Guide de survie à l’usage des jeunes parents

Quand on devient parent, un raz-de marée s’abat sur nous. Au début on s’en rend pas super compte. Enfin, on a la douce sensation de s’être pris la plus grande murge de sa vie.

En fait, c’est peu ou proue la vérité. Sauf qu’on s’en remettra jamais. C’est la murge irréversible. T’as le sentiment d’avoir passé une bonne soirée mais tu sais que tu ne regarderas plus une bouteille d’alcool de la même manière.

Devenir parent, c’est un peu ça.

Parce que la grossesse, c’est bien sympa (quoique, pas toujours). Tu vois ton bidon pousser, t’es toute love, tu prépares la chambre et attends fébrilement l’accouchement. Mais après, il se passe quoi ? En fait, tu te poses la question un peu une fois que t’as ton enfant dans les bras. Et si tu te poses la question avant, tu réalises pas mais pas du tout tant que tu l’as pas vécu. Cherche pas, c’est comme ça.

Donc après l’accouchement, il se passe quoi ? Une tornade. Mêlée de bonheurs et de questions.

Je suis pas là pour te mentir : les premiers mois, c’est hardos, psychiquement et physiquement. Tu dors parents (si tu as l’immense privilège de pouvoir t’adonner à ce nouveau passe-temps préféré), tu vis parent, tu sors parent, tu t’habilles parent (avec des tâches de vomito que tu remarques même plus). Tu sais plus où t’habites, tu te rappelles même pas de ta vie d’avant, et t’as même pas le temps de réfléchir. Et parfois de te doucher. C’est ça la réalité. La vraie réalité. Des pleurs, des questions, des doutes, des coups de blues. (Bien sûr il y a plein de choses qui te permettent de tenir : des « arrrreuuh » de ton loulou, des sourires aux anges, des bouffées d’hormone de l’amour, des envies de bisouiller ton bébé pour toujours et plein d’autres cadeaux que t’offre la parentalité).

En attendant, voici quelques conseils pour (sur) vivre à cette période incroyablement bouleversante :

– des pâtes 3 minutes dans ton placard tu auras. T’as pas le temps de faire à manger. Des fois t’oublies même que t’as eu faim. Alors même si c’est pas terrible, ces pâtes 3 minutes pourront te sauver. (Même si 3 minutes ça te paraîtra long, vu le nombre de choses que t’arrives désormais à faire en même temps en à peine 180 secondes). A noter aussi : passer chez ton ami Picard ou chez le M. Congèle de ton supermarché.

– des amis sous le coude tu auras : pour sortir, à aller voir, ou pour avoir le récit de la vraie vie.

– un peu d’alcool tu boiras si t’allaite pas.

– des douceurs tu mangeras : ce qui fait plaisir, te fait du bien. Ce qui te fait du bien, maintient ton moral.

– dès que tu peux tu dormiras : y’a du linge à faire, la vaisselle : t’en fout, dors !! Tu sais pas dans combien d’heures ton bébé dormira à nouveau.

– un peu de temps à toi tu t’accorderas : coiffeur, shopping, café entre copines, on essaie de prendre du (bon) temps pour penser à autre chose. Juste à soi quoi. Les bébés c’est mignon, mais le premier mois, voire plus, ça te vampirise un peu… Normal : il a besoin de toi à 100 %. On lui en veut pas mais pour éviter d’avoir envie de faire un retour à l’envoyeur, on s’écoute et on se préserve un peu.

– de la musique tu écouteras : classique, Motown, tout pour se relaxer et pour apaiser aussi bébé. Cela te fait du bien et donc à bébé aussi ;)

– seul tu ne resteras pas : avant l’accouchement, fais le tour des numéros à avoir après la naissance : pédiatre, conseillère en lactation, sage-femme… Tu en auras forcément besoin. Et cela aura le mérite de te rassurer même si tu t’en sers pas.

– des ondes négatives tu te protègeras. Pense à toi : t’as pas envie de voir la famille à la maternité ou des commères ? Impose ton choix grâce au filtre « papa ». Il va pas s’envoler ton bébé ou grandir d’un mètre en une semaine. Donc voilà. Et puis c’est pas comme si tu venais d’accoucher non ? Ah si : bon ben alors !

– tous les jours tu sortiras : les bébés, ça adore prendre l’air. La mienne cessait de pleurer dès le pas de la porte passé. Et toi, ça te fera un grand bien et t’aidera à redynamiser ton corps tout doucement.

– patiente tu seras : un jour, ton bébé ne pleurera plus, un jour ta brioche s’estompera, un jour, tu pourras à nouveau manger normalement et non pas entre deux tétées. Rien ne dure pour toujours. Ni les bons, ni les mauvais moments (euh si tant est que cela soit des mauvais moments : juste l’expression de la difficulté que représente l’apprentissage de la parentalité).

Je laisse le soin à qui veut de continuer cette petite liste non exhaustive ;)

Mon billet est fouillis : c’est pour te mettre dans l’ambiance post-accouchement ;)

Sinon, je te rassure : je repense avec tendresse même à ces moments difficiles. Avec grande tendresse :)

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Je suis amoureuse de ma fille

Il y a peu, je me suis rendue compte d’une chose, d’une chose aussi belle qu’angoissante : j’aime vraiment ma fille, je veux dire, je l’aime fort, dans mes tripes, dans ma gorge, dans mon cœur. Je l’aime à en crever. Non pas que je l’aimais pas avant, juste que je le ressentais de manière plus pondérée. Là, je me rends compte de certaines choses, comme le fait que dans un mois on commence l’adaptation en crèche et que la prochaine étape ça sera l’école. Et là, je ne profiterais plus pleinement d’elle, enfin seulement 3 jours entiers dans la semaine. Et ça, ça me rend triste.

C’est clair qu’on ne fait pas les enfants pour soi. Je l’ai toujours su et je l’ai toujours dit. Le but : leur donner les clefs pour qu’ils volent de leurs propres ailes. Je mets un point d’honneur à la sociabiliser et ça tombe bien parce qu’elle est avide de connaître les autres. Elle s’intéresse à tout être vivant : gens, fleurs, animaux. Tout !

Jusqu’à présent je ne me suis jamais sentie comme une maman très étouffante : je la laisse grandir avec son indépendance.

Mais depuis qu’elle parle, elle est collée à moi. C’est tout nouveau. Et ça me plaît.

Cela ressemble un peu au sentiment amoureux que l’on a au début d’une relation. Exaltant, dévorant. Je pourrais la bouffer d’amour.

J’ai fait des cauchemars dernièrement : j’ai rêvé que je la laissais à garder et qu’on la perdait. Le chagrin était tel dans mon rêve que j’en étouffais littéralement. La douleur était intense, impossible à supporter.

Clairement : cet amour pour ma fille me faire peur. Car aimer, c’est aussi prendre le risque de perdre, de la perdre. La vie est ainsi faite que l’on ne sait pas de quoi le lendemain est fait.

Je sais qu’il n’y a pas à avoir peur de tout ça : pourquoi un tel drame m’arriverait à moi ? C’est sans doute ce que se disaient mon oncle et ma tante qui ont perdu leur enfant d’une tumeur au cerveau à l’âge de 6 ans. Une perte dont ils ne se sont jamais remis, jamais. Ils sont partis avec leur enfant. Mais ils ont décidé de continuer à (sur)vivre.

Peut-on trop aimer son enfant ? Moi je pense que oui. Quand la vie du parent dépend presque de l’amour que lui porte l’enfant, l’amour se transforme en prison. « Aime-moi ou je meurs ». Je l’ai vécu. Et je ferais en sorte de ne pas faire la même chose.

Être parents soulève vraiment une foultitude d’émotions plus complexes les unes que les autres. Doute, amour donc, colère parfois : que fait-on de tout cela ? Il y a bien des livres qui nous apprennent ce qu’il faut faire et ne pas faire avec nos enfants. Mais qu’en est-il de notre parentalité ? Du fait d’être parent ? De ce que cela suscite chez un être humain ?

Filliozat dans « Au cœur des émotions de l’enfant » effleure la question de « guérir sa propre enfance ».

Et je me disais que ça on en parlait trop peu dans les livres d’éducation sur les enfants. Tellement peu… Cela aiderait les parents en difficulté, comme je les nomme. Il n’y a pas de mauvais parents, il y a seulement des enfants qui ont été mal aimés ou malmenés et qui n’ont pas pu guérir leurs blessures.

Pour moi, le meilleur moyen d’être un bon parent, c’est de faire la paix avec les émotions du passé. Pas facile hein. Mais pas impossible.

Ceci est ma contribution aux Vendredis Intellos de Mme Déjantée.