Être mère et travailler : une équation à multiples inconnues (Vendredis Intellos)

Travailler, une liberté précieuse que les femmes ont pu acquérir au prix d’une lutte acharnée pour leur indépendance. Le droit de vote a été proclamé en 1944 (18 ans après les anglaises… 10 ans après les turques…), puis le droit de travailler sans demander l’autorisation à leur mari en… 1965. Ahurissant. C’est simple : les bras m’en tombent.
Depuis, on a de cesse de faire notre nid dans le monde du travail, tant bien que mal… et certains diront plus mal que bien. Car désormais, comme on a voulu travailler, on a aussi le droit de tout assumer.

Ce sujet que je traite pour les Vendredis Intellos me tient particulièrement à cœur. Je viens de créer mon auto-entreprise. Alors que je n’ai pas de mode de garde pour toute la semaine (et est-ce que j’en veux un d’ailleurs ?). Et que j’ai participé à une étude passionnante sur le mumprenariat rondement menée par deux… femmes bien sûr, Aude d’Andria et Katia Richomme-Huet (si vous êtes une mumpreneuse et que vous souhaitez participer à l’étude, écrivez à aude.dandria@cegetel.net). Le fait de créer mon entreprise est une conséquence de plusieurs facteurs : l’envie, le tempérament d’entreprendre, mais aussi une réponse à un mode de garde partiel. Rester sur le bord de la route d’un point de vue professionnel, je sais que cela risquait d’être dommageable pour moi. A 30 ans, il me reste combien pour faire mes preuves ? Moi je dirais 10 ans, pas plus. Pourtant cela n’a pas été simple de prendre cette décision…

Car être mère et travailler semble parfois incompatible. D’un point de vue physique : travailler à 100 % la première année de l’enfant est tout bonnement épuisant. Surtout si l’on habite une grande ville et que l’on passe du temps dans les transports. On se retrouve obligée à être parfaite partout : au travail, sinon on est cataloguée ; vis-à-vis de l’enfant, sinon on est jugée… déjà qu’il ne nous voit pas de la journée ; parfois avec son homme, qui ne comprend pas toujours que l’on veuille travailler. On se retrouve obligée à développer un sens de l’organisation exacerbé. Une incompatibilité parfois aussi d’un point de vue psychologique : dur de se dire qu’on va retravailler et que c’est la bonne décision pour nous ET pour le bébé. Entre envie de travailler, besoins financiers, épanouissement de la femme, bien-être du tout-petit,  équilibre familial, voire même du couple, on l’a toute compris : des milliers de questions trottent dans nos têtes de mamans.

Il y a d’ailleurs fort peu d’études qui portent sur les méfaits ou les bienfaits de la reprise du travail dans la première année de vie de l’enfant. Elle a relayé l’une d’entre elles menée aux États-Unis en 2010 et qui va déculpabiliser les mamans : « Après avoir suivi le développement et les caractéristiques familiales de plus de 1.000 enfants âgés de 0 à 7 ans, les chercheurs en ont conclu que les inconvénients de reprendre le travail pendant la première année de vie d’un enfant sont compensés par un certain nombre d’avantages. D’où un effet neutre sur le bien-être de l’enfant. Ainsi une mère qui travaille est en général plus épanouie et aurait tendance à montrer un peu plus de « sensibilité maternelle » qu’une mère au foyer ». Cette étude nous rappelle ainsi que ce n’est pas forcément le temps passé avec l’enfant qui fait la qualité de la relation. Mieux vaut une femme heureuse de travailler que triste de rester à la maison.

Mais encore faut-il avoir vraiment le choix de ne pas reprendre ou de reprendre : dans le premier cas, il faut avoir les moyens de rester à la maison avec, si c’est le premier enfant,un complément de libre choix d’activité (CLCA) que donne la CAF de 379,79 € pour un congé parental, jusqu’au 6 mois de l’enfant. Avec donc 180 € de PAJE. Soit un total de revenu de 560 €. Y’a pire… mais y’a mieux. Si tu n’a pas mis 3 000 € de côté pour vivre avec un SMIC par mois, tu es (collée) serrée niveau budget. A moins que le papa gagne bien sa vie.
Dans le deuxième cas, il faut… avoir un mode de garde. Soit une nounou, qui coûte un bras et deux yeux (800 € environ pour un temps plein en crèche avec une aide allant de 169 à 448 €), soit la crèche. Mais ça, la crèche, si t’as une place, t’as de la chance. Pourtant, ce mode de garde reste voulu par les parents, notamment pour des questions financières (je le rappelle, les coûts de crèche sont « proportionnels au revenu familial et au nombre d’heures de garde par mois »)… que l’on peut comprendre, même si personnellement je suis contente d’avoir mise ma Zouzou chez une nounou à 3 mois et non en crèche, moins adapté à mon sens à des petits bouts.

J’ai réussi à trouver une étude sur l’effet de l’obtention d’une place en crèche sur le retour à l’emploi des mères et leur perception sur le développement de l’enfant. Qui est sans équivoque : une place en crèche représente une possibilité importante de reprise de travail.

Car, qu’on ne se leurre pas : les effets d’un arrêt du travail pendant une longue période a des répercussions certaines sur la carrière des mères : « Les évaluations existantes suggèrent que les ruptures de carrière de longue durée (deux ans ou plus) retardent et ralentissent très significativement l’évolution des rémunérations des femmes tout au long de leurs carrières. » Alors que les femmes qui ont vécu au foyer sont d’excellentes gestionnaires. Et ont une réelle plus-value d’un point de vue professionnel par rapport aux nullipares. Eh oui, mettre au monde un enfant rajuste sa vision du monde professionnel et donne beaucoup de confiance personnelle.

On est clair : il faut plus de places en crèche. Ou augmenter les allocations quand on reste au foyer. Augmenter les places en crèche même si cela est très coûteux – une place coûterait 17 000 € par an dans une ville comme Grenoble – mais permet à la femme d’avoir la même liberté que l’homme de travailler et de s’épanouir personnellement. Ce qui est profitable à l’enfant au final. Maman heureuse = maman disponible pour bébé = bébé heureux.  Augmenter les allocations pour les mères au foyer : pour que cela soit reconnu comme un travail et ne pas rendre la femme dépendante des revenus du mari. On élève la France de demain, juste… Donc si on nous donne pas les moyens… (Ouh, je parle pas de l’éducation nationale… parce que sinon ça va m’énerver, petit parent pauvre des budgets de l’état…)

Le must : développer des temps partiels dans des secteurs plus intellectuels. Mais ça, cela reste de l’utopie malheureusement…

Ceci était ma contribution aux XIe Vendredis Intellos de Mme Déjantée !

Le débrief des Vendredis Intellos : le fil invisible de l’attachement

L’attachement est un lien indéfectible intimement lié à l’amour et qui s’établie entre les êtres humains et plus particulièrement entre la mère et son enfant. Il scelle ce duo fusionnel et renferme en même temps en lui cette notion d’individualité des deux partis (peut-être en opposition avec le mot fusion à mon sens) : la mère et l’enfant sont différents mais attachés l’un à l’autre, indissociables l’un de l’autre. Lire la suite

Les Vendredis Intellos : écouter les peurs de nos enfants

Il n’y a pas plus terrible émotion que la peur. Il n’y a pas pire que de nier cette émotion chez un enfant ou de l’amoindrir.
A la peur peut alors se mêler un sentiment de honte, ou s’amplifier en terreur.
Écouter ces peurs sans juger et les accompagner, c’est juste une autre manière d’aimer son enfant.

Le cri de Munch, un tableau qui me fait peur

De manière générale parler, écouter, laisser exprimer les émotions n’est pas si naturel dans nos sociétés occidentales, notamment particulièrement à mon sens en France, en opposition aux pays latins comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie.

Alors quand il s’agit de celles de nos enfants, y’a comme un malaise.
Ben oui, si on ne peut exprimer les nôtres, si un sentiment de honte sous-tend la peur, et si notamment on n’est pas en paix avec nos propres émotions, celles de nos enfants nous arrivent en pleine poire et nous sommes alors bien incapables de les recevoir ou de les accompagner. Comme un bouton d’ascenseur, les vieilles émotions de notre enfance remontent à la surface.

Isabelle Filliozat, qu’on ne présente plus, dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant » nous livre quelques conseils pour appréhender cette émotion si particulière qu’est la peur. Je dis si particulière, car elle est imprévisible (on ne sait pas toujours de quoi on va avoir peur), fait écho à un effet de surprise ou une situation menaçante, et représente à mon sens une émotion qui touche au domaine de la survie. Une émotion que Christophe André confère à ce qu’il appelle le « cerveau émotionnel archaïque ». Complexe, la peur revêt plusieurs aussi visages : de la simple inquiétude, à la crainte, l’anxiété jusqu’à la phobie, l’effroi, la terreur.

Ce que l’on oublie, c’est que les émotions sont ancrées dans notre corps. Ma Zouzou par exemple, quand elle a peur parce qu’on joue à cache-cache et qu’elle ne s’attendait pas à nous voir à cet endroit, me dit « peur » en touchant son corps entre le sternum et le plexus. Elle me dit où elle a eu peur. Chez l’enfant plus grand en général, elle peut se manifester physiquement par des maux de ventre… sorte de temple où se retrouvent de nombreuses émotions. Qui n’a pas ressenti enfant ces maux de ventre ? Qui a été écouté  et ne s’est pas fait accueillir avec un gentil « ça va passer, c’est rien » ? Non, ce n’est pas rien, mettre des mots sur ce mal physique, cette émotion, est salutaire. Dire « ce n’est rien », c’est rabaisser l’enfant et lui dire « ce que tu ressens n’est pas vrai ». Pourtant…

Si votre enfant est angoissé, a des phobies ou semble anxieux : ne vous posez pas la question, derrière tout ça se cache une peur.
Ce que l’on peut retenir en premier lieu :
– il ne faut pas forcer l’enfant à surmonter sa peur quand vous le décidez « Forcer à affronter est inutile, et renforce en général les peurs. Aider quelqu’un, enfant ou adulte, à dépasser une peur nécessite du temps, le temps que la peur laisse place au désir. Quand la décision d’affronter vient de vous, l’enfant le fait par dépendance et non par choix, il ne mobilise pas ses propres ressources, il ne se sent pas responsable. Être dépendant augmente la peur« . Voilà qui est dit. Elle rajoute « Brusquer un enfant n’est pas une méthode efficace pour l’aider à dépasser ses peurs et peut avoir des conséquences lourdes à long terme« . Tel qu’insécurité, difficulté à faire confiance, etc.

– il faut aussi se méfier des enfants qui disent n’avoir peur de rien : « Un enfant qui nie toute peur e en fait tellement peur… de sa peur, qu’il préfère ne pas la ressentir. Il la refoule dans les profondeurs de son inconscient. Elle ressortira tôt ou tard, plus ou moins déguisée ou déplacée. Il est naturel et normal qu’un enfant ait peur et il est important que nous, adultes, ne les incitons pas à un « courage » excessif« « .

A chaque peur – importante ou petite, démesurée ou justifiée – sa réaction.
Voici en résumé, ce que conseille Filliozat pour écouter et aider les peurs de votre enfant (pp. 131-171) :
peur du bruit : faire en sorte que l’enfant exprime « de la colère, affirmer sa propre puissance, diminue la crainte. Évoquer le souvenir du bruit et de la peur, en reparler autant que de besoin, permet de se reconstruire, de se rassurer.

peur de dormir : allez voir l’enfant quand il appelle, mettre une veilleuse, un massage après une histoire, l’écouter confier ses soucis « pour boucler les histoire inachevées », se coucher quelques minutes à son côté. Elle précise « les terreurs nocturnes qui réveillent l’enfant effaré en pleine nuit, disent les émotions mal gérées de la journée » : j’en suis intimement convaincu. Le bébé se décharge de sa journée le soir en pleurant. Quand il grandit, pourquoi ce besoin de vider le sac aux émotions avant de dormir n’existerait plus ? Ils n’ont pas à mon sens la capacité de digérer tout cela. Et nous, adulte, en sommes-nous capables ? Ne les laissons pas avec ces émotions…

peur des contes : Filliozat fait une très bonne digression sur les contes traditionnels p. 142 et 143. Comme elle je pense ces contes violents : « Lire un conte fait rarement progresser la conscience. Les contes anciens sont le reflets de la vie psychique. Mais sont-ils utiles à nos enfants ? Je pense que non. Ma pratique clinique m’a indiqué qu’ils pouvaient se montrer nocifs. (…) Le conte met en images des fantasmes de l’inconscient, des images susceptibles de renforcer les angoisses« . Tiens, ben j’y mettrais bien quelques comptines comme « Alouette » qui semble relater les fait d’un enfant sadique, et autres chansons avec des oiseaux qui se prennent des volées ou des coups de bâton.

peur des insectes, animaux… : (nb : passage culpabilisant pour les parents) ces peurs, aussi appelées phobies, sont en général véhiculés par des personnes de l’entourage de l’enfant (Des pièces comme la cave et le cagibi idem) car nos enfants n’ont pas naturellement peur des animaux et autres insectes. « Si l’autre a peur, c’est que ça doit être dangereux, il vaut mieux que j’aie peur. Des peurs injustifiées ou disproportionnées sont souvent des projections d’autres angoisses sur des objets éloignés de l’objet réel de la peur ou de la colère réprimée ».

peur de l’école, du professeur : « écoutez votre enfant (…) Ne craignez pas de déstabiliser votre enfant si vous exprimez un désaccord avec son enseignant ». En gros et pour résumé : ayez un oeil critique sur les peurs de votre enfant à ce sujet. Certains professeurs peuvent se montrer méchants et humiliant. Le mieux reste d’aller voir l’enseignant. Aussi, les autres peuvent être source de peur.

Au niveau du processus pour aider votre enfant quand il manifeste de la peur, je résume :
– respecter l’émotion ;
– écouter (en aidant l’enfant à exprimer sa vérité) ;
– accepter et comprendre (reconnaître l’émotion en lui disant qu’il a le droit de ressentir cette émotion) ;
– dédramatiser (notamment avec le « moi aussi j’avais peur de telle chose petit » en choisissant un peur différente) ;
– chercher des ressources intérieures et extérieures ;
– l’aider à libérer son énergie (chanter, crier, rire) ;
– satisfaire le besoin d’information (cela rassure) ;
– faire élaborer différentes réponses possibles face à la peur.

Enfin, si votre enfant est « peureux », plusieurs raisons à cela :
– surprotection parentale (le fameux « tu vas tomber »…. à remplacer donc par « tu peux tomber »)
– refoulement de la colère
– l’expression de peurs niées ou refoulées des parents : et oui, ça fait mal au cul de lire ça, mais c’est la vérité. On transmet nos peurs à nos enfants. Mais rien n’est perdu : « Pour soulager l’enfant peureux d’une crainte qui ne lui appartient pas en propre mais qui semble être le reflet de la nôtre, il est utile de lui parler de nous et lui signaler qu’il n’a pas à prendre nos émotions à son compte « . Simplissime (mais si, essaie tu verras ;))

Enfin, a la question que de nombreux parents se posent « les enfants aiment-ils se faire peur », la réponse est « non ». Comme ça, ça c’est dit.

C’était ma contribution au Xe Vendredis Intellos de Mme Déjantée.

La famille et les psys : « euh, quoi de neuf docteur ? » (mini-débrief Vendredis Intellos)

Si avant on lavait son linge sale en famille, depuis quelques années, une nouvelle tendance se dessine. A l’image de l’expansion massive des ouvrages de développement personnel, les livres consacrés à la cellule familiale pour soigner les maux par les mots commencent à trouver leur place sur les étals des librairies.

Il semblerait même qu’ils commencent à entrer dans les foyers français, preuve en est ces Vendredis Intellos… pour notre plus grand bonheur.

Avant, pour élever ses enfants, on ne se posait pas de questions : tant qu’il avait un toit, de quoi manger et dormir, ça allait. Lorsqu’à la maison ça se passait mal avec les enfants, on disait qu’ils étaient difficiles. C’était comme ça et pas autrement. Au mieux on en parlait au médecin de famille. Au pire, on laissait couler. Jusqu’à ce que, adulte, on finisse par souffrir de tous ces maux, mais aussi ces mots non dits.

Aujourd’hui, entre les livres et les émissions, on ne peut pas dire qu’on ne sait pas – encore faut-il s‘y intéresser un minimum. Les principales questions, notamment quand on n’a qu’un seul enfant, se posent essentiellement sur notre rôle de parent et sur ce que l’on veut donner comme éducation à son enfant. Pour prendre un chemin différent de nos parents, on a parfois besoin de s’appuyer sur des livres qui font écho en nous. Muuuum nous parle de Dolto et nous fait descendre fissa de notre piédestal de parent, si tant est que l’on y soit arrivé… en abordant le sujet de la vie expliqué (ou pas) à un enfant. Une leçon, plus que de psy, de philosophie.

Cela permet de garder une saine distance avec son enfant, pour lui laisser sa liberté d’être, et surtout la possibilité de devenir un adulte équilibré. Car parfois l’amour parental, notamment maternel, à tout l’air d’un amour fusionnel, formant un couple mère-fille alors autosuffisant… Bon, ça c’est ce que disent les « psys ». Glam Maman, elle-même maman, s’interroge sur la nocivité possible d’une relation proximale avec sa mère et où commence donc la relation fusionnelle. Etre proche de sa mère est primordial, mais le mot fusion évoque plus qu’une complicité, plus qu’une simple proximité. Le mot fusion signifie que la mère et la fille ne font qu’un… Et cela devient dangereux pour la mère, qui se sent perdue une fois sa fille partie du foyer, et la fille qui s’identifie à sa mère et ne peut exister en dehors de sa mère et trouver alors son propre chemin de vie. Un juste équilibre à trouver donc…

Et si un jour l’envie d’un deuxième nous prend, on continue à se poser des questions. Notamment la cruciale interrogation pour laquelle nul parent ne semble avoir trouvé LA réponse : quel écart idéal entre deux enfants ? On a envie de profiter du premier et en même temps on n’a pas forcément envie qu’ils aient 10 ans d’écart. Sans parler que l’on entend tout ! Pas avant deux ans, pas entre 3 et 5, moment de l’Œdipe, pas au-delà de 5 ans. A vouloir bien faire, on en oublie la raison. Les Bebous nous apportent une réponse réconfortante à travers un ouvrage prometteur « Savoir écouter un enfant » : il n’y a pas d’écart idéal ! Chaque famille a son histoire et apporte ainsi la réponse à cette question fatidique.

Et quand le deuxième est né – et plus si affinités -, les réflexions ne s’arrêtent pas là. Au premier enfant qui a essuyé les plâtres, disons-le clairement, succède un deuxième enfant… qui suscite bien des questions d’un ordre tout autre : les conflits. Désagréables, difficiles à gérer, les conflits au sein d’une fratrie sont pourtant nécessaires à mon sens, dans une commune mesure, comme dans toute relation entre humain. Tournicoti-Tournicoton nous donne des clefs ô combien précieuses pour les accompagner calmement d’après un ouvrage de Faber et Mazlish qui à l’air, ma foi, assez génial. Elle met notamment l’accent sur la culture de l’ « individualité » des enfants : « Les enfants n’ont pas besoin d’être traités tous pareils mais d’être traités chacun spécialement. » Alléluia ! En pratique : on co-mmu-nique ! La puissance des mots est insoupçonnable.

Une communication que prône également Isabelle Filliozat. Le silence fait parfois plus de ravage chez l’enfant que des choses difficiles à entendre. Et Trois en deux qui nous présente un passage de « Je t’en veux, je t’aime ou comment réparer la relation à ses parents » nous montre un exemple qu’elle a vécu personnellement et qui vaut bien de trop longs discours.

Mais attention à avoir un regard critique sur ces «psy » de poche et les éclairages qu’ils nous apportent, mais aussi sur les questions (trop nombreuses) que l’on peut finir par se poser pour élever nos enfants. French Girl In London en fait d’ailleurs la démonstration avec cette interview de Marcel Rufo, qui apporte des réponses sur la manière d’éduquer aujourd’hui. Au moindre petit signe, on amène les enfants chez le pédopsychiatre. Rufo, qui dit pas mal de bêtise sur l’allaitement et le maternage entre autres, nous donne un conseil cette fois judicieux pour discerner un enfant qui a des réactions somme toutes normales d’un enfant en souffrance : lorsqu’un trouble se manifestent sous plusieurs formes. Ce avec quoi je suis assez d’accord. Il ne faut pas verser dans l’excès et focaliser sur l’enfant. N’empêche, je préfère un enfant qui va chez le pédopsy pour rien, qu’un enfant qui devient adulte et souffre en silence. Et je n’ai pas l’impression que les parents aient tous ce recul et ne serait-ce que le temps pour prendre rendez-vous aussi facilement chez un pédopsy.

Le recul, voilà ce qui peut nous manquer cruellement à nous, les parents. Les psys nous donnent cette clairvoyance, à nous de l’utiliser intelligemment… et à notre sauce !

(pour lire les autres débriefs des marraines des 9e Vendredis Intellos, c’est par là !)

Devenir père

Pour ces 8e Vendredis Intellos sous la houlette de Mme Déjantée, je continue dans ma lancée de cette semaine décidément très axée sur les papas. C’est juste que suis love de mon Ours en ce moment. Mais ça vous comprendrez plus tard.

Devenir père, un vaste sujet. Aussi vaste que le fait de devenir mère.
Peut-être un peu plus complexe. Sans doute juste différent.

Si aujourd’hui on accepte volontiers de dire que les femmes ne naissent pas mère mais le deviennent, pour les papas, on est bien d’accord : ils apprennent à endosser leur nouveau rôle au fil du temps. Mais quand exactement ? Pendant la grossesse ? Peut-être un peu. Pour un premier, cet enfant qui grandit dans le ventre de leur chère et tendre est plus qu’abstrait. A l’accouchement ? Pourquoi pas, une fois passé le choc de cette naissance.

Mais je pense que cela prend autant voire plus de temps que devenir mère. Mon Ours disaient l’autre jour : « Je suis un papa de 21 mois ». Il n’a pas allaité, il n’est pas resté seul des journées entières avec ma Zouzou, il ne passe que deux heures en moyenne par jour avec elle… Pas facile de devenir père à temps partiel. Le lien qui se crée semble alors prendre plus de temps, à mon sens. Et ce n’est pas forcément confortable. Tant et si bien que certains pères capitulent.

Beaucoup de questions tournent autour de ce qu’est un papa aujourd’hui. Un double de la maman ? Sûrement pas. La figure de l’autorité : pas seulement. Les rôles des pères semblent être en pleine élaboration cette dernière décennie. Qu’a-t-il comme référence mon Ours pour être papa ? Celle de son père, qui ne correspond pas du tout à ce qu’il veut être ? Celle d’amis qui ne s’épanchent pas vraiment sur les émotions que suscite le fait d’être papa, sûrement par fierté masculine…

Moi je dis, être papa, c’est pas simple.

Et ça, j’en avais conscience avant même que je tombe enceinte. Quel rôle à donner à celui qui a le ventre vide ? Dès que j’ai été enceinte, je me suis précipitée à la librairie pour acheter plein de guides pour moi. Et pour trouver une perle rare à mon futur papa Ours. Pas simple : la littérature n’est pas vraiment tournée vers les papas.

Mais c’était sans compter l’extraordinaire René Frydman (je vous un culte à ce mec). Son « Devenir père » co-écrit avec Christine Schilte est un régal.
Il parle de la paternité avant, pendant et après la grossesse. Repères physiologiques du développement de l’enfant, questions psychologiques, mais aussi pratiques : rien ne reste en suspend !

Et juste parce que cet ouvrage encourage les pères à faire les tâches ménagères, il est indispensable !

Ce livre est très complet. Même s’il tombe dans le travers de l’exhaustivité et pourrait alors décourager les futurs papas flippés : il donne l’impression que sans bac + 10, c’est pas faisable. Car voilà : il est fait par des déja-parents. Mais le papa n’est pas obligé de tout lire avant le jour J. Abordant la question du 2e enfant, des fausses couches, …, il s’inscrit plutôt comme une bible à consulter si besoin, même plusieurs années après ce premier grand bouleversement qu’est la venue du premier enfant.

Edit : Un petit extrait qui traite notamment de l’autorité. Si tout n’est pas bon à prendre d’un point de vue des conseils sur l’éducation, il y a quelques phrases qui me plaisent « Le père comme la mère doivent s’efforcer de transmettre les mêmes limites fautes de quoi l’enfant ne comprendra pas ce que l’on attend de lui et n’éprouvera pas un réel sentiment de sécurité. De plus, il saura bien vite jouer sur les deux tableaux, cherchant à opposer ses parents pour imposer ses volontés et ses choix [même si perso je ne pense pas que l’enfant agisse en ce sens consciemment mais ira naturellement vers le parent le plus permissif]. En réalité, les enfants capricieux ne sont que le résultat d’une éducation incohérente. Les enfants ne naissent pas insupportables. »
Et une très belle phrase qui me rassérène face à la question de l’autorité : « Si l’autorité c’est interdire, souvenez-vous qu’elle a aussi pour fonction de permettre« . A méditer aussi !