A grands-parents, grandes casse-couilleries

En ce Vendredi Intello, j’ai décidé de parler d’un sujet qui me tient à cœur – et qui semble tenir à cœur bien des mamans et papas si j’en crois ce que je lis ça et là – j’ai nommé : les grands-parents. Tu sais, ces gens qui t’ont élevée (ou qui ont élevé ton Ours d’homme), ceux qui t’ont pété les couilles durant toute ton adolescence et à qui t’a dit un grand « merde » en partant de chez eux, ben ils sont de retour, they’re back : depuis que t’as un enfant c’est le cauchemar absolu. Même Chucky la Poupée en a peur.

Non mais c’est vrai, depuis que t’as un enfant, ils arrêtent pas :
– de te donner des conseils que t’as pas demandé bien sûr, sinon ce n’est pas drôle (au moins pire). Ex :  « Mais elle a faim, donnez-lui un biberon » (spéciale dédicace à ma Chuchu) ;
– de te rabaisser en te disant que ce n’est pas ce qu’il faut faire (« vous à 20 mois, vous étiez propre. Il faut que tu la mettes sur le pot ou que tu lui enlèves la couche – oui mais elle veut pas – oui mais moi j’ai fait comme ça et ça a marché ») ;
– de te dire que eux savent faire, puisqu’ils t’ont élevé et que t’en ai pas morte (non, pas encore… mais mon psy dirait sans doute bien des choses en somme) ;
– de faire des choses avec ou à ton enfant pour lesquelles tu es contre : la tétine, le bib, les glaces le soir… ;
– de kidnapper voire agresser ton enfant dès le pas de la porte de chez eux franchi ;
– de remettre en question ton autorité parentale devant tes propres enfants (genre « elle est pas gentille maman hein ») ou s’y substituer (« mais si c’est bon, t’as le droit »)
– de craquer pour des solutions de facilité en présence des parents au moindre battement de cil de l’enfant alors que nous savons ce qu’il faut faire ;
– de nous répéter « tu as vu, c’est moi qui lui ai appris ça, mamie/papi t’apprend des choses hein » : ça donne l’impression que les parents, eux, non. Je pense que les apprentissages, ce sont les parents qui doivent les faire. A mon sens, c’est dans cette relation affective qu’ils sont les plus fructueux.
– d’oublier qu’ils restent aussi nos parents ou nos beaux-parents…

Bref, pour résumé, ils n’ont de cesse de te casser les noisettes, de te torturer le gland, de te consumer ton air : de te casser les couilles, tout bonnement.

Et ça, c’est quelque chose que je ne comprends pas. Et qui me fout totalement hors de moi.

Comment certains n’ont pas un peu de bon sens pour rester à leur place, celle de grand-parent. Ils ont été parents, qu’ils apprécient leur relation avec leur petits enfants en tant que telle. Il n’ont pas de rôle d’éducation à avoir. Ils sont les gardiens des valeurs familiales, le point de repère quand la famille traverse des difficultés. Mais certainement pas le port d’attache ni le cocon de sécurité pour les petits-enfants.

Les grands parents sont indispensables à mon enfant, je sais. Et pour cela, je fais des efforts et mets de côté mes conflits relationnels avec mère, belle-mère, etc.

Mais parfois, ils peuvent avoir un effet dévastateur sur nous, les parents. Je me souviens avec douleur du Noël 2009. Ma Zouzou avait un mois, et mon allaitement n’était pas terrible. J’ai subi les regards et les critiques de plein fouet…

Brazelton le dit très justement : « Il n’est que trop facile pour des grands-parents de déstabiliser de jeunes et vulnérables parents. (…) Si vous voulez que vos enfants apprennent leur rôle de parent, offrez-leur votre soutien et votre compréhension, vous les aiderez beaucoup plus qu’en leur assenant des conseils ou des critiques. »

Brazelton définit assez bien, dans « Points forts de la naissance à 3 ans », ce que peut être un bon grand-parent :
« Rappelez-vous que vous n’êtes pas un parent, soyez un auditeur affectueux, ravi, et retenez-vous de donner des conseils.
– Ne vous précipitez pas vers les petits-enfants. (…) Observez le comportement du petit enfant. Au moment où son visage se détend et où il commence à jouer avec ses jouets, il est prêt à vous accepter.
(…)
– Mettez-vous d’accord à vos enfants sur les faveurs et les récompenses, afin qu’eux et vous sachiez exactement où vous arrêter.
(…)
Respectez les efforts de vos enfants pour apprendre la discipline à leurs enfants. Ils ont besoin que vous les aidiez. Ne les contredisez pas. Ne dites pas à vos enfants ce qu’ils doivent faire, surtout en présence de vos petits-enfants, ne critiquez pas pas vos enfants dans les domaines sensibles. (…) vos critiques sur la façon dont vos enfants les élèvent peuvent faire autant de mal que de bien – ou même plus – car vous risquez de détruire leur confiance en eux.
– Ecoutez et ne donnez de conseils que s’il on vous en demande. N’essayez pas de faire le professeur, ni pour vos enfants ni pour vos petits-enfants. Vous pouvez leur apporter des choses beaucoup plus précieuses – réconfort, affection, expérience, moments de tendresse, et sentiment de force, de stabilité. Soyez prêt à donner tout cela aux deux générations.
– Faites des compliments à vos enfants sur leur manière d’élever leurs enfants. Et donnez-leur une petite tape dans le dos ».

En somme, être un  bon grand-parent, c’est un peu de boulot. Mais c’est tellement profitable à tout le monde.

Les grands-parents ont un rôle primordial d’accompagnateur de leur enfant dans leur parentalité, une transmission de confiance, l’assurance qu’ils font bien. Une sorte de passage de relais. Ni plus ni moins. Ils n’ont pas de mission d’éducation. Ils sont les marques du passé, font revivre les souvenirs d’enfance, assurent la stabilité de la famille élargie.

Le hic c’est que les sociétés ont changé. Quelle place donne la société aux grands-parents, aux personnes âgées ? Elles n’existent pas et sont presque des fardots. Alors qu’ils ont tellement à nous apprendre.

Et puis les grands-parents s’immiscent dans l’éducation. Parce qu’ils sont un mode de garde pour beaucoup, ils sont encore actifs, ils sont dynamiques, voire, pire, ils refusent de vieillir et de se faire rencarder au rang de mamie, ou papi, des mots qui sonnent parfois comme une insulte.

Alors bien sûr, ils ne font pas exprès de blesser (quoique…), c’est sans doute là un réflexe de survie. Ou je ne sais quoi. Mais arrêtez de penser à votre petit plaisir égoïste… Être grand-parent, ce n’est certainement pas uniquement profiter de l’enfant et tout lui permettre.

J’en ai rencontré des grands-parents qui restaient à leur place et qui respectaient les consignes de leur enfants vis-à-vis de leur petit-fils ou petite-fille ; la relation grand-parent/enfant et grand-parent/petit-enfant était plus paisible et bien plus saine. Ils ont tout à y gagner. « Ce qu’il y a de mieux pour un grand-parent est le changement qui survient dans sa relation avec ses enfants. une fois que ceux-ci sont à leur tour parent, ils se trouvent, les uns et les autres, sur un plan d’égalité. » Et je ne retrouve plus le passage (mais il m’a suffisamment parlé pour que je retienne l’idée de fond), Brazelton ajoute que pour avoir une belle relation avec leurs petits-enfants, il faut qu’ils entretiennent celle avec leur enfants et leur belle-fille ou beau-fils. Logique en somme…

Il y a mille façons d’être grands parents. Mais il y en a pas 36 000 de respecter ses enfants dans leur rôle de parents.

S’il ne fallait retenir qu’une chose : laissez-nous notre place de parents.

Merci.