Ne plus (sup)porter

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18h56. Je suis seule dans ma cuisine. Je fais la vaisselle du repas du soir en train de cuire dans le four.
Des larmes coulent le long de mes joues.
Une colère réchauffe mon ventre.
Je sature. Je craque.
21 mois que je porte mon Zebulon.
21 mois que je supporte ses cris, ses pleurs, ses colères qui le font presque vomir.
21 mois que je suis obligée de le porter.
Tout le temps quand il est avec moi à la maison.

18h56. Le repas est en train de gratiner doucement.
J’ai mis plus d’une heure à le préparer.
Par obligation.
Sans joie, presque sans amour.
Mes plats sont fades et ratés en ce moment.
Parce que tous les soirs, je suis obligée de faire à manger en le portant.
Alors oui c’est chouette c’est mignon. Quand ce n’est pas subi.
Mon dos n’en peut plus. Il me crie à l’aide. Aller voir un ostéo ? A quoi bon, le soir même je vais devoir le porter.
En sling s’il vous plaît. En décalé.
Sur ma hanche il pèse, et sur mon cœur aussi.
Ce petit ange, il est aussi drôle et attachant qu’il est collant et exigeant.

18h56. J’ai déjà trop crié.
Crié mon incapacité à prendre sur moi ce soir.
Des mois et des années de nuits hachées. Pas toutes, juste assez pour me flinguer.
2-3 d’affilée.
2-3 sans réveil pour espérer.
Rêver qu’un jour il ne se réveille plus la nuit.
Et qu’elle m’appartienne enfin.

Mon asthme m’achève.
Mon couple est en réanimation.
J’ai encore beaucoup de chemin pour devenir la maman calme de ce petit Zebulon.

Pourquoi ? Pourquoi a-t-il autant besoin d’être porté ?
Le week-end il exige les bras de son père.
Et quand il doit s’absenter, je le récupère mon greffon-mignon.

Et sa sœur… Le temps manque pour m’occuper d’elle. Les siestes du mercredi sont toutes rabougries… Siestes de son frère si précieuses pour passer un moment toutes les deux…

Alors il n’y a rien de grave.
Il se porte bien.
Moi aussi je vais bien, ne t’en fais pas.
Juste que je ne comprends pas mon incapacité à prendre sur moi.
A assumer mon rôle de mère.
Faire à manger, torcher, lessiver, c’est la vie dont j’ai rêvée ?
Il est où le problème ? C’est moi ? Cet appartement étriqué ? Mon travail du soir ? Le manque de projet faute d’argent ?
Le manque des grands-parents ? Personne qui peut prendre le relai pour que mon Ours et moi nous retrouvions ?
Le problème c’est juste moi, moi et ma colère que je digère depuis que je suis née.

Bien sûr il y a des moments de grâce, les balades avec mon Zebulon, à la découverte des canards, de la nature, les doux moments avec ma Zouzou toujours pleine d’esprit.
Ce week-end d’anniversaire juste doux et tendre comme un doudou.
Il y a des soirs où la magie opère, où cette vie me rend pleinement heureuse.
Mais ce soir, à 18h56, j’aurais juste aimé être à des milliers de kilomètres, dans une toute autre vie.

 

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