gnomes qui savent très bien entretenir cet état (voir définition « maman »).

***S’habiller, v. pr. Syn. : ne pas partir nue au travail.***
Si auparavant, on tentait d’« accorder ses vêtements de façon élégante, avec goût », quand on est mère, on relâche pas mal la pression. On met des vêtements juste pour avoir chaud, voire pour ne pas être nue, au mieux, pour cacher ses gros bourrelets rondeurs. Déjà, si on parvient à porter des fringues propres, cela tient du miracle… ou d’une organisation de forcenée (ou alors parce que tu as une femme de ménage ou une mère super top cool).

***Cuisiner, v.i. Syn. : faire cuire des pâtes.***
Si avant tu appréciais de passer un peu de temps en cuisine (… enfin surtout te faire livrer des sushis chez toi), quand tu mets bas, tu te rends très vite compte que la nourriture devient secondaire. Le vrai privilège, ce n’est pas bien manger, mais manger tout court, surtout les premières semaines de vie de la chair de ta chair. Ton plat de prédilection devient alors les pâtes 3 minutes. Et quand bien même l’envie te prendrait de manger autre chose, ton portefeuille a vite fait de se carapater quand tu passes en caisse ou que l’idée de commander des sushis te traverse l’esprit : tu as clairement d’autres priorités financières. Rappelle-moi qui a dit qu’un enfant ne coûtait rien, que je lui casse la gueule ?

***Belle-famille, n.f. Faux-ami !! Syn. : casse-couille/empêcheurs de tourner en rond…***
Attention : ceci est un faux-ami. Si la belle-famille tu l’appréciais avant la naissance de ton enfant, elle se transforme post-accouchement tel un mogwai qu’on aurait mouillé après minuit… Au mieux tu n’existes plus, au pire tout ce que tu fais avec SON petit-fils ou SA petite-fille, c’est de la merde.

Bon j’arrête là, je voudrais pas jouer les rabat-joie pour celles qui n’ont pas encore d’enfants faites-vous ligaturer les trompes. Et pour celles pour qui c’est trop tard qui en ont, je vous laisse enrichir cette liste loin d’être exhaustive…

Le Gros Norbert, le dictionnaire des synonymes de celles qui ont un enfant